Liv. I, p. 5, édit. Hardouin
supposât l'intention de ces maîtres de l'art do peindre et de sculpter, qui, vous le verrez dans ces volumes, avaient mis à des œuvres achevées, à des œuvres que nous ne nous lassons pas d'admirer, une inscription suspensive : Apelles faisait, Polyclète faisait. Ils ne paraissaient voir dans leurs ouvrages que quelque chose de commencé toujours, de toujours imparfait, afin de se ménager un recours contre la diversité des jugements , comme prêts à corriger les défauts signalés, si la mort ne les prévenait pas ; ils ont, par une modestie bien sentie, inscrit chacune de leurs productions comme la dernière; à chacune ils semblent avoir été enlevés par la destinée. Trois ouvrages, sans plus, je pense, ont reçu, dit-on, une inscription définitive : Un tel a fait! j'en parlerai en lieu et place ; ce fut la preuve manifeste que l'auteur s'était complu dans sa confiance en son œuvre, et ces trois productions excitèrent vivement la jalousie. » Je prie de remarquer les mots de Pline : « ces maîtres dans l'art de peindre et de sculpter. » Pline ne dit pas que la coutume de se faire connaître sur son œuvre au temps imparfait ait été f générale, qu'elle ait été observée par tous les artistes, dans tous les temps; il dit expressément que, seuls, les premiers maîtres anciens, ces créateurs des arts plastiques , « les fondateurs de la peinture et de la sculpture, » les Apelles, les Polyclète et leurs contemporains ont eu cette habile modestie, et en ne nommant que ceux-là il donne tacitement mais clairement à entendre que leurs successeurs, surtout dans les temps les plus rap-
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proches de lui, ont laissé voir plus de confiance en eux-mêmes .
Mais ceci admis, comme on doit l'admettre, l'inscription découverte de l'un des trois auteurs du Laocoon peut être très- authentique et il peut , malgré cela, être vrai qu'il ne nous soit rien parvenu, comme le dit Pline, que trois ouvrages dans les inscriptions desquels leurs auteurs se soient servis du parfait ; bien entendu parmi les ouvrages anciens de l'époque des Apelles, des Polyclète, des Nicias, des Lysippe. Mais elle ne peut avoir de valeur pour prouver qu'Athénodore et ses collaborateurs aient été les contemporains d'Apelles et de Lysippe, comme veut les faire M. Winckelmann. Il en faut bien plutôt tirer cette conclusion : s'il est vrai que parmi les œuvres des anciens maîtres, Apelles, Polyclète et autres de cet ordre, il n'y ait guère que trois ouvrages dans les inscriptions desquels le parfait ait été employé par eux, s'il est vrai que Pline ait cité ces trois ouvrages *, donc
i. Il promet tout au moins de le faire : « J'en parlerai en lieu et place. » Mais s'il ne l'a pas complètement oublié, il l'a fait cependant en passant et pas du tout de la manière qu'on devait s'y attendre d'après une telle promesse. Quand, par exemple, il écrit (liv. XXXV, sect. 39) : « Lysippe aussi a écrit sur sa peinture d'Égine fait à l'encaustique, ce qu'assurément il n'eût pas mis, s'il n'eût inventé l'encaustique, » il est évident qu'il se sert de cet Ivéxauffgy comme preuve d'une tout autre chose ; s'il avait voulu, comme le croit Hardouin, citer en même temps une des œuvres dont l'inscription est mise à l'aoriste, cela eût valu la peine d'en glisser un mot. Les deux autres ouvrages de ce genre se trouvent, selon Harr douin, cités dans ce passage : « Le même (Divin Auguste) a fait aussi encadrer deux tableaux dans le mur de la Curie qu'il
Athénodore, auquel n'appartient aucun de ces trois ouvrages et qui pourtant emploie sur ses œuvres
