Voy. les Alpes, par M. de Haller
un oiseau d'améthyste. Là, une feuille brillante, dont chaque dentelure a la forme d'un doigt, jette un reflet vert sur un ruisseau limpide; un calice strié renferme dans des rayons blancs la tendre neige des fleurs que colore une légère teinte de pourpre. L'émeraude et les roses fleurissent aussi sur la bruyère qu'on foule aux pieds, et les rochers se couvrent d'un vêtement de pourpre. »
Voilà des plantes et des fleurs que le savant poëte peint avec beaucoup d'art et d'après nature. Il les peint, mais sans aucune illusion. Je ne veux pas dire que, d'après son tableau, celui qui n'aurait jamais vu ces plantes ni ces fleurs ne s'en formerait aucune idée. Il se peut que tout tableau poétique exige une connaissance préalable de son objet. Je ne nierai même pas que chez celui qui peut s'aider d'une pareille connaissance, le poëte ne puisse éveiller une idée plus vive de certains détails. Je lui demande seulement ce que devient l'idée de l'ensemble ? Pour que cette idée atteigne toute sa netteté, aucun détail particulier n'y doit prédominer, mais la lumière la plus vive doit paraître répandue également sur tous ; notre imagination doit pouvoir les parcourir tous avec la même rapidité, pour se représenter par leur moyen, d'un seul coup, ce que dans la nature on voit d'un seul coup, Est-ce ici le cas? Et si ce ne l'est pas, comment a-t-on pu dire « que l'image la plus ressemblante d'un pein- « tre serait pâle et morne auprès de cette descrip- « tion poétique 1 ? » Elle reste infiniment au-dessous de ce que des lignes et des couleurs peuvent