‹ LaocoonChapitre 62 sur 91 · Fabricii Biblioth. Grœc. lib. II, cap. vi, p · texte numérisé non relu

Fabricii Biblioth. Grœc. lib. II, cap. vi, p

2. Pline dit d'Apelles (lib. XXXV, sect. 36, p. 698, édit. Hard.) : a II fit aussi une Diane mêlée au chœur des jeunes filles qui lui offrent un sacrifice, et il paraît avoir surpassé la

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simplement parce qu'elles offrent une riche composition, d'excellents contrastes, des effets de lumière pittoresques, cela ne paraît pas avoir été du goût des artistes anciens, et cela ne pouvait pas être, tant que l'art se maintenait strictement dans les limites de son but le plus élevé. En revanche, ils se nourrissaient de l'esprit du poëte ; ils remplissaient leur

description qu'en fait Homère. » Rien ne saurait être plus vrai que cet éloge. De belles nymphes entourant une belle déesse qui les domine de toute la hauteur de son front majestueux, forment assurément un sujet plus propre à la peinture qu'à -la poésie. Le mot sacrificantium seul m'est très-suspect. Que fait la déesse au milieu de jeunes filles offrant des sacrifices ? Est-ce là l'occupation qu'Homère donne aux compagnes de Diane ? Aucunement ; elles parcourent avec elle les montagnes et les forêts, elles chassent, elles jouent, elles dansent (Odyss. VI, v. 102-106) : « Ainsi Diane, qui se plaît à lancer des flèches, parcourt les hautes cimes du Taygèle ou de l'Erymanthe, heureuse de poursuivre les sangliers et les biches légères ; les nymphes, filles de Jupiter qui porte l'égide, partagent ses jeux. »

Pline n'aura donc pas écrit sacrificantium, mais venantium ou quelque chose d'analogue, peut-être silvis vagantium, correction qui aurait à peu près le nombre des lettres altérées. Saltantium est ce qui répondrait le mieux au nai^oust d'Homère, et Virgile, dans son imitation de ce passage, fait danser Diane avec ses nymphes (Enéide, t. I, v. 497-498) : « Telle, sur les rives de l'Eurotas ou les sommets du Cinthius, Diane conduit les chœurs. »

Spence, à ce propos, a une singulière idée (Poly métis, Dial. VIII, p. 102) : « Cette Diane, dit-il, dans le tableau comme dans les descriptions, était la Diane chasseresse, bien que ni Virgile, ni Apelles, ni Homère, ne l'aient représentée chassant avec ses nymphes, mais occupée avec elles à cette espèce de danses qu'on regardait autrefois comme des actes solennels de dévotion. » Dans une note il ajoute : « L'expression nKîÇeiv,

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imagination de ses traits les plus nobles ; le feu do son enthousiasme allumait le leur, ils voyaient et sentaient comme lui, de sorte que leurs ouvrages copiaient ceux d'Homère, non dans le rapport d'un portrait à son original, mais dans celui d'un fils à son père : ressemblant, mais différent. La ressemblance ne gît le plus souvent que dans un seul

employée par Homère dans cette occasion, n'est guère propre pour la chasse ; de même celle de choros exercere, dans Virgile, devrait s'entendre des danses religieuses de l'antiquité, parce que la danse, d'après l'idée qu'en avaient les anciens Romains , était inconvenante en public , même pour des hommes, à moins que ce ne fût une danse en l'honneur de Mars, de Bacchus ou de quelque autre de leurs dieux. » En un mot, Spence veut qu;on entende par là ces danses solennelles qui étaient chez les anciens mises au nombre des cérémonies du culte des dieux. « C'est à cause de cela que Piine, en parlant des nymphes de Diane à cette occasion, se sert du mot sacrificare, qui détermine bien le caractère religieux de leurs danses. » Il oublie que dans Virgile Diane elle-même danse aussi ; exercet Diana choros. Si celte danse était une danse religieuse, en l'honneur de qui Diane la dansait-elle ? En son propre honneur, ou en l'honneur d'une autre divinité ? L'un comme l'autre est absurde» Et parce que les vieux Romains regardaient la danse en général comme peu convenable pour les personnes graves, fallait-il pour cela que leurs poètes transportassent la gravité de leur nation dans la peinture des mœurs des dieux, qui avaient été réglées tout autrement par les poëtes grecs, leurs devanciers? Lorsque Horace dit de Vénus (Od. iv, liv. I) :

« Déjà, aux rayons de la lune, Vénus conduit les chœurs les pudiques Grâces jointes aux Nymphes frappent la terre d'un pas cadencé... »

s'agit-il aussi de danses religieuses ? C'est perdre trop de mots pour un* pareille sornette.

trait ; les autres n'ont rien de commun, si ce n'est que, chez Fun comme chez l'autre, ils s'harmoni- j sent avec le trait qui forme la ressemblance.

Comme d'ailleurs les chefs-d'œuvre poétiques I d'Homère étaient plus anciens qu'aucun chefd'œuvre artistique ; comme Homère avait considéré la nature pour la peindre avant un Apelles ou un Phidias, il n'est pas étonnant que les artistes, avant d'avoir pu étudier par eux-mêmes la nature, aient trouvé chez Homère des observations utiles dont ils s'empressèrent de profiter en imitant la nature d'après Homère. Phidias avouait que ces vers 1 :

« Jupiter dit, et fit un signe de ses sourcils. Sa chevelure d'ambroisie flotta sur la tête immortelle du dieu. Tout l'Olympe trembla, »

lui avaient servi de modèle pour son Jupiter Olympien, et c'était par leur secours seul qu'il avait réussi à faire une figure divine « ravie, pour ainsi dire, au ciel lui-même. » Celui qui entend par là seulement que l'imagination de l'artiste a été enflammée par la noble image du poëte et a pu s'élever alors à des idées aussi sublimes, celui-là, selon moi, néglige l'essentiel et se contente de quelque chose de très-général, tandis qu'il est à la fois bien plus satisfaisant et plus juste d'y voir quelque chose de très-spécial. A mon sens, Phidias reconnaissait en même temps que ce passage lui avait pour la première fois fait remarquer la force d'ex-» pression qui gît dans les sourcils et « quelle part

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