LIBERTÉ
Je soussigné MtUJi 'Ùx^mUÙ.^'i^ résidant dans la Ssedon dm-/^»»^ $omiuyutmAyù^»^4tt4t7/, n^ohlig9 dû rocevoir c/iez moi AtudiJ ElàiW de l'Ecole coitmle des Travaux publics , aux conditions suivantes ;
SA VO I R t •
I .• De Iboroir , à niiton d'na on deux EUret , une chambre nevbltfe simpleinent et propreoient.
a.* De fournir la nourriture à me table, aux heures fixées pour les repaa , et qui seront déterminés d'après la distribution du temps réglé pour l'in^traction.
3.» Outre la nourriture et le logement , je m'oblige encore d'avoir pour lesdits Eléres les mêmes soins et la même surveil- Uoce que de bons pères exercent enrers leurs enfans { en conséquence , de leur donner tous les conseils qui peurent avoir rapport à l'entretien de leurs effets , à la propreté et à la salubrité ; de veiller à leur conduite , et de tenir la main à ce qu'ils ao(en» rMrt>és.aax hnorea indiquées t d'observer Ut soeiétéc qs'i)» iiséquenteront , et-^e leur donner des avis et des instructions paternels , comme s'Us étoient mes propres eufant , enfin . Ue rendre un compte fréquent à la Direction de l'Ecole , de ce qoe j'aurai remarqué sur U conduite, le civisme et le caractère moral dusdiu Elèves.
Le tout moyennant U somme de soixante-quinze livres par mois, ou neuf cents livres par an , qui me sera payée à iexpiraiion dé chaque mois , sur les ordonnances de la Commission des Travaux publics.
Dana le caa de nsladie , les dépenses extraordinaires qui ea résulteront , seront payées à part.
Fait è Paris , le du mois de
de la République Fnaçaiae , oae et indivisible.
exemples domestiques, les formeraient aux vertus républicaines ». En conséquence, la commission des travaux publics invita les comités civils des six sections les plus voi-
sines du palais Bourbon, à nommer chacune qualre commissaires, chargés de visiter les citoyens qui s'engageraient h recevoir des élèves en pension. Puis elle informa les candidats, par leur lettre d'admission, qu'ils trouveraient à Paris des pères de famille « sensibles et bons patriotes », lesquels les recevraient en pension moyennant neuf cents livres, prix de la nourriture et du logement. Ces pères de famille, qu'on appela les /)ére**e/i*jA/e*, répondirent aux propositions de la commission des travaux publics par un empressement patriotique dont on ne trouverait d'exemple à aucune autre époque et chez aucune nation (1).
En recevant un pensionnaire, chaque père sensible signait la déclaration .dont le fac-similé se trouve page 223.
Père Conseil. — Le père Conseil^ ancien bottier de l'Ecole, a torturé un nombre considérable de promotions. Long, maigre, avec les lunettes sur le front, il s'efforçait de vous persuader que la botte qu'il vous essayait allait à merveille et ce dialogue invariable s'engageait entre l'élève et lui:
Conseil. — Trop prandes ! mais, monsieur, vous ne savez donc pas ce que c'est que des bottes! c'est-à-dire qu'elles vont très bien. Oui, monsieur, vous viendrez me dire : « C'est ça, père Conseil, faites moi-z'en encore des comme ça l «
L'ÉLÈVE. — Mais je vous assure qu'elles sont trop étroites du coude-pied.
Conseil. — Trop étroites! mais le cuir élai^t toujours ; ça s'élargira.
L'blkve. — Vous voyez bien qu'elles sont trop larges du talon.
Conseil. — Trop larges!... mais le cuir rétrécit toujours; ça se rétrécira.
Perspec. — Abréviation de perspective. La perspective est enseignée par le professeur de géométrie descriptive. Monge, Leroy, Hachette, Arago, de La Gournerie, Mannheim ont successivement professé ce cours.
(1) Pinet, Histoire de l'École polytechnique.
Monge, toujours au milieu de ses élèves, s*associant à leurs ^IToris, applaudissant à leurs succès, était vt^ntablemenl adoré. Tous cherchaient à lui exprimer leur reconnaissance et leur admiralion. I/un d'eux, raconte Barnabe Brisson, se chargea un jour de dessiner en secret une sphère en y dii*posant les teintes d'un lavis selon \e^ crmrbes obtenues par le calcul, et quand riniage fut achevée, il la plaça sous les veux deMonge. Il est difficile de se faire une idée du bonheur qu'il éprouva; vingt ans
r AV J.' - iBVt
^l±:^'z.4xy^ix±j:rrij^-*'-
après il ne pouvait en parler sans émotion (1).
Nous avons déjà eu l'occasion de parler de Leroy, surnommé Beuveau et de La Goumerie que l'on appelait Gournard,
Le colonel Mannheim, élève de Ghasles et de Poncelet, occupe la chaire de géométrie depuis trente ans. Toutes les promotions ont gardé le souvenir de ses leçons, professées d'une façon remarquable, à la suite desquelles on dessine la niche, la voûte d'arêtes, Varche biaise. On
(1) Monge fut le véritable fondateur de TÉcoIe; ce fut lui qui dirigea les cours révolutionnaires^ restant toujours au milieu des élèves, les excitant au travail, devenant Tami de chacun. Dans toutes les crises graves que traversa TÉcole à ses débuts, Monge intervint et la sauva. Lorsque les élèves, mal payés, à un moment même privés totalement de leur solde, étaient menacés de mourir de faim, il leur distribua son traitement. Quand Monge mourut, dépossédé par la Restauration de ses places, de ses titres, même de son titre de membre de Tlnstitut, les élèves sollicitèrent en vain la permission d'accompagner leur bienfaiteur ; mais le lendemain, jour de sortie, ils se rendirent en corps au cimetière du Père-Lachaise et déposèrent des couronnes sur sa tombe. Le 20 juillet de chaque année, TÉcole devrait envoyer une députation visiter sa sépulture.
226 l'argot de l'x.
lui fait tenir le discours suivant à la séance des Ombres :
— Messieurs, le plan vertical devenu transparent permet d'apercevoir avec une lunette
d*approche, une succession ^
et au delà du point de fuite une ^11^
infinie de vass' qui pissent
^PK
vass' qui piss' infiniment peu.
C'est moi qui ai démontré que
cette vass' pissait du premier ordre
contrairement à M. de La Gournerie
qui prétendait qu'elle pissait du deuxième ordre,
autrement dit qu'elle ne pissait pas du tout.
Petits chapeaux. — On appelle joe^tto chapeaux les élèves qui, à certaines années exceptionnelles, sont envoyés sur leur demande à TÉcole d'application de Tartillerie et du génie, après une année seulement de séjour à TËcole. Ils conservent à Bleau Tuniforme et le chapeau de l'École polytechnique pendant une année, jusqu'à ce qu'ils soient promus sous-lieutenants.
Les premières promotions de petits chapeaux datent de 1840 et 1841. Auparavant, des promotions irrégulières avaient bien été faites avant l'expiration des deux années d'études, en particulier sous le Directoire et dans les dernières années de l'Empire, mais les élèves appartenant à ces promotions anticipées avaient été promus lieutenants en second ou sous-lieutenants.
