NOTICE SUR LESSING XI
sing l'admirait autant et plus que ses contemporains; mais sa passion littéraire le rendit bientôt jaloux du rôle excessif que la peinture et la sculpture jouent dans les livres de Winckelmann. Le Laocoon devait rendre à la poésie le rang qui lui est dû. Lessing y trace, d'une manière certaine et définitive, les limites des arts et de la poésie ; par les exemples les mieux choisis, les arguments les plus serrés, les plaisanteries les plus fines, les accents les plus pathétiques, il prouve jusqu'à quel point la poésie l'emporte — sur la peinture et la sculpture.
Les loisirs de Breslau n'ont pas, nous le voyons, été perdus pour la postérité. Lessing, qui avait passé dix ans de sa vie à s'attaquer aux idoles de son temps, commença alors à donner lui-même des modèles véritables dans le drame et dans la critique. Après avoir dit comment il ne faut pas faire, il montrait maintenant comment il faut faire. Minna et le Laocoon sont ses premières œuvres positives, les beaux fruits de ses heures libres dans la capitale de la Silésie.
Lessing cependant s'habituait mal au métier de commis. Cette vie aisée qu'il payait de son assiduité dans les bureaux, lui fut peu k peu plus à charge que l'existence précaire qu'il avait