‹ LaocoonChapitre 74 sur 91 · Métamorph., liv. VI, v · texte numérisé non relu

Métamorph., liv. VI, v

LAOGOON

que par la voie du dégoûtant. C'est le terrible de la faim. Dans la vie commune, nous n'exprimons le besoin de manger le plus extraordinaire que par rénumération de toutes les choses impropres à l'alimentation, malsaines et surtout dégoûtantes, dont on est réduit à faire usage pour apaiser l'estomac. Puisque l'imitation ne peut aucunement faire naître en nous le sentiment de la faim, elle a recours à un autre sentiment désagréable qui nous semble un très-faible mal quand nous ressentons les tortures de la faim. Elle cherche à exciter ce sentiment pour que, de la souffrance qu'il nous cause, nous puissions induire la force d'une souffrance qui nous ferait volontiers mépriser celle-là. Ovide dit de TOréade que Gérés a envoyée vers la Faim 1 :

« D'aussi loin qu'elle la voit (la Faim), elle lui transmet les ordres de Cérès. Elle ne s'arrête qu'un instant, et, bien qu'elle soit encore loin d'elle, et qu'elle arrive à peine dans ce lieu, elle croit déjà sentir la faim. »

Hyperbole contre nature ! La vue d'un affamé, serait-ce même la Faim en personne, n'a pas cet effet contagieux ; elle peut faire éprouver la pitié, l'horreur, le dégoût, mais jamais la faim. Cette impression d'horreur, Ovide ne l'a pas épargnée dans le tableau de la Faim, et dans la peinture de la faim d'Érésichthon, les traits du dégoûtant sont les plus forts, chez lui aussi bien que dans le poëme de Callimaque. Après qu'Érésichthon a tout dévoré,

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