Dans les salons de la ville de Metz, les danseuses remarquèrent l'élégance du chapeau de ces polytechniciens, à côté du formidable blokhaus des artilleurs et de l'immense frégate des sapeurs ; ce furent elles qui baptisèrent les nouveaux venus du nom de petits chapeaux.
Sur les démarches actives du général de Boblaye, commandant l'École de Metz, la faveur A'è\xe petit chapeau fut renouvelée le 1*' mai 1855 et le !•' mai 1856, à l'époque de la guerre d'Orient. Il en fut de même après la guerre de 1870 : deux promotions, celle de 1871 et celle de 1872
l'argot de l'x. 227
envoyèrent en même temps, au mois de février 1873, plusieurs />e^i^ chapeaux à TÉcole de Fontainebleau.
Depuis 1880, quatre promotions consécutives ont joui du ihême bénéfice en raison de l'extension des cadres de Tartillerie, comme cela s'était produit en 1840 et 1841. Ces quatre promotions ont donné ensemble 26 7 petits chapeaux.
Les petits chapeaux sont promus sous-lieutenants le 30 septembre, un peu avant leurs camarades de la promotion régulière ; ils arrivent au régiment un an plus tôt.
A la séance des Ombres^ l'apparition des petits chapeaux est saluée par ces couplets chantés sur l'air du Pendu ^ composés par le camarade de Guillebon :
Nous formons trois belles brigades, Très fiers d'avoir lâché l'X, Et sachez, pauvres camarades, QuMl n'est chez nous que des phénix.
Les moins malins ont l'assurance Dans quinze ans d'être généraux :
Nous faisons une poire intense, ) Car nous sommes petits chapeaux. \
En attendant, dans nos armoires Nos claques restent enfouis ; Nous mettons toute notre gloire A ne circuler qu'en képi.
bis.
On nous prendrait, chagrin immense, Pour des X et non pour des BUaux.
Nous faisons une poire intense, ) ..
Car nous sommes petits c/upea iix. \
ConscritSy un bon conseil de frère :
Soyez petits chapeaux en chœur; Vous aurez un sabre de guerre.
Des moustaches en accroche-cœurs.
Surtout des éperons immenses Bien plus jolis que vos malos.
Vous ferez une poire intense ) ,.
Car vous serez petits chapeaux. \
Phécy. — Képi d'intérieur. Ce mot désigne à proprement parler la calotte ou fez des chasseurs d'Afrique ; il ne s'emploie plus guère ; on lui préfère maintenant le mot calot.
Photo. — Abréviation àe photographie^ empruntée à Targot courant (Sée, puis Franck, puis aujourd'hui Gerschel ont été les photographes attitrés de l'Ecole). Une photo de salle^ c'est le groupe des élèves d'une même salle ; tous les camarades en emportent une épreuve en quittant l'École et conservent avec soin ce souvenir de leur jeunesse.
PI. — C'est le nom de la lettre grecque it, qui représente, comme chacun sait, le rapport de la circonférence à son diamètre. Nous ne voulons pas citer tous les jeux de mots, tous les calembours, auxquels se prête, pour les taupins^ l'emploi de cette syllabe />(.
A l'École, tous les élèves connaissent le moyen mnémotechnique de retenir les premiers chiffres de la partie décimale du nombre iz dont la valeur est 3,14159... ; on dit un quatre et un cinq font neuf. Le professeur Sarrau se 6ert à chaque instant, dans son cours de méca^ des lettres it et T (tau) et les élèves répètent :
Deux pi sur tau C'est la formule de Sarrau l
l'argot de l'x. 229
L'expression faire deux pi signifie décrire une circonférence et, par extension, faire le tour complet de la cour. Faire pi ^ c'est faire une moitié de tour. Faire pi sur deux^ c'est profiter du sommeil d'un camarade pour le redresser verticalement sur son lit.
Plgl'er. — Prendre en flagrant délit, terme du jargon des collèges, encore employé quelquefois à l'École. Ceux qui jouent aux cartes veillent à ne pas se faire piger par le basoff.
Piger zéro^ c'est obtenir la note zérok un examen, autrement dit piquer zéro. Cette expression signifie encore « ne rien comprendre à une explication ». En sortant de Yamphi Résal, nombre d'élèves disent : « J*ai pigé zéro ».
Piocher. — C'est le terme ordinaire de l'argot des collèges; il signifie « travailler avec ardeur ». Le travailleur obstiné est un piocheur, A l'Lcole on ne l'emploie guère; pourtant l'expression temps de pioche est encore usitée pour désigner la période de travail préparatoire aux examens de février, l'expression temps de chiade étant réservée pour celle qui précède les examens de fin d'année. Il y a cette différence entre les deux expressions, temps de pioche et temps de chiade, que la première n'évoque nullement l'idée d'un concours ; la seconde est plus énergique, elle se réfère à un travail plus fatigant, plus absorbant ; c'est pourquoi on dit la pâle chiade, celle qui use les forces et pâlit le visage.
Pipo. — Abréviation fantaisiste de polytechnicien. Le mot est usité surtout dans les lycées ; il est très répandu dans le quartier de l'Ecole; mais les élèves ne l'emploient guère entre eux : ils lui trouvent comme un petit air moqueur. Tel aspirant artilleur qui, aujourd'hui encore, aime
230 l'argot de l'x.
à caresser la Muse, n'a pourtant pas craint de le glisser dans Tune de ses chansons, celle de la Boulangère :
La Boulangère a de grands yeux,
Les plus jolis yeux de la terre.
Pour attirer les amoureux
La Boulangère a de grands yeux.
Elle a le buste merveilleux, La démarche vive et légère, La taille svelte et de grands yeux Les plus jolis yeux de la terre.
La Boulangère habite auprès Tout auprès de Polytechnique ; Elle ne Ta pas fait exprès Mais pourtant elle habite auprès.
Les beaux pipo5 sont toujours prêts A regarder dans sa boutique.
La Boulangère habite auprès Tout auprès de Polytechnique.
A l'itcolc il n'est qu'une voix
l'ait V L^L'lL^brer sa gentillesse.
— Uu'eile est mignonne l — Je te crois î
A l'École il n'est qu'une voix...
iiïen desi pipos^ s'ils étaient rois.
Ne voudraient pas d'autre maîtresse.
A rÉcole il n'est qu'une voix
Pour célébrer sa gentillesse.
Pour trouver place dans son cœur Il faut posséder l'uniforme ; Il faut marcher d'un air vainqueur Pour trouver place dans son cœur.
Mais les civils lui font horreur :
L'un est bête et l'autre est difforme; Pour trouver place dans son cœur Il faut posséder l'uniforme !
Les polytechniciens charmés L'adorent tous sans le lui dire ; Ses regards laissent désarmés Les polytechniciens charmés.
Les discours les plus enflammés Sont remplacés par un sourire.
Les polytechniciens charmés L'adorent tous sans le lui dire.
Car la fillette a de grands yeux Les plus jolis yeux de la terre.
Pour attirer les amoureux, La Boulangère a de grands yeux.
Elle a le buste merveilleux, La démarche vive et légère, La taille sveite et de grands yeux Les plus jolis yeux de la terre.
