‹ Laon-guide. Histoire-monuments-environsChapitre 6 sur 7 · SI · texte numérisé non relu

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Pour rentrer à Laon, on reviendra par Urcel, village bâti sur un monticule, et dont il est question dés le x 9 siècle. Il faut voir son église qui est une des plus remarquables par son style entièrement différent de celui des autres églises de la contrée.

Telles sont les promenades que je considère comme faisant presque partie de la Ville. Je vais maintenant indiquer de véritables excursions qu'aucun touriste ne peut et ne doit négliger, à peine de se priver des plus charmants et des plus durables souvenirs, ou des plus agréables impressions de voyage.

Château de Marchais

A tout Seigneur, tout honneur. Parlons d'abord du Château de Marchais, propriété de S. A. S. Mgr. le Prince de Monaco.

Ce Domaine est situé dans une vaste plaine peu fertile à 20 kilomètres de Laon. Entourée d'un parc immense dont les lutaies l'encadrent majestueusement, cette résidence est, par l'élégance de son architecture, la somptuosité de ses dispositions intérieures, et le luxe artistique de son ameublement l'une des plus attrayantes habitations du Nord de la France. La seigneurie de Marchais mouvant de l'évéché de Laon, était une des plus anciennes du pays. Des titres authentiques établissent la série des Seigneurs depuis la première moitié du xn e siècle. En 1470, la seigneurie qui appartenait à Renaud David, sire de Longueval, capitaine de Laon, passa dans la maison de Poissy qui la posséda jusque vers l'an 1540 où elle rentra

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dans la maison de Longueval, alliée sans doute à celle de Poissy. Nicolas de Bossut, seigneur de Longueval, d'une grande famille du Hainaut, gouverneur de Champagne et de Brie, fît construire le château de Marchais, vers 1542. Ce château abrita sous son toit les Rois François I* r , Henri II, François II, Charles IX, Henri III, les Reines, leurs épouses, Marie de Médicis et la duchesse de Berry. En 1554, au début de la campagne que Henri II, devait terminer par la victoire de Renty, contre les troupes de Charles-Quint, le Roi, la Reine Catherine de Médicis, et ses trois fils aînés, accompagnés du vaillant duc de Guise , François de Lorraine, frère du Cardinal, vinrent s'établir à Marchais, dont le cardinal fit les honneurs. Ce prélat y était entouré comme d'une Cour, de trois autres princes de l'église, le cardinal Louis de Bourbon, évêque de Laon, des cardinaux de Vendôme et de Tournon et d'une foule de dignitaires des églises de Laon et de Reims.

Charles, cardinal de Lorraine, fit d'importantes améliorations au château de Marchais. Ce domaine resta d'ailleurs, plus d'un siècle dans cette maison pour passer ensuite dans celle de Bourbon-Conti, puis aux mains successives de Louise-Adélaïde de Bourbon-Conti, princesse de la Roche-sur- Yon, Dame de Marchais et Liesse, — Georges - René Binet, premier valet de chambre du Dauphin, — Gérard Binet, seigneur de Sainte-Preuve, — Nicolas d'Angeviîlers, en 1789. Vinrent ensuite comme propriétaires de Marchais, M. Aumont, M. Desprez, M. le comte de Pourtalés, écuyer de l'impératrice Joséphine, M. le comte Delamarre qui, en 1854, vendit ce superbe château au duc de Valentinois, prince héréditaire de Monaco, qui sous le nom de Charles III, devînt prince régnant en 1856 à la

mort de son père Florestan I« r . C'est actuellement le fils de Charles III, qui est seigneur de Marchais.

En 1821, Madame la duchesse de Berry, pour remercier le ciel de la naissance d'un fils, le duc de Bordeaux (Henri V), fit un pèlerinage à Notre-Dame de Liesse et résida au château de Marchais, pendant deux jours et demi. Le séjour de cette brillante et gracieuse princesse a laissé pendant longtemps de profondes traces dans la mémoire des habitants. C'était alors Mgr de Villéle qui était évêque de Soissons et qui vint à Notre-Dame de Liesse, célébrer le divin office dont la pompe était rehaussée par la présence de troupes venues de Laon et de notabilités, parmi lesquelles M. le baron de Talleyrand, préfet de l'Aisne, et le lieutenant général Bessiéres, commandant le Département.

C'est à Marchais que Charles III, pére du prince régnant, mourut en 1886.

Le château est ouvert aux visiteurs nombreux à cause de la proximité de Notre-Dame-de-Liesse, qui peuvent y admirer, avec d'intéressantes collections d'armures, de curiosités et de tableaux, tout un mobilier de la Renaissance, le lit, le dais, le couvre-pied de François I er et la chambre qu'habita la duchesse de Berry.

Notre - Dame - de - Liesse

— Célèbre Pèlerinage —

Liesse (Laetitia), bourg important, bâti dans une vaste plaine marécageuse, à 12 kilomètres de Laon, est tout proche de Marchais. Malgré la grande célébrité de son pèlerinage, l'origine de Liesse esl encore couverte d'une

profonde obscurité. Tout ce qu'on peut dire, c'est que, au xii e siècle, son terroir appartenait aux seigneurs de Pierrepont ; que la dime de sa cure fut donnée à l'abbaye de Saint-Martin de Laon, et que cette cure elle-même passa vers il 80, dans les mains du Chapitre de Laon qui l'a conservée jusqu'à la Révolution.

Le sanctuaire de Notre-Dame de Liesse n'a cessé depuis le xii e siècle d'être fréquenté par une foule de pèlerins. Ce pèlerinage doit son origine à une tradition pieuse qui tait du lieu où s'élève l'église un saint endroit où se sont accomplis de nombreux miracles.

En 11 33, la ville forte de Bersabée en Palestine était occupée par des chevaliers de Saint-Jean-de- Jérusalem, auxquels le roi Foulques en avait confié la garde ; faisant de fréquentes sorties, les chevaliers livraient de vives escarmouches aux musulmans d'Egypte, maîtres d'Ascalon, et signalaient leur valeur héroïque dans ces combats contre l'ennemi de leur foi. Dans une de ces rencontres, où les chrétiens avaient été attirés dans une embuscade, furent faits prisonniers trois frères, trois français, chevaliers de l'ordre et originaires de Picardie, où ils possédaient, l'aîné, la seigneurie d'Eppes, le second, celle de Marchais, et le troisième, celle de Coucy.

