Bœotic, chap. xxxiv, p. 778, édit. Kuhn
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convenable à un écrivain pour lequel la précision des termes n'est pas de peu d'importance, lorsqu'il veut immédiatement passer de ces maîtres à des maîtres tout récents, de faire cette transition au moyen d'un de même ?
On objectera pourtant que ce de môme ne porte pas sur l'analogie quant à l'époque, mais sur une autre circonstance qui a été commune à ces maîtres, si dissemblables d'ailleurs sous le rapport du temps où ils vivaient; en effet, Pline parle d'artistes qui avaient travaillé en commun, et qui, à cause de cette communauté, étaient restés moins connus qu'ils ne le méritaient, car aucun d'eux ne pouvait s'attribuer à lui seul l'honneur de l'œuvre commune, et il eût été trop long de nommer à chaque fois tous ceux qui y avaient eu part (« la gloire ne pouvant appartenir à un seul, et plusieurs ne pouvant être cités au même titre »). En conséquence, leurs noms réunis étaient tombés dans l'oubli. Cela s'applique tant aux auteurs du Laocoon qu'à maints autres artistes que les empereurs ont employés pour leurs palais.
J'y consens. Mais, après cette concession, il reste encore très-vraisemblable que Pline n'a voulu parler que des artistes récents qui avaient travaillé en commun. Car, s'il avait voulu parler des anciens maîtres, pourquoi n'aurait-il cité que les auteurs du Laocoon? Pourquoi n'en aurait-il pas nommé d'autres : Onatas et Callitèle, Timoclès et Timarchides? ou bien les fils de ce Timarchides, auteurs communs d'un Jupiter qui était à Rome M. Winc- 1. Pline, liv. XXXVI, sect. 4, p. 730.
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kelmann dit lui-même 1 que Ton pourrait dresser une longue liste de vieux ouvrages qui avaient également eu plus d'un père. Pline n'aurait-il songé qu'aux seuls Agésandre, Polydore et Athénodore, s'il n'avait expressément voulu se borner aux temps les plus rapprochés ?
D'ailleurs, si une conjecture est d'autant" plus probable qu'elle explique de plus nombreuses ou de plus grandes incompréhensibilités, il en est certainement ainsi à un très-haut degré de celle qui fait fleurir les auteurs du Laocoon sous les premiers empereurs. Car, s'ils eussent travaillé en Grèce, au temps où les place M. Winckelmann, si le Laocoon était demeuré autrefois en Grèce, le silence gardé par les Grecs sur une telle œuvre ('( qui surpasse toutes les productions de la peinture et de la statuaire ») devrait paraître on ne peut plus étrange; il devrait paraître on ne peut plus étrange que de si grands maîtres n'eussent fait rien autre chose, ou que Pausanias se fût trouvé ne rencontrer dans toute la Grèce aucun de leurs autres ouvrages, non plus que le Laocoon lui-même. A Rome, au contraire, le plus grand chef-d'œuvre pouvait rester longtemps inconnu, et quand même le Laocoon aurait été achevé sous Auguste, il ne devrait pas encore paraître étonnant que Pline eût été le premier à y penser, le premier et le dernier. Qu'on se rappelle, en effet, ce qu'il dit d'une Vénus de Scopas 2, qui était à Rome,
1 Histoire de l'art, t. II, p. 331.