Le mot pipo est également employé dans les familles. Il n*est pas rare d'entendre un père tout orgueilleux des succès de son jeune fils, bambin de dix ans, s'écrier : « Il vient d'être le premier de sa classe en arithmétique... il ira à rÉcole/)ipo / »
232 l'ahgot de l*x.
PIpopipette. — Dans les salles, pendant les longues heures de l'élude du soir, il faut bien se li\Ter à quelque jeu de combinaison. En cherchant à compliquer le vieux jeu de la marelle ou de la peltie, tous deux renouvelés des Grecs, les polytechniciens ont imaginé un jeu nouveau, assez original. Sur un papier quadrillé, on trace à l'encre un carré renfermant trente-six ou quarante-neuf ou soixante-quatre cases, dont les côtés sont indiqués au crayon. Chaque joueur, à tour de rôle, trace à Tencre un côté quelconque de Tun des carrés intérieurs ; celui qui parvient par un dernier trait à fermer un carré marque un point à son avoir et continue à jouer. Le gagnant est celui qui a fermé le plus grand nombre de carrés.
Edouard Lucas, le très regretté professeur de Saint- Louis, a cité ce jeu nouveau, qu'il a appelé la pipopipeite en Thonneur de TÉcole, dans ses]Récréation9 mathématiques.
Plqiie-boyanx. — Nom donné aux prévôts de la salle d'armes. L'enseignement de Tescrime, autrefois facultatif, est devenu obligatoire. Des séances régulières sont consacrées à l'escrime et, à époques fixes, des assauts ont lieu devant Tétat-major de l'Kcole. Parmi les professeurs civils qui autrefois enseignaient l'escrime, parmi les plus fines lames, il faut une mention spéciale pour Lozès, qui fut un des meilleurs maîtres et pour son prévôt.
Piquer. — Mot emprunté à l'argot ordinaire. Un piqueassiette est le parasite toujours en quête d'une invitation ; la jeune fille qui rougit/>iyue un soleil ou encore pique un
l'argot de lx.
fard ; le soiliciteur,
qui attend dans une
antichambre le bon
plaisir d'un grand
personnage, pique le
tabouret. A TEcole, ce même
mut est employé dans mille
circonstances :/)iy(ier Vétra,n-
gèrcj c'est rêvasser à l'heure
du travail et, par extension,
tre pas à la conversation ; piquer
ieiiy ccst dormir; piquer une
sèchcy c'est avoir en colle une très mauvaise
noie \ piquer le bouquin, c'est lire un roman, etc. On dit
aussi jD l'huer une course (pour courir), jaiyuer la lèche
(flatter), /jiyiier an laïus (faire un discours), etc.
Certains colleurs piquent bas, c'est-à-dire donnent des notes généralement faibles ; d'autres, au contraire, piquent haut. Piquer la constante^ c'est donnera un élève toujours la même note. • La même expression se rapporte à la fois au colleur qui donne la note et à l'élève qui la reçoit : « Un tel di piqué 4 chez Moutier )>. On cito des examinateurs qui ne piquent jamais de 20, de 19 ou même de 18. Le célèbre Gérono disait à un élève qui venait de passer en colle d'une manière remarquable : « Si Dieu le Père passait chez moi à la planche^ je lui piquerais 19; si c'était Jésus-Christ, je piquerais 18 ; si c'était M. Chasles, je mettrais 17. Pour vous, monsieur, ji me contenterai de vous piquer 16. »
Piqne-chien. — Sobriquet des sergents-majors, garde-
234 L* ARGOT DE l'x.
consigne préposés à la garde de tous les postes : poste d'entrée, poste du parloir, poste Nord, pots le Sud, par où passent les t^Jèves.
On les appelle ainsi parce qu'ils n'ont rien à faire et qu'ils passent leur journée à dormir c'est-àilire à piquer un chien.
Chaque pique-chien a la garde spéciale d'un des postes de l'école ; un pique-chien supplémentaire remplace le titu- ^^ J laire quand il s'absente : on l'appelle le Voyageur.
Beuveau V Orifice , Mon Oncle étaient des pique-chien.
Pisseraide. — Petit robinet d^eau à forte pression placé dans le corridor des salles d'études, où l'on va cherclu r l'eau fraîche et potable.
Pitaine. — Abré- -" viation du mot capitaine.
Il y a à l'Ecole six capitaines : trois de l'artillerie, deux du génie et un de l'artillerie de marine, qui portent le titre d'inspecteurs des études ; ils sont chargés de
la surveillance, de la discipline et de rinsiruciion militaire des élèves.
Au palais Bourbon, sous le régime de rextemat, la surveillance était exercée par le sous-directeur et trois substituts attachés chacun à Tune des divisions, car les cours duraient trois années.
Quand TÉcole fut transformée en une institution militaire, la discipline fit Tobjet principal du décret de Tan XII; le général gouverneur eut sous ses ordres un colonel commandant en second, un chef de bataillon, deux capitaines, deu^ lieutenants et un quartier-maître ; un capitaine ou un lieutenant dut assister tous les jours aux leçons faites à l'amphithéâtre . Les officiers de ce temps-là, appartenant à Tarme de rinfanterie et absolument étrangers à toute étude des sciences, ne parlaient aux élèves, dit Charles Dupin, « que de faction, de violon, ou d'arrêts forcés et n'agissaient sur leur intelligence que pour leur commander alternativement tête à droite, ou tête à gauche ».
Après la réorganisation de 1816, le régime militaire fut supprimé ; on lui reprochait de dénaturer l'institution et de ne donner qu'un faible gage de subordination. La surveillance journalière des élèves pendant les études et au dehors incomba à six sous-inspecteurs qui durent être choisis parmi les fonctionnaires en activité dans les services alimentés par l'École.
Au lendemain de la révolution de 1830, l'École ayant été placée dans les attributions du ministre de la guerre et sou-
mise de nouveau au rég^ime militaire, on mit à sa tête un état-major composé d'un général commandant, d'un colonel commandant en second et de quatre capitaines qui prirent le titre d'inspecteurs des études. C'est le mode d'organisation qui fonctionne encore aujourd'hui.
Chaque capitaine est chargé de l'habillement, de la
tenue et de l'instruction militaire d'une compagnie. Le capitaine de service a toute la surveillance de la discipline intérieure; il se tient tout le jour au cabinet de service, y passe la nuit et assiste à tous les cours de l'amphithéâtre.
Jusqu'à Tannée 1870, les capitaines attachés à l'Ecole, comme tout le personnel de l'étatmajor, ont porté un uniforme spécial ; depuis cette époque, ils revêtent l'uniforme de l'arme à laquelle ils appartiennent. On leur a retiré depuis quelques années seulement l'autorisation d'y ajouter les aiguillettes de l'état-major.
On choisit ordinairement, pour en faire des inspecteurs des études, des capitaines déjà anciens et proposés pour l'avancement; leur mission est toute de tact et de mesure, les jeunes capitaines sont généralement plus redoutés des élèves. Les officiers du génie passeii t pour être plus sévères que les artilleurs; mais chez presque tous la bienveillance domine et leur rôle
se borne la plupart du temps à des exhortations et à des
conseils.