Les chevaliers furent conduits à Ascalon, puis envoyés au Caire, auprès du Soudan ; ce prince n'ayant pu les amener à renier leur foi pour embrasser l'islamisme, les fit jeter en prison, ordonnant aux gardes de les traiter avec rigueur. Mais ni les souffrances d'une étroite captivité, ni l'éloquence des marabouts, ni les promesses ne purent triompher de la constance des trois frères ; leur mort fut décidée.

Or le Soudan avait une fille nommée Ismérie, jeune,

belle et très instruite dans la religion du Prophète. Cette princesse ayant appris le sort réservé aux chevaliers, et désireuse de leur sauver la vie, obtint de son pére la permission de pénétrer dans leur cachot, afin de tenter ellemême d'ébranler leur résolution. Mais il en arriva tout autrement qu'elle ne l'avait espéré. Pleins de reconnaissance et d'admiration pour la généreuse démarche de la princesse et la douceur persuasive de sa parole, les chevaliers, toujours inébranlables dans leur foi, osèrent lui parler à leur tour de la beauté et de la grandeur de la religion pour laquelle ils allaient mourir ; ils le firent avec tant de conviction et de charme que la jeune musulmane au cœur pur et à i'àme droite, s'en éprit rapidement, et se sentit surtout un vif amour pour la Sainte-Vierge Marie, dont les chevaliers lui firent connaître les vertus et la gloire céleste. Telle fut bientôt sa ferveur pour la divine mère du Christ, qu'elle demanda aux chevaliers de lui sculpter une image de la Vierge, et leur promit, s'ils satisfaisaient son désir, de les faire évader, et de leur assurer les moyens de rentrer en Palestine.

« Nous ferons ce que nous pourrons, répondirent-ils, pourvu que vous nous fournissiez du bois et des outils de sculpteur. »

Ismérie leur apporta bois et outils, et les conjura de terminer l'image pour le lendemain.

Mais les chevaliers maniaient plus volontiers l'épée que le ciseau, et leur bras était plus exercé à pourfendre les infidèles qu'à sculpter des statues. Aussi après le départ de la princesse ils devinrent très anxieux, se sachant incapables de tenir la promesse qu'ils lui avaient faite. Alors ils s'adressèrent à la Sainte-Vierge elle-même, et la supplièrent

de leur venir en aide pour achever la conversion d'Ismérie ; puis ils se mirent à l'œuvre.

Dieu exauça leur prière, et le lendemain, à leur réveil, ils virent avec ravissement une image de la Vierge Marie toute rayonnante d'éclat, et la prison remplie de lumière et de parfums. Des anges étaient venus achever la statue ébauchée par leurs pieuses, mais inhabiles mains !

Quelles ne furent point la surprise et la joie d'Ismérie, quand elle revint au matin, dans le cachot ! nos chevaliers lui racontent le miracle que le ciel a opéré en leur faveur, et Ismérie jure de se faire chrétienne s'ils veulent bien lui donner l'Image miraculeuse ; ils s'empressent de se rendre à ses désirs, et la princesse se retire en leur renouvelant la promesse qu'elle leur avait déjà faite, de les délivrer de captivité. Dans leur joie reconnaissante, nos pieux guerriers donnèrent à la céleste image le nom de Notre- Dame de Liesse, Nostra Domina de Lœtitiâ.

Pendant la nuit suivante, la vierge Marie apparut en songe à Ismérie et lui annonça que Dieu l'avait choisie pour sa fidèle servante ; qu'elle délivrerait les chevaliers, puis recevrait le baptême, et enfin, au terme de ses jours, serait admise au Paradis. A son réveil, la jeune princesse prépare en grand mystère la fuite qu'elle veut accomplir, et quand le soir fut venu, se rend à la prison portant dans ses bras l'image sainte ; elle éveille les prisonniers, et tous les quatre traversent les rues du Caire sans être reconnus ni inquiétés ; preuve manifeste de la protection divine. Lorsqu'ils arrivèrent sur les bords du Nil, une petite barque, dirigée par un ange, sous une forme humaine, leur fit traverser le fleuve; puis après avoir marché jusqu'au jour, ils se reposèrent à l'ombre d'un bois de palmiers.

Tandis qu'ils dormaient, des anges transportèrent les chevaliers, Ismérie et la sainte image, en France, dans la province de Picardie, prés du château paternel ; ils furent déposés sur les bords d'une fontaine et près d'un arbre, â peu de distance de l'endroit où est situé aujourd'hui le bourg de Liesse.

A leur réveil un pâtre leur apprit qu'ils étaient tout prés du château de Marchais, fief du second des frères. Au moment de se rendre au château, ils s'aperçurent que la statue de la Vierge baignait dans les eaux de la fontaine ; depuis ce jour elles ont reçu du ciel le privilège de guérir les fièvres et les autres maladies, quand les pèlerins savent mériter cette faveur par leurs prières.

Ayant repris avec respect la sainte image, Ismérie et les chevaliers se mirent en marche ; ils s'entretenaient du projet de faire bâtir une chapelle à la Vierge, comme témoignage de leur reconnaissance, et hésitaient sur le choix de l'emplacement quand le poids de l'image devint subitement tel que la princesse fut contrainte de la déposer à terre ; à ce signe, les chevaliers reconnurent que le ciel leur indiquait le lieu où devait s'élever la chapelle ; ils firent vœu de se conformer aux intentions célestes ; l'image redevint légère, et ils arrivèrent tous à Marchais.

Quelques jours ayant été consacrés au repos et aux joies de la famille, les chevaliers conduisirent Ismérie à Laon, où elle fut baptisée par l'évêque Barthélémy, et reçut le nom de Marie. Ensuite ils firent construire une petite chapelle, prés de la fontaine, â peu de distance d'un ancien hôpital, et y placèrent l'image, mais le lendemain l'image ne se retrouva plus dans la chapelle ; elle avait été miraculeusement transportée dans le lieux où une première fois elle avait contraint Ismérie de la déposer.

Se rendant alors à une volonté si clairement manifestée, les chevaliers firent bâtir en ce lieu l'église surnommée Notre-Dame de Liesse.

Les nombreux miracles que la sainte image accomplit, attirèrent vers cette église une foule de pèlerins ; peu à peu des maisons s'élevèrent, qui ont formé le bourg de Liesse.

Ismérie ou plutôt Marie, pour la désigner par son nom chrétien, et la mère des chevaliers fixèrent leur demeure prés de l'église, et y terminèrent leurs jours saintement ; le corps de Marie fut inhumé dans l'église, et sa mémoire est restée honorée des fidèles.