a consacrée dans les comices. L'un représente une Némée assise sur un lion, et tenant une palme à la main, et auprès d'elle un vieillard debout avec un bâton, sur la tête duquel est suspendu un tableau, où est peint un char à deux chevaux. Nicias a écrit qu'il l'avait fait à l'encaustique : c'est l'expression dont il s'est servi. On admire dans l'autre la ressemblance d'un jeune fils avec son père, malgré la différence de l'âge qui est bien exprimée ; au-dessus plane un aigle tenant un serpent dans ses serres. Philocharès affirme qu'il est l'auteur de ce tableau. » (Liv. XXXV, sect. 10.) Ici sont décrits deux tableaux différents qu'Auguste fit placer dans la salle de conseil nouvellement bâtie. Le second est de Philocharès le premier de Nicias. Ce qu'il dit du second est clair et précis. Mais pour le premier, il y a des difficultés. Il représentait Némée, assise sur un lion, tenant à la main une palme ; auprès d'elle était un vieillard avec un bâton ; cujus supra caput tabula bigœ dependet. Qu'est-ce que cela veut dire ? Au-dessus de la tête duquel pendait un tableau sur lequel était peint un char à deux chevaux ? C'est pourtant le véritable sens qu'on peut donner à ces mots. Sur le tableau principal était donc suspendu un autre tableau plus petit. Et tous deux étaient de Nicias ? Il faut que lïardouin l'ait entendu ainsi ; car où seraient les deux tableaux de Nicias, puisque l'autre est expressément attribué à Philocharès ? « Nicias a donc signé ces deux tableaux de la façon suivante : Nicias a fait à V 'encaustique ; et aind, des trois ouvrages que Pline a indiqués dans sa préface à Titus, comme signés simplement des mots : Il a fait, en voici deux de Nicias. » Je pourrais dire à Hardouin : Si Nicias n'avait pas employé l'aoriste, mais bien l'imparfait, et que Pline eût voulu simplement faire remarquer que l'artiste avait employé peindre au lieu de faire à Vencaustique, ne lui aurait-il pas toujours fallu dire, dans sa langue, Nicias scripsit se inussisse? Mais je ne veux pas insister là-dessus ; il se peut en effet que Pline ait eu l'intention d'indiquer par là l'un des ouvrages dont il est question. Mais qui voudra admettre ces deux tableaux dont l'un est suspendu sur l'autre? Ce ne sera certainement pas moi. Les mots cujus supra caput tabula bigse
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le temps part ut, ne peut être du nombre de ceu anciens maîtres; il ne peut être contemporain
dependet ne peuvent aonc qu'être altérés. Tabula bigœ, pour un tableau représentant un char à deux chevaux, ne paraît pas être du style de Pline, bien que Pline emploie parfois le singulier de bigœ. Et quel genre de char à deux chevaux ? Sans doute le genre de ceux dont on se servait pour les courses de chevaux aux jeux néméens, de telle sorte que ce tableau plus petit aurait dépendu du tableau principal en raison de ce qu'il représentait ? Cela ne peut être ; car dans les jeux néméens on ne se servait pas de chars à deux chevaux, mais de chars à quatre chevaux. {Schmidius in Prol. ad Nemeonicas, p. 2.) Il m'est venu dernièrement à l'idée que Pline, au lieu de bigœ, avait peut-être écrit un mot grec, que le copiste n'a pas compris ; je veux dire le mot tztvxCo». Nous savons expressément, d'après un passage d'Antigonus Carystius cité par Zenobius (conf. Gronovius, t. IX, Antiquit. Gvsrc., Prœf., p. 7), que les artistes anciens n'écrivaient pas toujours leur nom sur leurs œuvres elles-mêmes, mais parfois sur de petites tablettes distinctes qui étaient appendues au tableau ou à la statue. Une tablette de ce genre s'appelait nrox^v. Peut-être ce mot grec se trouvait-il expliqué, dans un manuscrit, par le mot tabula, tabella ; et le mot tabula finit par entrer dans le texte, uruxiov devint bigœ et ainsi on eut tabula bigae. Rien ne peut aller avec ce qui suit mieux que ce «ru^t'oy ; car ce qui suit est ce qui était écrit dessus. Le passage entier devrait donc être lu ainsi : cujus supra caput 7ttux*'ûv dependet, quo Nicias scripsit se inussisse. Pourtant, je le reconnais, cette correction est un peu hardie. Et puis est-on obligé de corriger tout ce qu'on peut prouver avoir été altéré ? Je me contente de ce dernier rôle, laissant le premier à une main plus habile. Maintenant, pour en revenir à notre affaire, si donc Pline ne parle que d'un tableau de Nicias dont l'inscription était à l'aoriste et que le second tableau de cette espèce soit celui de Lysippe qui a été cité plus haut, quel est donc le troisième? Je n'en sais rien. Si on pouvait trouver cela chez un autre écrivain ancien que Pline, je ne serais pas très -embarrassé. Mais c'est dans Pline seul qu'il faut le trouver, et, encore une fois, je ne sais point l'y trouver.