Par extension on donne le titre
de pitaine^ suivi du mot désignant
la fonction, à tout agent chargé
d'une part du service de surveillance. Ainsi le pitaine Bouquin
est l'agent qui distribue les livres
à la bibliothèque; le pitaine Torchon est l'agent chargé d'essuyer le
tableau noir à l'amphithéâtre; le
pitaine Gog est préposé au nettoyage
des longchamps\ le pitaine Gras
d^ huile est le préposé à l'entretien
des lampes. Un certain Gras d'huile,
qui s'appelait Fiat, était vers l'année
1844 toujours accueilli par l'épithèic
d' « Assassin! ». On l'accusait do meurtre parce qu'il est écrit : Fiat tua Voluntas. Fiat n'a jamais compris I Un autre Gras d'huile dont nous donnons le portrait était encore surnommé Sans-Viande k cause de sa maigreur.
Une analogie qui ne manque pas d'une certaine poésie a fait donner à l'agent qui vient distribuer dans les salles d'étude les feuilles autographiées des cours, le nom de pitaine Printemps : c'est lui qui apporte les feuilles I Les élèves ont conservé le souvenir de Dardaillon qui, après avoir occupé différents postes à l'École devint pitaine Printemps et en même temps distributeur des papiers à
épures ; à cause de cette dernière fonction on l'appelait
238 l'argot de l'x.
encore ds^ ds étant la représentation de Télément de surface.
Chaque fois qu'on l'apercevait traversant la cour, on entonnait en chœur :
du tout min chu Son u.iii . Ibnneest dë.cou.8u On le voit près, que nu
^Bt"
Planche. — La planche c'est le tableau noir, l'affreux tableau noir qu'on a tant de fois couvert d'à: et d'y.
Être appelé a la planche , c'est être appelé à subir un examen, s'oit une interrogation' du professeur à l'amphithéâtre , soit une colle d'un répétiteur.
Podzèbe. — Expression bizarre empruntée ' ^ .1 l'argot du soldat ; son or-
thographe varie à chaque instant : on écrit indifféremment podzèbe^ podzèbie^ ou peau de zèbe. L'origine et l'étymologie de cette expression sont difficiles à trouver, le mot s'emploie dans le sens de « rien ». Ne pas comprendre une démonstration se dit « Y oiv podzèbe à la démonstr ». Dans l'argot de la rue « la peau » veut dire « rien ».
l'argot de l'x. 239
Point gTAD^n^A* — La fête du Point gamma était une étrange mascarade qu'on célébrait à Téquinoxe du printemps, dans laquelle chacun cherchait à figurer avec le plus fantastique travestissement. Inaugurée pour la première fois en 1861, à l'inspiration du camarade Emile Lemoine, elle se trouva en quelque sorte la continuation du bal burlesque des fruits secs, disparu depuis l'année 1848. Elle a été supprimée en 1880 sur l'ordre du ministre de la guerre.
La lettre grecque y (gamma) choisie parce qu'elle figure sensiblement les cornes du bélier, désigne l'un des deux points où l'équateur céleste coupe l'écliptique, celui qui correspond au passage du Soleil dans le signe du Bélier, vers le 21 mars, à l'équinoxe du printemps. De là, le nom de fête du Point gamma, donné à la fête dans laquelle on célébrait tous les ans le passage du Soleil à l'équinoxe, comme autrefois les adorateurs du feu :
Mes chers amis, si j'ouvre le bec.
C'est afin de chanter avec L'œil humide et le gosier sec Toute la splendeur d'un mot grec.
Tradéri dëra, vive l'équinoxe !
Pour elle toujours l'amour m'enflamma.
Et dans l'instant même il faut que je boxe Celui qui ne dit : — Viv' le point gamma l
Dans les premiers temps, la fête était assez simple. Elle consistait en une procession solennelle, dans la cour, de tous les élèves déguisés de la façon la plus extraordinaire ; un soleil, avec de gigantesques rayons, y paraissait porté par des sauvages de la zone torride, suivis d'Indiens, de nègres, et de masques bizarres ; la procession faisait plusieurs fois le tour de la cour. On célébrait ensuite quelques cérémonies mystérieuses et la fête se terminait par des danses folles, aux sons d'une musique infernale, dans les salles de récréation.
240 l'argot de l'x.
« Ce jour-là, dit M. Ragu (1), TÉcole a l'aspect d'un vaisseau qui va franchir la Ligne. Les portes sombres des salles d'études s'ouvrant sur le corridor semblent autant de sabords d'où s'envolera tout à l'heure une bordée d'éclats de rire. L'équipage travaille ferme dans l'entrepont. Le branlebas est général. Des épures de costumes s'étalent sur les
planches, ce dernier domaine des figures de géométrie. Dans les profondeurs de l'amphithéâtre, un groupe d'élèves, musiciens, répète une dernière fois un répertoire de quadrilles et de marches triomphales. A deux heures et demie la fête commence. »
(1) M. E.Ragu, attaché depuis vingt-cinq ans à la direction des études de TÉcole et dessinateur des plus habiles, nous a offert pour V Argot de VXy avec la plus extrême amabilité, quelques-uns de ses plus remarquables portraits.
A la première fête, en 1861, Torchestre exécuta Y Ouverture du point Y, œuvre d'un camarade qui délaissa bientôt rharmonie pour Fétude mathématique des vibrations sonores et lumineuses et qui parvint, non à TOpéra, mais à TAcadémie des sciences. Une édition de cette ouverture célèbre, qui a paru au moment de la première audition, porte en exergue cette phrase tirée de Phèdre :
Cito rnmpes arcum semper si tensum est.
Vers Tannée 1875, la fête du point gamma commença à prendre une très grande importance. On ne se contenta plus des costumes primitifs en papier, dont la confection n'avait exigé que du goût, de l'imagination et qui produisaient le plus grand effet : on voulut des costumes véritables, faits d'étoffes bariolées, aux couleurs éclatantes, des costumes de femmes, de nourrices, de danseuses. Alors on s'adressa
aux magasins de nouveautés; le Louvre et le Bon Marché confectionnèrent les travestissements. Une année, le décorateur Belloir monta, en deux heures, une immense salle de danse dans la cour. La fabrication doïi guirlandes de fleurs et de feuillage, l'exécution des tableaux peints, les essayage:;?, les répétitions, les préparatifs divers avaient fini par absorber une période de quinze jours durant laquelle tous les travaux cessaient, toutes les études étaient suspendues i toutes les têtes étaient en délire. L'autorité s'émut de la perte de temps, des lourdes dépenses que cette fête occasionnait et le ministre la supprima. On l'a remplacée par une semaine de vacances à la fin des examens généraux de février.
Police. — Rien des sergots, ni des compagnies d'assurance ; c'est la
4Wç^^ ÇT/i/ punition (abréviation de « salle de
^A ^V^l police »), qu'on inflige à l'élève qui
Jm M M^ ^ commis une faute grave. Celui-là *^^ ^^^^ est enfermé les jours de sortie, sous les mansardes, dans une chambre étroite, qui sert aussi de prison : il y peut tout à l'aise chanter, sur l'air de Fualdès, les couplets de la complainte :
Dans un cachot, sombre cahute Où rjour pénètre par en haut, On enferme tous ceux qui n'o- Béissent pas ou qui c/ia/iii<cîi(/ Et chaque jour un lapin vient Leur porter Vanhydre et Tvin.