Telle est en résumé la délicieuse et poétique légende de Notre-Dame de Liesse (i) ; depuis sept siècles, le pèlerinage n'a cessé d'être fréquenté, et sa réputation très populaire dans tout le nord de la France, s'étend au loin et attire vers le sanctuaire de l'image miraculeuse une foule de pieux fidèles de tous les points du territoire.

Le Laonnais et l'Ile-de-France, dont il faisait partie, ayant été le berceau de la dynastie capétienne, Notre- Dame de Liesse fut en quelque sorte considérée comme ja patronne de cette dynastie, et nos rois professèrent une vive dévotion pour ce sanctuaire ; la plupart y firent de nombreux pèlerinages, l'enrichirent de donations, et par les pieux hommages qu'ils lui rendirent, contribuèrent à en augmenter le crédit et à lui donner un caractère vraiment national. Aussi la magnifique demeure édifiée par le cardinal de Lorraine dut-elle à sa proximité de Liesse et à la

(i) Voir Notre-Dame de Liesse, légende et pèlerinage par les abbés E. et A. Duployé. Laon 1862.

qualité de ses possesseurs d'être le logis préféré de ces princes.

Tout donne à croire que François i ,r , qui vint trois fois s'incliner devant l'autel de Notre-Dame de Liesse, en 1527, « pour rendre grâces à la Sainte-Vierge de son heureuse « délivrance de sa prison d'Espagne, » en 1538 (30 octobre), avec la reine, les princes, ses fils, les cardinaux Louis de Bourbon, évèque de Laon, Odet de Châtiîlon, évêque de Beauvais, Charles Hémard, évêque de Mâcon, de l'évêque de Paris, Jean du Bellay, et de l'évêque de Lescar, Jacques de Foix, et enfin pour la troisième lois, en 1546, résida, du moins pendant son dernier pèlerinage, au château de Marchais, possédé alors par le sire de Longueval, qu'il aimait.

Mais on n'est plus réduit aux conjectures du jour où le château appartint au tout-puissant cardinal de Lorraine, dont les annales du temps relatent avec tant de soin tous les actes.

La dévotion traditionnelle des rois de France pour Notre-Dame de Liesse est donc incontestable. Charles IX, dont le faux zèle catholique s'est si tragiquement manifesté, ne manqua pas de venir rendre ses devoirs à la Vierge Sarrazine. Il y fit deux pèlerinages en 1564 et le 27 août 1566. Plus tard, en 161 8, l'un des plus célèbres pèlerinages est celui de Louis XIII qui se rendit à Liesse avec Anne d'Autriche, sa femme, pour prier la Vierge d'obtenir du Ciel, par son intercession, que la reine lui donnât un fils. On voit encore dans le chœur de l'église de Liesse le tableau dont il fit présent à cette occasion. Le roi se rendait de Paris à Liesse par Soissons, où il fût reçu par le duc de Luynes, gouverneur de cette ville et par Laon, où il arriva dans les premiers jours d'octobre. De Laon, Louis XIII et

Anne d'Autriche allèrent faire leurs dévotions à Liesse, en pompe processionnelle par Athies, Samoussy et Gizy accompagnés par l'évêque de Laon, le clergé et le chapitre de l'église Cathédrale.

La statue légendaire de la Vierge noire fut en 1793 l'objet d'un odieux attentat de la part de bandits étrangers au pays qui s'étaient clandestinement introduits dans l'église. Cachés dans un des recoins de la Trésorerie, ces gens avaient entouré la statue de tisons ardents et essayaient de la détruire. Heureusement avertis de cet attentat, les • habitants accoururent en foule et sauvèrent du foyer incandescent la bien aimée statue. Mais elle était déjà carbonisée en partie. On en emporta religieusement les débris précieux et aussitôt que l'église pût de nouveau s'ouvrir aux fidèles, une nouvelle statue prit la place de l'ancienne et les débris de la première, reliques reconnues authentiquement par l'autorité ecclésiastique, furent mis sous le sceau de l'évêché, dans l'intérieur de la statue actuelle où ils reposent encore aujourd'hui.

Pèlerin ! garde toi de rebrousser chemin ! Va jusqu'à Liesse. C'est en ce lieu que la Sainte-Vierge a dit : « Haec requies m en ni sœculum sœculi, hic habitabo quottiam eîegi tam. »

Le Château de Pinon

Pinon est l'un des plus anciens villagesdu Département de l'Aisne, bâti dans la vallée et sur la rive gauche de l'Ailette, à l'entrée d'une vaste gorge. Il fut construit au milieu des bois qui couvraient ce canton et dans un lieu où devaient croître en abondance les pins, d'où parait dériver

son nom [Pineus). Dés le vin» siècle, il est question de Pinon. Hn 720, lorsque Charles Martel, donna le village de Coucy, à l'abbaye de Saint-Médard-lés-Soissons, il y adjoignit les bûcherons de Pinon. Enguerrand II, sire de Coucy, s'en empara en 1 1 30. Après l'extinction de la famille des Coucy, la terre de Pinon passa d'abord, en 1400, dans les mains du duc d'Orléans ; en 1408, dans celles de Robert de Bar, comte de Marie ; en 1425, dans la maison de Biche ; dans celle de Lameth en 1507 ; en 1721, dans la maison Dubois de Courval, enfin, actuellement (1896), cette propriété, l'une des plus belles de France, appartient au prince de Poix. L'étendue du parc est immense. C'est un beau et vaste paysage. De larges allées tournantes, des massifs d'arbres habilement placés pour ménager des échappées de vue, une belle rivière d'eau vive, de nombreux massifs de fleurs, des groupes d'arbres artistement ménagés, éclaircis ou assombris, pour les effets pittoresques les mieux réussis, tout cela fait une merveille du Parc de Pinon.

L'intérieur du château contient de très belles collections d'objets d'art et de tableaux, parmi lesquels des Salvator Upsa, des Van der Neer, des <Both d'Italie, des Coypel, des Braun et des Largilière.

