Histoire de l'art, t. II, p
LAOGOON
jamais, chez les Grecs, été accordé aux gladiateurs, et cette œuvre paraît plus ancienne que l'introduction des gladiateurs chez les Grecs. »
On ne saurait raisonner plus juste. Cette statue n'est pas plus un gladiateur qu'un discobole; c'est, en effet, l'image d'un guerrier qui, dans une circonstance dangereuse, s'est distingué dans la position représentée. Mais, puisque M. Winckelmann a si heureusement deviné, comment s'en est-il tenu là ? Comment n'a-t-il pas songé au guerrier qui empêche, précisément dans cette position, la défaite complète d'une armée, et auquel sa patrie reconnaissante fait élever une statue exactement dans cette position ?
En un mot, cette statue, c'est Chabrias.
La preuve en est au passage suivant de Népos dans la vie de ce général 1 : « Lui aussi fut placé parmi les plus grands capitaines, et fit beaucoup de choses dignes de mémoire ; mais la plus brillante est le stratagème qu'il imagina dans la bataille qu'il donna près de Thèbes , lorsqu'il fut venu au secours des Béotiens. Le grand capitaine Agésilas comptait déjà sur la victoire, car il avait mis en déroute les troupes mercenaires : Chabrias défendit au reste de son infanterie de céder le terrain ; et mettant un genou en terre, appuyé contre son bouclier, et présentant la pique en avant, il lui apprit à soutenir le choc des ennemis. Agésilas, surpris de cette nouvelle manœuvre, n'osa pas avancer, et rappela par le son de la trompette ses