J'ai pour meubr» un* table boiteuse, Un bouret^ un lit, un souriau ; J'ai A peine huit pieds de haut, Un* pauv' fenêtre malheureuse.
Oui, c'est moi qui suis la prison Et je vous en demande pardon.
Le moi police désignait autrefois le hùn net de police^ couvre-chef d'intérieur qui était orné d'un gland de couleur jaune ou rouge, suivant la promotion ; on en rabattait la coiffe pour se préserver du froid ; sa souplesse le rendait aisément Z^aAu^aZ^/e; on l'échangeait, à l'époque des vacances, contre un élégant bonnet de police à gland d'or.
Polytechnlqfoe (La). — C'est ainsi qu'on entend quelquefois désigner vulgairement l'Ecole polytechnique. On sait que l'institution, fondée par un décret de la Convention, le 11 mars 1794 (21 ventôse an II), s'appela d'abord École centrale des travaux publics. Ce fut un an plus tard qu'une loi du 15 fructidor an III (1" septembre 1795), rendue sur la proposition de Prieur (de la Côte-d'Or), changea son nom en celui d'École polytechnique^ changement qui annonçait toute une transformation dans le but et le rôle de l'institution.
Jules Simon raconte qu'un normalien, auteur dramatique, candidat à l'Académie française, avait entrepris à l'École normale un poème qui débutait par ces trois vers :
Élève distingué d'une célèbre École, Charles est ingénieur et dans tout ce qu'il dit De la Polytechnique on reconnaît l'esprit.
La Polytechnique est aussi le titre d'une chanson qui fut composée par Héron de Villefosse en 1794.
Les premiers élèves avaient institué dès 1798 et organisé depuis, par les soins de leurs anciens camarades, Rohault et Rendu, une réunion amicale où se rencontraient de temps en temps les élèves de la fondation présents à Paris. Ce fut à la première de Tune de ces joyeuses réunions qu'on entendit la Polytechnique.
Les couplets ont été recueillis par Lefrançois, devenu plus tard colonel d'artillerie, et par M. de Fourcy. On les chantait sur l'air Mes bons amis, pourriez-vous m' enseigner.
Mes bons amis, célébrons les plaisirs
De rÉcole polytechnique ; Mais écartons de nos joyeux loisirs Son attirail scientifique.
Le z, Vx et Vy M'inspirent grand respect ; Mais s'il faut que mon cœur s'explique, Franche amitié, propos joyeux, VoilA ce que j'appris de mieux A l'École polytechnique.
Qui le croirait 1 Trois cents jeunes rivaux,
A l'École polytechnique, Vivaient heureux, vivaient libres, égaux.
En l'an IIl de la République I En vain les nivelcurs, Sur la patrie en pleurs Traînaient leur niveau tyrannique ; Et l'amitié, tout bonnement, Assurait son niveau charmant Sur l'École polytechnique.
Règne sur nous, aimable souvenir
De l'École polytechnique.
Nos premiers jeux, d'un heureux avenir Sont pour nous le gage authentique.
Oui, ces nœuds fraternels, Sont sacrés, étemels Comme les lois de la physique *, Et si jamais les passions Veulent les rompre, amis, pensons A l'École polytechnique.
l'argot de l*x. 245
Tous les objets, tous nous rappelleront
Notre École polytechnique :
Vaisseau, Canon, Fort, Carte, Mine, Pont, Tout aura ce pouvoir magique.
Or comme il est constant Que rÉcole est vraiment Un manoir encyclopédique.
Pour notre honneur, prouvons soudain Qu'on est expert en fait de vin A rÉcole polytechnique.
Et toi, Le Brun (1), et toi, digne soutien
De rÉcole polytechnique, Viens parmi nous, le calepin en main, A table exercer ta critique 1 Dis à chacun tout bas :
Quoi, nous ne buvons pas!
Nous méritons que Ton nous pique Car il est dans le règlement QuMl faut boire pour être enfant De rÉcole polytechnique.
Lorsque les polytechniciens de la Belgique et des Pays- Bas furent séparés de la France, en 1815, ils fondèrent la Société Polytechnique de Belgique^ dans le but de se réunir tous les ans à Bruxelles, à Taniversaire de la fondation de rÉcole ; ce jour-là, tous entonnaient /a Po/y<ecA/iique^ et ce sont eux qui y ont ajouté ces nouveaux couplets :
Nos cœurs émus à ces vieux souvenirs
De l'École polytechnique, Sont reportés en de lointains plaisirs. Et dans un élan sympathique, Retrouvant le passé.
Qui fut si mélangé De joie et de mathématique.
Nous rendons hommage aux savants Qui posèrent les fondements De rÉcole polytechnique.
(1) Le Brun était inspecteur des études à TÉcole; il était aimé et vénéré des élèves. Ce respectable chef ne disait jamais A personne : « Vous avez tort », mais seulement n Nous avons tort », se mettant ainsi de moitié dans le reproche qu'un si fidèle observateur du règlement était toujours bien loin de mériter.
246 l'argot de l*i.
Il semble encor que nous les entendions
A l*École polytechnique.
Au milieu d^eux, Monge, nous te voyons, Toi notre centre asymptotique.
Oui, ton nom révéré, Parmi nous prononcé, Est une étincelle électrique Qui ravive les sentiments De ceux qui furent tes enfants A rÉcole polytechnique.
Bien loin de nous sont envolés les ans
De rÉcole polytechnique, Et de nos voix ainsi que de nos chants A fui la verve poétique;
Mais le cœur parmi nous Échappe à de tels coups Et, par un privilège unique, Il est A tout Age, en tout temps.
Toujours jeune chez les enfants De l*Ecole polytecimique.
L'esprit le même au delA du trépas
Qu'A rÉcole polytechnique.
Nous partirons en laissant ici-bas Tout espoir vain et chimérique ; Nous formerons lA-haut Ou plus tard ou plus tôt Un cercle aimant et pacifique ; Nous nous ferons un paradis De tous les chants réunis De rÉcole polytechnique.
Ce paradis est des plus assurés Pour rÉcole polytechnique ; Le z, Vy et ïx en sont donnés Par les lois de la mécanique.
Le frère Le Verrier Pourra nous y guider ; Lui qui connaît si bien les cieux Y saura caser pour le mieux Notre École polytechnique l
Le dernier couplet fut composé en 1846 en Thonneur de Le Verrier qui venait de découvrir la fameuse planète Neptune. Guillery, le président de la Société, invita le célèbre astronome au banquet annuel. « Nous datons de
l'argot de l'x. 247
loin, lui disait-il dans sa lettre d'invitation, et dans Texcentricité de notre orbite Tadmiration affectueuse et dévouée que nous inspire un frère tel que vous est en raison directe du carré du temps, et directe aussi du carré de la distance (1). »
Le Verrier répondit sur le même ton par un couplet, maid ne se rendit pas à l'invitation.