De délicieuses promenades sont à faire dans le parc. On passera par la Fontaine charmante petite source d'une admirable pureté et délicieusement ombragée par des massifs d'arbres verts et de rhododendrons splendides ; on prendra Vallée tournante qui a environ 8 kilomètres de développement ; la longueur totale des allées dépasse 50 kilomètres. On visitera la jolie fontaine de Flavigny, et on se dirigera vers la Tour. Ce donjon est composé d'un faisceau de quatre tourelles engagées les unes dans les

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autres, et couronnées par un rang de corbeaux ou consoles formant mâchicoulis, au nombre de 31 et supportant une muraille crénelée servant de mur d'appui. On remarque sur la face extérieure de chacun des créneaux, un écusson sculpté, reproduisant les armes des principales et anciennes familles de la province de Picardie. Cette tour a une hauteur de i8 m 5o. L'inscription suivante a été gravée en deux parties à une certaine hauteur dans la muraille :

Robert ht Cmug, sire îr* ^inon Hnno £umm |, fc 4250,

La porte d'entrée est richement sculptée. On remarque les ferrures, beaux ouvrages du xv e siècle ; et surtout les fines ciselures des clefs et des serrures à secrets, de la môme époque. L'écusson de la famille de Courval, surmonte cette porte. En lettres gothiques, on lit la devise :

&emg*r et ttbtque fiïreli« (Toujours et en tout lieu fidèle.)

Une description plus détaillée est impossible ici. Nous laissons pénétrer à l'intérieur le visiteur. Il entrera d'abord dans la salle des Gardes, puis dans celle des Chevaliers, dans celle des "Dames, puis il gravira les trente-quatre marches qui conduisent au sommet de la Tour, d'où un panorama charmant se déroulera sous ses yeux à perte de vue.

Une très belle collection d'armures garnit les parois de la salle des gardes, et s'il faut en croire un récent article paru dans un journal de Paris, une armure ayant été portée par Jeanne d'Arc, figurerait parmi celles composant cette collection. Nous déclarons, pour notre part, qu'elle ne nous a jamais été signalée au cours de nos nombreuses visites à l'époque où le si distingué et si affable vicomte de

Courval, faisait, avec une grâce charmante et simple, les honneurs de son magnifique domaine.

Coucy- le-Château

— les ruines. —

Coucy. — Codiciacum, Cotia et Cotium, dont on a fait Couchy, puis Coucy) est une ville fort ancienne, divisée en deux parties qui ne se touchent point, qui sont même à quelque distance Tune de l'autre ; la partie la plus considérable qu'on appelle Coucy -le-Chatel ou la ville haute est située sur la partie élevée d'une colline, au pied de laquelle on voit la ville basse, nommée Coucy-la- Ville.

A peu de distance et à l'est de la ville de Laon, quelques petites sources échappées de la lisière des plateaux voisins (i) forment par leur réunion au fond d'une vallée étroite et ombragée, un mince ruisseau qui, coulant dans la direction de l'ouest, comme la majeure partie des rivières de la contrée, va tomber dans l'Oise à Manicamp, après avoir reçu dans son cours sinueux, les eaux d'une multitude d'autres sources descendant en cascade sur les flancs des collines dont il baigne le pied. Cet humble ruisseau a pour nom Voilette, ou la Utte, ou la Delette. Il anime et fertilise une riche et populeuse vallée, la plus remarquable peut-être du Laonnois. Sur un parcours de

(i) L'Ailette prend sa source dans un étang au-dessus du village de Vauclerc, canton de Craonne.

13 lieues il arrose le territoire de prés de cinquante villages et la vallée où il roule ses eaux tranquilles, prend, dans sa partie inférieure, le nom de Vallée d'Or, à cause de la fertitité de son sol et la diversité de ses productions. A l'extrémité de cette vallée, au point où elle s'ouvre en s'évasant sur la riche vallée de l'Oise, la colline voisine projette du Nord au Sud une sorte de long et étroit promontoire qui semble avoir été forme par la nature tout exprés pour en défendre l'entrée et la commander. C'est à la pointe de ce cap isolé que s'élèvent la ville et le château de Concy, dans la position la plus pittoresque qu'on puisse imaginer. Coucy-le-Château est entourée de hautes murailles flanquées d'une grande quantité de tours. Du haut de ces remparts le panorama dont on jouit est simplement admirable. La ville est percée de trois portes ; la première appelée porte de Laon ; la seconde, au sud, nommée porte à'Etrelles, et anciennement porte Soissonne, et la troisième à l'ouest, appelée porte Gommeron, ou de Chauny, et Noyon.

La porte de Laon est défendue par deux grosses tours ; comme elle est dominée par la plaine, il existait jadis audevant, un bastion en pierre de taille, aujourd'hui disparu. Ce bastion s'élevait au milieu d'un fossé large et profond isolant la ville de la plaine et un pont à quatre arches étroit et sinueux, jeté sur ce fossé, servait à communiquer avec un ravelin en terre, lequel, muni également de fossés, complétait le système de fortification de ce côté de la ville. Toute cette dernière partie a également disparu faisant place à une promenade ornée de plusieurs rangées d'arbres. Actuellement la route départementale de Laon à Chauny, traversant Coucy, a nécessité le tracé d'une rampe douce au-dessus de l'ancien chemin. A côté de l'ancienne porte

Gommeron on en a ouvert une autre en forme d'arc de triomphe et sous le fronton de laquelle s'étalent les armes de la ville qui sont un écusson fascé de vair et de gueules de six pièces. L'intérieur de Coucy-le-Château est bien bâti : les rues sont larges et bien pavées. Sur l'une des trois places donne la façade de l'Hôtel-Dieu, sur la seconde s'élève l'Hôtel de Ville. Un marché périodique se tient sur la troisième. L'église située dans un des angles des fortifications, prés de la porte à'Etrelles, ne présente rien de remarquable que son portail dont l'architecture paraît propre à la seconde moitié du xu e siècle. Elle est placée sous l'invocation du Saint-Sauveur. Le territoire de Coucy appartenait au siège de Reims, depuis saint Remy, qui l'avait reçu en don de Clovis. Mais en 928, Herbert, comte de Vermandois, parvint à s'en emparer et y enferma Charles-le-Simple. Plus tard, Thibault, comte de Champagne, surnommé le Tricheur, le gagna et le perdit à plusieurs reprises. Enfin, l'archevêque de Reims le donna en fief pour un cens de soixante ans, au fils du comte, nommé Eudes, qui fut la souche de la maison de Coucy.

Le château actuel ne remonte pas au delà du xm e siècle. Il dût être construit assez rapidement de 1225 à 1230. Ce fut Enguerrand III, qui éleva non seulement le château, mais encore l'enceinte actuelle de la ville. Le château de Coucy est une construction de premier ordre, d'une grandeur vraiment princiére, conçue d'ensemble et fortifiée avec un art profond. Il domine de rapides escarpements élevés de 50 mètres au-dessus de la vallée, entre Noyon et Chauny, et occupe une surface d'environ 10.000 mètres.

