‹ LaocoonChapitre 68 sur 91 · Paralip.y liv. ï, v · texte numérisé non relu

Paralip.y liv. ï, v

LAOGOON

se fût en effet rembarqué, et eût traîtreusement abandonné ses généraux, que les chefs fussent ici tombés entre les mains d'un ennemi avide de vengeance, tandis que là un châtiment céleste eût infligé une destruction complète à la flotte et au peuple : quel aspect prendrait à nos yeux la laideur de Thersite ? Si la laideur innocente peut devenir ridicule, d'autre part, la laideur nuisible est toujours terrible. Je ne saurais mieux faire comprendre cela que par deux excellents passages de Shakspeare. Edmond, le bâtard du comte de Glocester, dans le roi Lear, n'est pas un moindre scélérat que Richard, duc de Glocester, qui s'ouvrit, par les crimes les plus monstrueux, un chemin au trône,sur lequel il monta sous le nom de Richard III. Mais d'où vient que le premier est loin d'exciter autant d'horreur que le dernier ? Quand j'entends le bâtard dire 1 :

« Nature, tu es ma divinité, et c'est à ta loi que je dois obéir. Pourquoi donc respecterais-je cette détestable coutume, etc., »

j'entends un diable, mais je le vois sous la forme d'un ange de lumière. Quand, au contraire, j'entends le comte de Glocester dire 2 :

« Mais moi qui ne suis point fait pour ces jeux folâtres, etc., »

Le roi Lear, act. I, se. vi.

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