La Polytechnique^ c'est encore le nom qui fut donné à
la chaloupe canonnière (2) construite par les élèves, à leurs frais, pour concourir au projet de descente en Angleterre formé par le premier consul. Construite sur la Seine visà-vis le palais Bourbon, la Polytechnique avait 25 mètres de quille et était armée de trois canons. On la mit à l'eau le 10 frimaire an XII à trois heures de l'après-midi ; un enseigne de vaisseau de la promotion 1794, Charles Moreau, en prit le commandement.
(1) Extrait des archives de la Société polytechnique de Belgique, communiqué par les soins obligeants du lieutenant de Mohr, fils d'un polytechnicien belge.
(2) G. VitiQi^ Histoire de VÉcole polytechnique.
La Polytechnique est enfin le nom d'une marche nationale, qui fut composée après les trois glorieuses journées de juillet 1830 par le capitaine du génie Liadières et qui fut mise en musique par Paër. On entendra le 19 mai 18^4 une cantate, la Polytechnique y paroles de A. Silvestre et musique de Sarez, tous deux anciens élèves de TÉcole.
LA POLYTECUNIÇUë
iRttrcpe /1!latîonale
^ CImiI N4»
LABGOT DB L X.
250 l'argot de l'x.
Le peuple a dit : Leur cœur est sans alarmes, De Saint-Chaumont ne vous souvient-il pas?
Leurs devanciers pour moi prirent les armes, Et je les vis, sans reculer d*un pas, Sur leurs canons affronter le trépas {bis).
Les voyez-vous, etc.
Après ce jour, la liberté s'envole.
On foule au pied Thonneur, la lovauté, Mais chaque mur de la savante École, Durant trente ans empreint de liberté Disait : Sois libre; ici, tous Font été {bis).
Les voyez-vous, etc.
Aux cris du peuple, aucun d'eux ne balance.
Chacun répond : « Amis, suivez nos pas ; tt De l'esclavage, il faut sauver la France I » Et pour le fer dont il arme son bras.
Il a d'Euclide échangé le compas {bis).
Les voyez-vous, etc.
Des jeunes chefs reffort se multiplie, On voit partout l'uniforme vengeur ; Conduit par lui, le peuple se rallie.
Combat, triomphe, et la triple couleur Flotte au ch&teau conquis par sa valeur {bis).
Les voyez-vous, etc.
Salut, salut. École citoyenne I
Qui défendit la patrie et les lois.
Par nous tressée, une branche de chêne
Est réservée aux vengeurs de nos droits ;
C'est le seul prix digne de tes exploits {bis).
Us ont conquis la victoire et la paix
Par un dévouement héroïque.
Et l'École polytechnique Est l'école des bons Français.
Pompier. — Chant au rythme heurté, qui serait, paraîtil, un chant de sapeurs-pompiers ; les paroles se réduisent à la syllabe Pan, Pan I indéfiniment répétée. Il est Taccompagnement obligé de Tévénement le plus insignifiant.
Une nouvelle, bonne ou fâcheuse, est-elle annoncée? Un pompier. Un fumiste traverse la cour ? Un pompier.
11 existe deux pompiers^ qui se distinguent Tun de l'autre par la musique. Le petit pompier est une sonnerie de cavalerie; Tair du grand pompier est emprunté à Topera des Puritains :
jf rrrrrTr'rr'vrifrn ' ' l'i' i i' i f m
Ces airs se chantent depuis bien longtemps à TÉcole ; le Pompier s'appelait autrefois le Triomphe.
Pondant. — Abréviation de correspondant. Les élèves dont les père, mère ou tuteur ne résident pas à proximité de Paris, doivent avoir un correspondant dûment accrédité auprès du général commandant TÉcole. Le pondant se présente au colonel le jour de Tentrée; il reçoit une carte Tautorisant à venir voir Télève au parloir, puis il n'a plus de rapports avec l'autorité que dans les circonstances graves.
Postards. — Les pos tards sont les élèves qui ont été préparés par l'institution des jésuites de la rue Lhomond, anciennement rue des Postes. Leur nombre va en augmentant chaque année. Ils n'étaient guère que deux ou trois vers 1860, ils sont maintenant près de vingt-cinq par promotion.
252 l'argot de l*x.
Postes. — Les postes étaient une sorte de brimade en honneur sous le premier empire, mais dont le caractère était plutôt celui d'une peine ; on l'infligeait, après une instruction secrète et un vote, à celui qui avait compromis au dehors le bon renom de l'École. Le condamné était traîné dans la cour par dix de ses camarades qui l'entraînaient dans une course rapide dont la vitesse, s'accroissant de minute en minute par le concours de nouveaux auxiliaires, finissait par devenir vertigineuse et laissait la victime épuisée.
L'expression les Postes désigne aussi l'école de la rue des Postes.
Potasser. — Synonyme de travailler avec ardeur, de piocher. Très usité dans les collèges et à Saint-Cyr dont les élèves ont adopté pour devise cette formule chimique
S -|- ^0 (soufre et potasse), ce mot ne s'emploie plus guère à l'Ecole.
A-t-on voulu, par cette expression, comparer l'état du cerveau en travail à l'eflervescence du potassium quand il s'unit à l'oxygène ? Mystère I Ce qui est certain c'est que l'épithète de joofawenr n'est pas toujours flatteuse; bon
l'argot de l*x. 253
nombre de polytechniciens affectent de peu travailler, afin de faire valoir surtout leur intelligence.
Poulet (coop do). — Le premier jeudi qui suit la rentrée, il est d*usage de chiper le poulet des conscrits. Les ans pénètrent dans les réfectoires avant Theure du repas, s'emparent des poulets déjà servis sur les tables et les emportent. La chose est tellement entrée dans les mœurs que le m&gnan a soin, ce soir-là, de tenir en réserve des portions d'anhydre prêtes à être servies aux conscrits privés de rôti.
Pouletoscope. — Petit instrument appelé aussi galli- . noscope^ destiné à distribuer, par voie de roulement, les différents morceaux du poulet qui sera découpé au repas du soir. Il y a deux poulets par table de dix. L'instrument se compose d'un cercle mobile divisé en cinq secteurs égaux portant chacun Tindication d'une des portions (la carcasse, les deux pattes, les deux ailes) et se mouvant devant un cadran fixe sur lequel sont inscrits les noms des dix élèves de la table. L'instrutnent fonctionne en salle tous les jeudis soirs et avance d'une division par semaine.
Poulot. — Lejeuneduc d'Orléans, fils de Louis-Philippe, suivit pendant quelque temps les cours de l'École en qualité d'auditeur externe. On l'appelait le Grand Poulot Lors de la fête polytechnicienne qui fut organisée au lendemain des trois glorieuses, il assista au banquet offert par tous les anciens élèves à leurs jeunes camarades dans l'orangerie du Louvre, le 17 août 1830, assis en face du doyen d'âge de la première promotion, Sainte-Aulaire, de l'Académie française. Au dessert, il prit la parole en ces termes : « Je suis fier d'être le condisciple des élèves qui ont pris une part si glorieuse à la défense de nos libertés. Ils ont su, par leur patriotisme, diriger le zèle des concitoyens en même temps
254 l'argot de l'x.
que, par leur amour de Tordre, ils ont contribué à maintenir Tordre de la capitale. Je suis fier d'être auprès d'eux Tinterprète de la France et je propose ce toast : « Aux élèves de TÉcole polytechnique, qui ont concouru d'une manière si puissante à la défense de nos libertés nationales ! »
Pourrat. — Jadis quand on voulait procéder à sa toilette au casert^ il fallait remplir d'eau sa cuvette au robinet du corio. C'est le général Pourrat, Tun des commandants les plus aimés, qui a introduit l'usage du pot à eau, appelé depuis le pourrai. Il ne prévoyait pas que cet ustensile de toilette serait d'un emploi précieux pour jodoter les camarades par les fenêtres, pour remplir d'eau les bottes des conscrits^ ni surtout qu'il servirait d'arme dans les combats singuliers, lorsque pendant Tété deux adversaires, en costume d'Adam, munis chacun A'un pourrat s'avancent Tun sur l'autre à un signal convenu et s'aspergent du contenu en même temps que leurs voisins.