Le château était divisé en deux parties de formes irréguliéres et d'une étendue différente. La première enceinte était ce qu'on appelait à ce temps une basse-cour.

Elle était entourée d'un rempart soigneusement construit en pierres de grand appareil encore flanqué de douze tours, les unes cylindriques, celles des angles principaux, les autres simplement demi-circulaires. Ces tours dans un grand état de délabrement, contenaient autrefois des appartements en pierre.

Pour entrer dans celte première enceinte, il fallait franchir sur un pont un fossé large et profond, puis passer sous une grande porte voûtée, armée d'une herse et défendue par deux grosses tours. Cette porte, autrefois nommée porte de Maître Odon, fut renversée et détruite en 141 1. Cette basse-cour renfermait des salles importantes, notamment une vaste chapelle dont on ne retrouve plus le moindre vestige. La défense avait surtout multiplié les obstacles et pris les précautions les plus minutieuses dans la construction des fortifications de la seconde enceinte ou du château proprement dit. Celle-ci, beaucoup plus petite que la première et tournée obliquement par rapport à elle, à cause de la disposition naturelle du terrain, en était séparée par un fossé profondément creusé dans le roc vif. Elle présente la forme d'un carré irrégulier aux angles duquel s'élèvent quatre belles tours cylindriques. Une cinquième tour, de proportions colossales, est placée au centre de la courtine qui divise les deux enceintes ; néanmoins elle ne fait pas corps avec la muraille et elle en reste séparée par un chemin de ronde qui formait à l'entour une sorte de second fossé. Des bâtiments considérables s'étendaient intérieurement le long des trois autres côtés.

On pénétrait dans cette formidable enceinte en passant sur un pont étroit dont les arches étaient surmontées de deux portes défendues chacune par un pont-levis. On

trouvait en outre intérieurement sous une longue galerie voûtée pratiquée entre deux corps de garde, cinq autres portes qu'il fallait encore franchir pour pénétrer jusque dans la cour intérieure.

Celle-ci, resserrée d'un côté par la grosse tour ou donjon, et, des autres, par les bâtiments servant au logement du maître et de ses serviteurs, avait une étendue peu considérable et une surface irréguliére. A droite se trouvait une série de constructions dont les fondations seules existent aujourd'hui et par conséquent méconnaissables. A gauche, au milieu d'un grand nombre de fondations restées debout, on remarque une salle de bain, au centre de laquelle la baignoire en pierre existe encore. Derrière s'ouvre l'entrée d'immenses et magnifiques souterrains dont les voûtes sont d'une conservation parfaite. Au-dessus au premier étage existaient autrefois de vastes appartements parmi lesquels on distinguait surtout la Salie des Trcux. Cette salle avait environ 60 mètres de long, compris la tribune. Dans l'un de ses angles on remarque la cage d'un petit escalier tournant en pierres, dont le plafond est curieux par ses six nervures minces et délicates descendant sur de petites consoles ornées de groupes fantastiques sculptés et réunis au centre de la voûte par une clef fleuronnée. Cette immense salle dans laquelle on voyait placées dans des niches avec consoles et dais d'une sculpture fine et délicate, les statues des neuf preux, était la principale pièce du château, et chauffée par deux vastes cheminées ornées de manteaux sculptés encore existantes. Elle était couverte d'une charpente en bois avec berceau ogival lambrissé.

En retour d'équerre au fond de la cour et faisant face à la porte d'entrée, se trouvait toujours au premier étage une

autre salle non moins grande que la première, que Ton nommait Salle des Preuses. On voyait une vaste cheminée sur le manteau de laquelle les neuf preuses étaient représentées en ronde bosse. Au centre de cette salle où le jour pénétrait par plusieurs larges fenêtres ouvertes tant sur la cour que sur la campagne, on remarque ensuite une petite chambre ménagée dans l'épaisseur des murs qui, en cet endroit, n'est pas moindre de 4 mètres. C'était là sans doute le boudoir de la châtelaine. On y jouit d'une admirable vue sur les vallées de l'Ailette et de l'Oise, avec Chauny etNoyon pour horizon. Ces élégantes constructions ne remontent pas plus haut que le xv e siècle. Avant cette époque le donjon était la véritable demeure du sire de Coucy.

La construction totale du château de Coucy affecte à peu prés la forme d'un trapèze. La pièce capitale, la plus curieuse du château est, sans contredit, le Donjon, qui mériterait d'être appelé le Colosse. Ses vastes proportions, ses dispositions intérieures, la distiibution de chacun de ses étages, les détails de son architecture, en un mot l'harmonie de son ensemble en font un monument d'architecture militaire du moyen âge, d'autant plus digne d'admiration qu'il est unique en France, et peut-être en Europe.

Cette tour gigantesque mesure 3 1 mètres de diamètre hors-œuvre, sur 60 mètres de hauteur depuis le fond du ' fossé jusqu'au couronnement. Un mur circulaire nommée chemise entourait entièrement le pied de ce donjon. Ce mur n'avait pas moins de 5 mètres d'épaisseur dans le bas, et sa hauteur dépassait 30 pieds ; un chemin de ronde construit autour et extérieurement de cette chemise permettait aux défenseurs du château de constamment

circuler autour de la chemise et de s'assurer que le pied n'en était point attaqué par la Sape. Les murs au niveau du rez-de-chaussée ont une épaisseur de 7 métrés 10 entre les arcades intérieures, et de 5 métrés 70 centimètres entre le fond de ces arcades et le parement extérieur de la muraille. Ils conservent celte énorme épaisseur jusqu'au troisième étage, point où une superbe galerie circulaire a été intérieurement établie sur eux et les réduit à 1 métré 90 centimètres. Peu de fenêtres sont percées à travers ces épaisses murailles ; on en voit seulement trois ou quatre placées les unes au-dessus des autres dans le côté de la tour qui fait face à la salle des Preux ; plus un certain nombre d'étroites ouvertures, en forme de meurtrières, servant à éclairer l'escalier, et, dans le haut de la tour, une série d'arcadf s ogivales entremêlées de meurtrières à plan incliné par lesquelles on devait verser des matières brûlantes sur les assiégeants. A cette hauteur régne également autour de ce donjon un rang de consoles très saillantes sur lesquelles étaient autrefois établis des mâchicoulis détruits depuis longtemps.

