Pensées sur la Beauté et le Goût dans la peinture, p
LAOGOON
hardiesse de commettre une si petite faute pour obtenir une expression plus parfaite ?
Même indulgence doit être accordée au poëte. Son imitation progressive ne lui permet rigoureusement de montrer à la fois qu'un seul côté, qu'une seule qualité de ses objets corporels. Mais si l'heureux génie de sa langue lui permet de le faire d'un seul mot, pourquoi lui serait-il interdit d'ajouter de temps en temps un second mot ? Pourquoi pas encore un troisième, quand cela en vaut la peine? ou bien même un quatrième? J'ai déjà dit que chez Homère, un vaisseau, par exemple, est, ou simplement le noir vaisseau, ou le vaisseau profond, ou le rapide vaisseau, tout au plus le noir vaisseau bien garni de rameurs. Il est bien entendu que je parle de sa manière en général. Çà et là on trouve un passage où il ajoute la troisième épithète pittoresque : « des roues rondes, d'airain, à huit rayons 1 » ; même la quatrième : « un bouclier partout poli, beau, d'airain, arrondi 2 i>. Qui l'en blâmera ? Qui ne lui saura pas beaucoup de gré de cette petite exubérance, en voyant quel bon effet elle peut produire dans un petit nombre de passages convenables ?
Je ne prétends pourtant pas, de ma comparaison précédente de deux voisins bienveillants, déduire la justification du poëte pas plus que celle du peintre. Une simple comparaison ne prouve ni ne justifie rien. Mais voici ce qui les justifiera : de même quo
j. Iliade, V, v. 722.