Le pot à eau s'appelant le pourrat^ la cuvette placée en dessous devait forcément s'appeler Yhypopourrat,
Prolongée. Rallong^e. — ha prolonge est la prolongation de sortie que le général, dans certaines circonstances, accorde aux élèves le mercredi ou le dimanche soir, pour leur permettre d'aller au théâtre. Ce jour-là, l'heure de la rentrée, ordinairement fixée à dix heures, est reculée jusqu'à minuit quarante-cinq.
Il y a toujours prolonge les jours de fête, les jours de revue ou d'inspection, et à l'occasion de quelques cérémonies traditionnelles, par exemple le premier dimanche qui suit l'élection des caissiers^ le jour de la réunion de la Société amicale...
La rallonge est la prolongation du temps de liberté par Tautorisation de sortir le dimanche matin avant huit heures, Theure habituelle. Sur une demande spéciale, le général
l'argot de l*x. 255
permet presque toujours de sortir dès six heures du matin.
Autrefois la rallonge avait lieu de droit le jour de Noël. L'hiver, à cette heure matinale, comme on ne savait que faire, on se rendait au Jardin des Plantes faire dégueuler Tours. On jetait à Martin des morceaux de pain remplis de tabac ; le résultat attendu ne tardait pas à se produire.
La rallonge est encore la permission de ne rentrer, les dimanches d*été, qu*à onze heures au lieu de dix.
Les sorties libres du dimanche et du mercredi n'ont pas toujours été autorisées. Sous le premier empire on ne sortait que le dimanche. Au commencement delà Restauration, le roi s'était prononcé formellement contre les sorties libres; il avait essayé d'introduire à l'École l'usage des promenades communes, l'après-midi du mercredi et du dimanche, comme dans les pensions ; mais en 1817 ces promenades furent supprimées, les élèves ayant refusé de s'y rendre ; le duc d'Angouléme fit substituer à la promenade du mercredi une sortie générale. Le dimanche matin on allait à la messe et la sortie n'était libre que de une heure à six heures et demie du soir.
A la rentrée de 1830 les élèves obtinrent de sortir tous les jours, mais cet abus cessa bien vite ; eux-mêmes se déclarèrent satisfaits de pouvoir disposer de la journée entière du dimanche et de la soirée du mercredi.
Promo. — Abréviation de promotion, A l'École polytechnique les promotions ne sont pas baptisées chaque année, comme à Saint-Gyr, d'un nom particulier; rien ne distingue les camarades d'une promotion de ceux d'une autre promotion.
Tout polytechinicien est le cocon^ le conscrit^ V ancien ou Vantique d'un autre polytechnicien ; il n'existe pas d'autre titre ou appellation distinctive.
Les promotions sont désignées toutes par la date de
256 l'argot de l'x.
Tannée de Tadmission. Quelques-unes, il est vrai, ont conquis un peu plus de célébrité :
Et d*abord la premère promotion (1794), « joyeuse conscription » des hommes de vingt ans appelés aux hautes écoles créées par la Convention, qui produisit tant d'hommes remarquables tels que le comte de Sainte-Aulaire, Biot, le marquis de Chabrol, de Chézy, Choron, Héron de Villefosse, Liautard, Malus, Poinsot, Rohault de Fleury, Sédillot, Valkenaer ;
La promotion de Tan VI dont le directoire, à la suite de Taffaire du théâtre des Jeunes Artistes (1), ordonna une épuration générale qui se borna au renvoi de quatre élèves ;
La promotion de 1804, dont le major était Arago, qui inaugura le régime du casernement et reçut le drapeau de l'École ;
Les promotions de 1812 et 1813 qui s'illustrèrent à la défense de Paris le 30 mars 18l4,à la barrière de Vincennes ;
La promotion de 1815, qui fut licenciée par le gouvernement de la Restauration ;
Les promotions de 1828 et 1829, qui prirent une part si active aux trois glorieuses journées de juillet 1830 et contribuèrent puissamment à la popularité de l'École ;
Les promotions de 1847 et 1848 qui essayèrent de se jeter entre les combattants, aux journées de Février, pour arrêter l'effusion du sang.
En 1870 on a donné le nom de promotion de Parw, au petit groupe de quinze ou seize conscrits qui vinrent se présenter à l'École aussitôt après la publication de la liste d'admission, et qui, immédiatement habillés, équipés, furent
(1) Quelques élèves, alors externes, couraient le soir les salles de spectacle et tournaient en ridicule les chants patriotiques. Un soir, au théAtre des Jeunes Artistes, il y eut des coups échan^s entre les spectateurs et plusieurs élèves furent arrêtés. Après répuration qui suivit, les élèves durent porter un miiforme.
l'argot de l'x. 257
envoyés à l'instruction militaire avec les anciens élèves. Le restant de la promotion 1870, convoqué à Bordeaux, où rÉcole avait été rouverte le 4 janvier 1871, fut désigné par Serret lui-même, le directeur délégué, sous le nom de promotion de Bordeaux ; il resta dans cette ville jusqu'au 12 mars, date à laquelle tous les élèves de la promotion 1870 furent invités à se rendre à Paris.
Un signe distinctif caractérise cependant les deux promotions qui prennent place en même temps sur les bancs de l'École. C'est la couleur de la grenade du col du berry et du liséré du képi d'intérieur.
Pour l'une, la promotion de millésime pair, cette couleur est rouge, c'est la promo rouge ; — pour l'autre la couleur est jaune, c'est la promo jaune.
Pendant la période de Y absorption^ du bahutage^ la couleur de lapromo des conscrits est, bien entendu, le prétexte des plaisanteries les plus saugrenues. Sales jaunes I disent les anciens, prédisant à leurs conscrits toutes sortes d'infortunes conjugales pronostiquées par la couleur du g&lon, Sales rouges /disent les jaunes, l'année suivante, cherchant à faire des allusions à des opinions politiques que personne n'a songé à manifester. C'est à l'occasion de ces luttes byzantines où les partisans du jaune ou du rouge défendent chacun leur couleur, qu'on voit essayer quelquefois le coup du disque. Au risque de se rompre vingt fois les os, un conscrit, gymnasiarque habile, grimpe sur le faîte de l'amphithéâtre de physique au-dessus duquel brille le disque qui sert à régler le sextant et le peint de la couleur de sa promotion. Le rouge triomphe jusqu'à ce qu'un ancien plus audacieux armé d'un pinceau jaune risque à son tour l'escalade.