On parvenait autrefois à la porte de la tour en traversant un pont jeté sur le fossé formé par la chemise. Cette porte d'assez petite dimension et de forme ogivale était anciennement ornée sur les côtés de colonnettes aujourd'hui brisées en partie, et surmontée d'un tympan sur lequel on remarquait un bas relief représentant un guerrier armé d'une épée et d'un bouclier, la tête couverte d'une toque et luttant contre un lion furieux C'était un souvenir de la scène du combat d'Enguerrand I er , contre un lion dans la forêt de Coucy, (tradition populaire).

Le pont une fois franchi on était arrêté par une herse glissant entre deux rainures derrière les tableaux de la porte

et par un mâchicoulis. Derrière la herse on rencontrait une porte à un vautail renforcée d'énormes barres rentrant dans l'épaisseur de la muraille.

La salle du rez-de-chaussée du donjon est splendide. Elle a douze côtés dont chacun forme une large niche voûtée en berceau. Ces niches sont doubles en hauteur et devaient servir pour les armes et projectiles nécessaires à la défense. C'était donc probablement l'arsenal du château. On y trouvait un puits, un moulin, une cheminée, un four, tout ce qui était nécessaire au service du fort occupé par une garnison. A droite est l'escalier conduisant au faite du donjon. La voûte de cette salle était ornée de nervures qui retombaient sur des colonnettes placées aux angles des pans. Ces colonnettes ont disparu ; leurs chapiteaux, encore en place, supportent une espèce de console formée d'un personnage à genoux ou accroupi et de feuilles sculptées du sein desquelles s'élançaient les nervures de la voûte. Les douze demi-arcs qui s'élèvent au plafond se réunissaient à une énorme clef centrale percée à jour d'une ouverture ou œil faisant correspondre la salle du rez-dechaussée avec celle de l'étage supérieur, sans doute afin d'y faire passer des ordres de vive voix sans avoir besoin de monter l'escalier.

Le premier étage reproduit les dispositions du rez-dechaussée ; il ne s'en distingue que par des arcades un peu plus élevées et plus ornées.

On arrive au second étage par 67 marches assez hautes. Il est, comme le précédent, divisé en douze pans, occupés chacun par une arcade ogivale, mais cette fois élancée et élevée de 1 2 mètres. Cette pièce devait être magnifique et servir à l'habitation du châtelain et de sa famille.

Pour parvenir au troisième étage, il faut encore gravir

68 marches La salle de cet étage, exactement conforme aux précédentes, quant à ses dispositions générales, présente ceci de particulier qu'une large galerie circulaire ou tribune ménagée dans l'épaisseur des murs, tourne derrière ses arcades, de sorte que par son moyen on pouvait faire le tour de la place sans y entrer et voir tout ce qui s'y passait, son pavé étant plus élevé de 3 métrés que celui de cette même pièce.

Le quatrième étage régne sur le tout et présente par conséquent la plus vaste place de l'édifice. U formait autrefois une terrasse couverte de plomb protégeant des voûtes et formant plate-forme en pavillon.

De ce quatrième étage on parvient par 22 marches très élevées sur le couronnement de la tour qui a encore plus de trois mètres de largeur.

Telles sont, dans leur ensemble, ces immenses constructions destinées à fatiguer le temps par leur solidité à toute épreuve et leurs proportions gigantesques. Il a fallu pour en détacher quelques pierres, l'ombrageuse politique d'un ministre, le cardinal Mazarin, qui en 1649, donna des ordres pour démenteler complètement Coucy,qui lui avait résisté. Ce fut le sieur Métezeau, ingénieur, qui, au moyen de la mine, fit sauter la partie antérieure de la chemise, les voûtes du donjon, la plupart de celle des autres tours et brûla les bâtiments du château qui ne fut plus qu'une ruine.

Aujourd'hui le château de Coucy, ainsi que la forêt qui l'entoure, font partie du domaine de l'Etat. Certains travaux y ont été faits, sous l'habile direction de M. Violet-le -Duc. Mais la restauration complète coûterait des millions. Un gardien y a été installé, fait visiter les ruines et empêche que les habitants de Coucy, comme ils en ont eu longtemps

la funeste habitude, ne viennent prendre dans l'enceinte du château, des pierres dont ils avaient besoin pour la construction de leurs maisons.

Le château de Coucy a soutenu plus d'un siège et la ville de Coucy-le-Château en a eu sa part. Plus d'une tète couronnée est venue l'honorer de sa visite. En 1393, le roi Charles VI, y vînt séjourner quelques temps, pour y distraire sa folie. En 1594, Coucy est une des premières places qui se soumettent à Henri IV. Le roi y passa quelques jours dans le château, menant avec lui la belle Gabrielle d'Estrées, alors au terme de sa grossesse, et c'est dans une des salles du château de Coucy, qu'elle mit au monde le célèbre César de Vendôme. Une plaque de marbre noir, incrustée sur le manteau de la haute cheminée de la chambre où s'accomplit cet événement, en rappelle le souvenir par une inscription gravée.

Le pays Laonnois doit être fier d'avoir ces splendides ruines à offrir aux regards des voyageurs et des étrangers. Elles sont à n'en pas douter, les plus belles de toute la France, et ce serait une profonde erreur de la part du touriste s'il négligeait de les visiter.

Prémontré

A une bonne lieue à l'est de Coucy, au milieu de la belle forêt de Saint-Gobain, se trouve la célèbre abbaye de Prémontré, fondé vers 1120, par saint Norbert. Les bâtiments de cette abbaye s'élèvent dans une gorge resserrée par trois collines escarpées. C'était le chef-lieu de l'Ordre de ce nom. Dans l'enceinte même du monastère il se forma une seconde communauté composée de filles et

de veuves dont le nombre s'éleva, dit-on, jusqu'à mille du vivant même du fondateur, mais elle ne tardèrent pas à être transférées à Roziéres. Cette maison religieuse acquit des richesses considérables et au moment de la révolution ses revenus s'élevaient encore à 84 000 livres, charges déduites. Son dernier abbé fut M. Lécuy.

Les bâtiments de cette abbaye furent saccagés par les calvinistes, lors de la guerre civile qui éclata en 1567. Reconstruite vers le milieu du xviii* siècle, l'abbaye de Prémontré ressemblait plutôt à une maison royale qu'à un monastère. On peut y voir un admirable escalier qui par sa hardiesse, son élégance, la grâce de ses proportions, fait l'étonnement des hommes de l'art. Une portion de cette célèbre abbaye a été conservée et en 1802 on a tiré parti de l'autre en y établissant une verrerie. M. de Violaine, maire de Prémontré, changea le monastère en un foyer d'industrie qui devint très productif pour les habitants de la contrée. On y fabriqua des bouteilles pour les vins mousseux, des cloches de jardin, des verres de couleur pour les vitraux d'Eglise, du flint-glass pour les lunettes et l'optique, et même des glaces de grandes dimensions. M. de Violaine en exposa au Louvre en 1827. Les beaux passages qu'on admire à Paris, ont leurs portes et leurs croisées garnies de verre de Prémontré.

