‹ LaocoonChapitre 81 sur 91 · Pline, liv. XXXIV, sect. 19, p. 653, édit. Hardouin · texte numérisé non relu

Pline, liv. XXXIV, sect. 19, p. 653, édit. Hardouin

les rapporter au temps que M. Winckelmann juge seul digne du Laocoon ?

Il est vrai que Pline n'indique pas expressément le temps où ont vécu les auteurs du Laocoon. Pourtant, si je devais, d'après l'ensemble du passage, décider s'il a voulu les présenter comme anciens ou comme plus récents, je reconnais qu'il me faudrait y trouver plus de probabilité pour cette dernière opinion. Qu'on en juge.

Après avoir parlé un peu longuement des plus vieux et des plus grands maîtres en sculpture, de Phidias, de Praxitèle, de Scopas, et avoir ensuite, sans ordre chronologique, cité les autres, surtout ceux dont quelque œuvre était parvenue à Rome, Pline continue de la manière suivante 1 :

« Il n'y a pas beaucoup d'autres artistes célèbres ; car, pour ceux qui ont fait des chefs-d'œuvre en commun, le nombre des artistes est un obstacle à la réputation de chacun d'eux, la gloire ne pouvant appartenir à un seul, et plusieurs ne pouvant être cités au même titre : c'est ce qui a lieu pour le Laocoon du palais de Titus, œuvre d'art qui surpasse toutes les productions de la peinture et de la statuaire. Ce morceau, qui représente dans un seul bloc Laocoon, ses enfants et les replis admirables des serpents, a été fait de concert par trois artistes de génie, Agésandre, Polydore et Athénodore, Rhodiens. De même, les magnifiques statues dont sont remplis les palais des Césars sur le mont Palatin ont été faites en commun par Cratère et Pythodore,

\ . Pline, liv. XXXVI, sect. 4, p. 730.

LAOGOON

par roiy i*ecte et Hermolaùs, par un autre Pythodore et Artémon. Quant à Aphrodisius de Tralles, il travailla seul. Diogène d'Athènes décora le Panthéon d'Agrippa, et les caryatides qui sont aux colonnes de ce temple sont mises au nombre des chefsd'œuvre : il en est de même des statues qui sont posées sur le faîte; mais, à cause de la hauteur où elles sont placées, on en parle moins. »

De tous les artistes nommés dans ce passage, Diogène d'Athènes est celui dont l'époque est désignée de la manière la plus indiscutable. Il a décoré le Panthéon d'Agrippa; il a donc vécu sous Auguste. Pourtant si l'on examine plus attentivement les paroles de Pline, je crois qu'on y trouvera d'une manière aussi indiscutable l'époque do Cratère et Polydore ; de Polydecte et Hermolaùs, du second Pythodore et d'Artémon, aussi bien que d' Aphrodisius de Tralles. Il dit, en parlant d'eux : « Les magnifiques statues dont ils ont rempli les palais des Césars. » Je le demande, cela veut-il dire seulement que les palais des empereurs étaient remplis de leurs excellents ouvrages, en ce sens particulièrement que les empereurs les avaient fait rechercher en tous lieux pour les réunir à Rome, dans leurs demeures ? Certainement non. Ils ont dû faire leurs oeuvres expressément pour ces palais des empereurs ; ils ont dû vivre au temps de ces empereurs. Qu'ils aient été des artistes d'une époque plus rapprochée et n'ayant travaillé qu'en Italie, cela ressort encore de ce que l'on n'en parle nulle part ailleurs. S'ils avaient travaillé en Grèce ^ une époque plus reculée, Pausanias aurait vu quel*

qu'une de leurs œuvres, et nous en aurait transmis le souvenir. On trouve, il est vrai, chez lui x un Pythodore; mais Hardouin a grand tort de le regarder comme le Pythodore du passage de Pline. Car Pausanias nomme la statue de Junon, œuvre du premier Pythodore, vue par lui à Coronée, en Béotie, « vieille statue, » désignation qu'il n'applique qu'aux ouvrages de ces maîtres qui ont vécu aux époques les plus reculées et les plus grossières de l'art, longtemps avant Phidias et Praxitèles. Les empereurs n'auraient certainement pas orné leurs palais de pareilles œuvres. Encore moins faut-il tenir compte de l'autre conjecture d'Hardouin, qu'Artémon est peut-être le peintre du même nom dont Pline a parlé dans un autre endroit. La ressemblance des noms ne crée qu'une bien faible probabilité, en raison de laquelle on est loin d'être autorisé à faire violence au sens naturel d'un passage qui ne présente pas d'altération.

Mais s'il est hors de doute que Cratère et Pytho-* dore, Polydectes et Hermolaiïs, et les autres, ont vécu sous les empereurs dont les palais ont été remplis par eux d'excellents ouvrages, il me semble qu'on ne peut assigner une autre époque à ces autres artistes cités auparavant, et d'où Pline arrive à eux par la transition d'un de même. Et ceux-ci sont les auteurs du Laocoon. Qu'on veuille ■ bien y réfléchir. Si Agésandre, Polydore et Athénodore étaient des maîtres aussi anciens que le veut M. Winckelmann, combien ne serait-il pas peu

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