d'Apelles et de Lysippe, mais doit être placé à une époque plus rapprochée.
Bref, je crois que Ton peut admettre comme un critérium très-sûr que tout artiste ayant employé le £7Wtyi<7£ a fleuri longtemps après l'époque d'Alexandre le Grand, peu avant ou sous les empereurs. Pour Cléomènes , c'est incontestable ; pour Archélaiis, c'est très-vraisemblable ; pour Salpion, le contraire ne peut du moins se démontrer, et ainsi des autres, sans en excepter Athénodore,
Que M. Winckelmann lui-même en soit juge ! Néanmoins, je proteste par avance contre la proposition inverse. Si tous les artistes qui ont employé âWy]<js doivent être comptés parmi les plus modernes, tous ceux qui ont employé èWet ne doivent pas, pour cela, être comptés parmi les anciens. Parmi les artistes d'une époque plus rapprochée, il a pu s'en trouver aussi quelques-uns ayant réellement cette modestie qui sied si bien à un grand homme, et d'autres qui aient fait semblant de l'avoir.
Après le Laocoon, rien n'excitait plus vivement ma curiosité que ce que M. Winckelmann avait pu dire sur la statue connue sous le nom du Gladiateur Borghèse. Je crois avoir fait à propos de cette statue une découverte dont je suis aussi fier qu'on peut l'être des découvertes de cette espèce.
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Je craignais déjà que M. Winckelmann ne m'eût devancé, mais je ne trouve chez lui rien de pareil,
et maintenant, si quelque chose pouvait me rendre indécis sur l'exactitude de ma découverte, ce serait précisément de voir que ma crainte ne s'est pas réalisée.
« Quelques-uns, dit M. Winckelmann *, font de cette statue un Discobole, c'est-à-dire un homme qui lance un disque ou rond de métal, et telle était l'opinion que m'exprimait, dans une lettre qu'il m'a adressée, le célèbre M. de Stosch. Mais il n'avait pas suffisamment considéré la posture que devrait avoir une semblable image. Car, celui qui veut lancer quelque chose doit rejeter le corps en arrière, et, au moment de la projection, la force se porte dans le membre placé en avant, tandis que la jambe gauche reste inactive : or, ici c'est le contraire. Tout le corps est penché en avant et s'appuie sur le membre gauche, tandis que la jambe droite est étendue en arrière, autant que possible. Le bras droit a été rajouté, et on lui a mis à la main un tronçon de lance : sur le bras gauche, on voit la courroie du bouclier qu'il portait. Si l'on considère que la tête et les yeux sont tournés vers le haut, et que le personnage semble se garantir avec son bouclier de quelque chose venant d'en haut, on pourra avec plus de raison prendre cette statue pour l'image d'un soldat qui s'est signalé particulièrement dans une circonstance dangereuse : l'honneur d'une statue n'a probablement