En 1846, les propriétaires de la manufacture de glaces de Saint-Gobain, ne voulant pas de rivaux dans cette branche d'industrie alors si lucrative, déterminèrent le propriétaire de Prémontré à leur vendre son établissement. L'année suivante ils mettaient en vente ce magnifique domaine et les papiers publics le désignaient comme parfaitement convenable pour la création d'un grand établissement religieux.

Monseigneur de Garsignies, évèque de Soissons et Laon, conçut la généreuse pensée d'acheter ce qui restait de l'antique abbaye, afin de conserver à la France et à son diocèse, un des plus beaux monuments enfantés par le génie religieux du moyen-âge.

L'orphelinat de Prémontré ne subsista que quatre années de 1856 à 1860, date de la mort de Monseigneur de Garsignies.

En 1861, le Département de l'Aisne 1 acheta Prémontré au Diocèse. De nouvelles et très importantes constructions ont été ajoutées aux anciennes, et l'Abbaye chef d'Ordre qui compta en Europe et en Asie jusqu'à 2.000 monastères, est devenu aujourd'hui un asile d'aliénés !

Au milieu de la forêt de Coucy se trouve le bourg de Saint-Gobain dont la population dépasse 2.000 habitants. Appelé autrefois Mont-de-l Hermitage, Saint-Gobain devint célèbre par le martyre du Saint dont il porte le nom depuis le vu 6 siècle. Ce village, bâti par les sires de Coucy était composé non seulement de ce qui en reste aujourd'hui, mais il s'étendait dans les vallées. Le château sur l'emplacement duquel se trouve aujourd'hui la manufacture de glaces, fut pris et ruiné par les Anglais en 1339. Marie de Luxembourg, bisaïeule de Henri IV, fonda à Saint-Gobain vers 1540 une verrerie qui doit être considérée comme l'origine de la célèbre manufacture des glaces que l'on voit aujourd'hui.

C'est sou6 le règne de Louis XIII qu'on a commencé à

fabriquer des miroirs en France. En 1634, ce prince accorda aux sieur Grammont et Anthomessil des lettres-patentes pour fabriquer des glaces et des miroirs. En 1665 un sieur Dunoyer, sous le ministère de Colbert, obtint un privilège exclusif pour le même objet. Il se procura des paraisonniers (1) (ouvriers faisant la paraison du verre), de Venise, et vint s'établir au village de Tour-la-Ville, près Cherbourg. En 1688, Abraham Thévart, fit Fessai de son invention pour couler les glaces dans le local que la Compagnie des glaces possédait au faubourg Saint-Antoine, à Paris ; il réussit et reçut un privilège pour fabriquer des glaces et s'établit à Saint-Gobain au centre de la grande forêt. En 1695, la fabrique de Tour-la-Ville, fut réunie à celle de Saint-Gobain.

Les progrés successifs de la Compagnie de Saint-Gobain l'ont mise à même de lutter avantageusement avec n'importe quel établissement du même genre. Dés 1806, elle envoyait à l'Exposition une glace d'une dimension inouïe : 3 m o8 sur i ra 62. En 1855, elle exposait une pièce non étaraéede 7 m 50 de hauteur sur 2 m s8 de largeur. Cette merveille de l'industrie que l'univers entier a pu admirer à Paris est ailée se briser à Londres, par la négligence des ouvriers chargés de son déballage.

La manufacture établie d'abord sur les ruines du château de Saint-Gobain s'est successivement accrue de nombreuses annexes. Aujourd'hui, elle possède à Chauny des ateliers

(1) La paraison est une opération qui consiste à tourner et à retourner une masse de verre pâteux au bout de la canne sur une plaque de fer nommée marbre ou mabre afin d'égaliser la matière autour <fc l'instrument et de la préparer ainsi aux manipulations subséquentes.

spéciaux de polissage et des fabriques d'étain en feuille, de potée et d'émeri, le tout relié par un chemin de fer à l'établissement principal de Saint-Gobain et à la grande ligne du chemin de fer du Nord. En un mot rétablissement de Saint-Gobain, mérite d'être rangé parmi les manufactures de l'Etat, à côté de celles des tapisseries des Gobelains et des porcelaines de Sèvres. Elle fournit au commerce prés de 200.000 mètres cubes de glaces par an.

Nous avons dit plus haut que c'était au mois d'octobre 1665, que Louis XIV accorda un privilège pour l'établissement des glaces en France. Marie de Luxembourg, bisaïeule de Henri IV, avait fondé à Saint-Gobain, vers le milieu du XVI« siècle, une verrerie qu'on peut considérer comme le berceau de la célèbre compagnie nationale de nos jours qui a toujours suivi, souvent devancé les progrés de la fabrication spéciale à laquelle elle se livre.

C'est à cette Compagnie que l'on doit l'introduction d'un système d'association qui n'a fait, depuis, que des progrès relatifs, mais auquel l'avenir, devra, peut-être, la solution si désirable de la question sociale. Dés 1833, en effet, Saint- Gobain associa une partie de ses ouvriers à ses bénéfices, et, à l'occasion du deuxième centenaire de la fondation de la Compagnie, M. le duc de Broglie, président du Conseil d'administration, caractérisait dans les termes suivants, l'esprit qui a présidé à la création de ce grand établissement : « Saint-Gobain, n'est pas seulement une grande association « d'intérêts matériels, une réunion de forces productives ; « Saint-Gobain est une famille, une grande famille, qui « comprend les actionnaires, les administrateurs, les « directeurs, les contre-maîtres et les ouvriers et les réunit « dans un même sentiment d'affection. Depuis sa « constitution définitive, pas un des dissentiments qui ont

« pu s'élever dans son sein n'a été porté devant aucun « tribunal ; tout a été réglé, décidé et jugé en famille. »

M. Paul Leroy-Beaulieu, le savant économiste, dans la séance publique annuelle de l'Académie des Sciences morales et politiques du 2 décembre 1893, faisait de cette grande Compagnie de Saint-Gobain, en lui décernant une de ses plus hautes récompenses, l'appréciation suivante : « Cette Société est restée, phénomène rare, depuis prés « de deux siècles et demi, à la tête de toutes les maisons « qui, dans le monde entier, s'adonnent à l'industrie des « glaces. Ce n'est pas cette étonnante vitalité industrielle a que l'Académie récompense, ce sont d'autres mérites ; « occupant prés de 7.000 ouvriers dans ses différentes « usines, elle s'est partout occupée des besoins moraux « et matériels de ce nombreux personnçl. Indépendamment « des pensions de retraite qu'elle lui sert libéralement elle « a favorisé l'éclosion de Sociétés coopératives de « consommation et, grâce à ce zélé pour les intérêts des « travailleurs qu'elle emploie, elle a des ouvriers fidèles « qui ne songent pas à la quitter et lui demeurent attachés « jusqu'à la vieillesse. »

Saint-Gobain tire de la Seine-Inférieure l'argile nécessaire pour la confection des pots et pour la maçonnerie intérieure des fours. Il tire de Creil (Oise), un sable vitréfiable très pur et qu'on ne trouve pas de la même qualité dans l'Aisne. C'était à Charles-Fontaine, que la Compagnie de Saint- Gobain avait établi d'abord sa fabrique de soude factice, transférée depuis à Chauny, ainsi que sa fabrication d'acide sulfurique.

On n'oubliera pas de visiter la crypte ou chapelle souterraine très curieuse et parfaitement conservée de i'église de Saint-Gobain.

Folembray

Folembray (Follanebrayumvnr* siècle. — Follembraie, 1089 ; Foulembray, 1 î 58 ; Folambray, 1442) est situé à 4 kilomètres de Coucy et à 28 de Laorf. Ce village est très ancien, il a trois -hameaux : Le Vixner, où se trouve une des plus vieilles et des plus importantes verreries à bouteilles, de France ; le Bois-de-Midi et les Pre\-Houei ; une ferme isolée, Longueval, où se voyait autrefois le fief de ce nom. Les lieuxdits les plus connus sont : le Chauffeur, le Tourniquet, la Maison brûlée, le Chèneau, les Boyaux, les Chus, etc.

Les armes de Folembray portent : d'a~ x iir à T arbre de Sinople, fùtè sur un marais de Sable.

Si l'on en croit Dom de Coste, religieux minime, ce village remonterait aux premiers âges de notre histoire. Cet auteur affirme, en effet, dans son livre intitulé : Vrais portraicts des rois de France, que Pharamond fut enterré à Folembray.

Le château de Folembray, situé dans le voisinage des forêts de Coucy et de Saint-Gobain, fût bâti en 1 210 par Enguerrand III, sire de Coucy. François i tr , qui y séjourna souvent avec Diane de Poitiers le fît réédifier et embellir en i5i5.Ceroi affectionnait beaucoup ce château et y venait â l'époque des chasses avec un nombreux et brillant entourage pour courir le chevreuil et le sanglier si communs alors dans la basse forêt de Coucy.

On raconte que dans une partie de chasse à Folembray, en 1543, François I er qui s'était laissé entraîner avec trop d'ardeur X la poursuite d'un sanglier, s'égara de sa suite et arriva, après avoir longtemps erré, à la hutte d'un charbonnier à la fois braconnier et marchand de balais. La

nuit tombait ; le monarque avait faim, il entre dans la hutte.

Le charbonnier qui était loin de soupçonner à quel hôte il avait à faire, le reçoit cependant avec bienveillance et partage avec lui son pain, ses œuts, son fromage et son vin. Mais le grand air et la longue course avait aiguisé l'appétit du royal chasseur, et, peu habitué sans doute à un repas aussi frugal il dit au charbonnier : t Vous n'avez pas, par hasard, un peu de gibier à m'oflfrir ? — Oui dà, reprit le paysan, j'ai un bon pâté de sanglier & votre service, mais jurez-moi, foi de gentilhomme de n'en rien dire au grand ne{. « C'était ainsi qu'on appelait le roi.

François I er fit grand honneur au pâté ; se coucha sur quelques bottes de paille et dormit à merveille» Le lendemain il prit congé de son hôte et revint dans l'aprèsmidi avec toute sa cour, faire visite au braconnier. On juge de la stupéfaction de celui-ci, reconnaissant dans le chasseur de la veille le grand ni\ à qui il avait offert le gibier prohibé. Mais le roi était bon prince, et après avoir ajouté une nouvelle 'largesse à ce qu'il lui avait donné auparavant : « Je veux, dit-il, en le quittant, que tu vienne à Paris, le premier jour de l'an, que tu t'établisses à la porte du Louvre, avec des balais à vendre, et que tu les fasses payer un quart d'écu à chacun.

Le charbonnier fut exact au rendez-vous et comme on avait donné l'ordre que personne n'entrât chez le roi sans être pourvu d'un balai, notre marchand fit ce jour là une véritable fortune. Introduit ensuite devant le prince, et averti qu'il pouvait demander telle grâce que bon lui semblerait, il ne trouva rien d'autre à solliciter que l'exemption d'impôt pour le charbon. Cette grâce lui fut accordée.

Et maintenant : si non e vero bene trovalo. Le château de Folembray, incendié en 1552, par Marie de Hongrie, fut relevé par Henri II, qui y séjourna avec Diane de Poitiers. Leurs chiffres entrelacés se voyaient encore il y a 60 ans sur les ruines du château. C'est de ce château, alors séjour de la belle Gabrielle, que Henri IV, dirigea le siège de La Fére et ce fût là également qu'il conclut en 1569 la paix avec le duc de Mayenne. Plusieurs édits et lettres sont datés de ce château dont il reste à peine aujourd'hui quelques vestiges.

Folembray possède une verrerie considérable dont rétablissement date de 1441. Huit fours marchent presque toujours produisant ensemble de 25 X 30.000 bouteilles par jour.

Le 2 juillet 1872, un décret signé du Président de la République, déclarait d'utilité publique le chemin de fer qui relie actuellement Chauny à Anizy-le-Château par Folembray et Coucy. Ce chemin de fer a inauguré pour cette commune une ère plus grande encore de progrés et de prospérité.

M. le baron de Poilly fut longtemps seigneur de Folembray où sa bienfaisance s'est constamment fait sentir. M. Labarbe, maire du pays a contribué aussi dans de larges mesures aux agrandissements et aux embellissements de sa commune. C'est aujourd'hui M. le comte de Brigode qui est propriétaire du château.

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