D'enragés statisticiens, jaloux d'établir la supériorité de l'une des couleurs, se sont amusés à compter le nombre des hommes considérables qui ont appartenu aux promotions jaunes et aux promotions rouges. Les sommes se sont trou-
vées égales. L'antique arrivé à la plus haute situation, le président de la République, aurait pu faire pencher la balance; mais ayant été obligé pour cause de maladie, de passer trois années à TÉcole, il est à la fois jaune et rouge I Il n'y a que deux promotions présentes en même temps à l'École. A l'origine et jusqu'en 1800, il y en avait trois. A partir de cette époque ce ne fut que d'une manière exceptionnelle qu'un élève pût passer trois ans à l'École, dans le cas, par exemple, où une grave maladie l'aurait tenu longtemps éloigné de ses études.
Prosper (la). — Sur la petite place Sainte-Geneviève,
parmi les vieilles maisons, tristes, sales, aux façades obèses, au milieu des hôtels borgnes qui dessinent une circonférence autour de la fontaine, s'ouvre juste en face du portail de l'Ecole, un mannezingue^ en même temps débit de tabac. La Prosper est la femme ou la fille du mastroquet, du troquet^ qui se tient au comptoir, pèse les cornets de tabac et distille les « perroquets » aux charbonniers d'alentour. Mère Moreau du quartier Mouffetard dont le nom
change à mesure que les mastroquets se succèdent (elle s'appelait autrefois la Leblanc)^ elle reste célèbre par Tintérêt qu'elle porte à la jeunesse savante. Au premier étage de son établissement, une salle étroite et basse à laquelle conduit un escalier crasseux, enroulé en pas de vis, est réservée aux polytechniciens.
C'est là que les X viennent, la porte de l'École à peine franchie, se débarrasser du claque d'ordonnance pour coiffer le képi plus commode et plus militaire ou bien pour se débarrasser du grand manteau gênant ou de la pèlerine inutile. C'est là que les dimanches d'été, pressé de courir à Asnières ou à Bougival, celui qui ne veut pas qu'on reconnaisse son uniforme, vient revêtir la tenue bourgeoise plus propice aux discrètes équipées. C'est là que tous les mercredis et dimanches soir, au moment de la rentrée, l'élève qui tient à ne pas être en retard, mais qui veut jouir jusqu'à la dernière seconde de son temps de liberté, s'arrête et savoure une « prune à l'eau-de-vie », l'oreille tendue vers l'horloge du Pavillon, jusqu'à ce Tqne le premier coup de dix heures donne le signal de la retraite.
Au commencement de l'année, lors des premières sorties des conscrits, la Prosper fait là des affaires d'or. On se presse, on se bouscule, on s'étouffe dans sa petite salle. Les anciens^ et souvent les antiques^ les élèves des ponts, des mines, les sous-lieutenants élèves, les bleaux^ y entraînent les conscrits, pour prendre une prune à leurs frais. Les conscrits ont ces jours-là comme un avant-goût de l'aisorption. L'apparition de chacun d'eux en haut de l'escalier est saluée par des trépignements. « Un conscrit 1 un conscrit I » vocifèrent les anciens sur l'air des Lampions et le nouveau venu est saisi, enlevé, pressé de questions baroques, harcelé de plaisanteries, tourmenté par toutes sortes de scies traditionnelles. Alors des rondes s'organisent et au milieu des rires, des chants, des hurlements, des cris d'animaux,
260 l'argot de l'x.
des bocaux entiers de prunes disparaissent à la grande satisfaction de la Prosper.
Patz. — Nom donné à la marquise formant abri sur le côté nord delà cour de récréation, et dont on doit la construction au colonel d'artillerie Putz. Sous le putz on se promène par les temps de pluie, on s'étend à Tombre pendant Tété : c'est là qu'on fait asseoir les conscrits quand on veut procéder à une salade de leurs bottes dans la cour.
Par extension on appelle jdu^z un abri de quelque nature qu'il soit.
Quarantaine. — La plus sévère des pénalités infligées par les élèves à un de leurs camarades.
Elle doit être votée par les trois quarts des voix ; sa durée peut être fixée tout de suite à la majorité absolue, ou bien être indéterminée, alors la peine peut être révoquée par les trois quarts des voix.
Les communications avec les élèves en quarantaine sont interdites, à moins qu^elles n'aient rapport aux cours, aux colles^ ou aux besoins du service.
Les élèves en quarantaine n'ont pas le droit de lancer de topos^ ni d'écrire sur ceux qui passent ; leurs cocons de salle doivent faire respecter cette défense. Ils ne votent pas, ils ne peuveiît faire partie du bureau de bienfaisance, ils ne participent à rien de ce qui est collectif; ils ne payent pas
les quêtes, ils sont sèches du bal de TÉlysée, etc. A l'extérieur on ne doit pas avoir de relations avec eux dans les théâtres, cafés, promenades, etc., mais ils ne sont pas sèches de salut.
Il leur est interdit d'aller chez la Prosper et autres lieux de réunion des élèves.
Si la quarantaine doit se prolonger aux Écoles d'application, elle comporte des dispositions analogues, notamment à Fontainebleau, où l'élève en quarantaine n'a pas de binôme.
Tant que la quarantaine n'est pas levée, les coupables n'assistent pas aux dîners de promotion. Un camarade qui, en violation de la quarantaine, entretiendrait des relations suivies avec le coupable serait puni lui-même de la quarantaine.
Q. de B. — Abréviation du nom de M. Quesnay de Beaurepaire, le très sympathique professeur de dessin, ancien offîcier d'infanterie dont le crâne, dénudé, porte une cicatrice caractéristique, suite d'une glorieuse blessure reçue en Crimée. Il est très aimé des élèves qui l'appellent encore le pitaine Godet.
QQ. — Abréviation du mot quelque et du mot quelconque. En prenant des notes, le polytechnicien, afin de gagner du temps, remplace toujours les mots quelque et quelconque par les lettres qq. Ces abréviations de l'écriture ont été étendues au langage et l'on dit couramment : « J'ai été faire qq visites. » Le provincial demande son chemin à un fumiste qq^ c'est-à-dire à unpékin quelconque.
Rabiot. — Mot de l'argot vulgaire qui signifie rogner ^ prendre des restes^ et par extension avoir un gain inattendu.
Rester quelques jours à TEcole, après le départ des camarades, parce qu'aux examens de sortie on a obtenu une moyenne insuffisante, est le plus désagréable des rabiots !
Ceux qui ramènent la note 4 à un examen ont quinze jours de rabiot.
Rat. — Etre rat^ c*est être en retard. D'où vient ce mot curieux ? voici. L'escalier qui débouche dans le corridor des salles d'études se ferme par une haute porte grillée. Le matin, après la troisième sonnerie du réveil, le basoff se tient à cette porte, son carnet à la main. Un clairon est à
côté de lui, prêt à sonner et à fermer la porte. Tant que rhorloge du Pavillon n*a pas sonné six heures et demie, les enragés dormeurs qui se sont levés à la dernière minute dégringolent l'escalier à moitié vêtus ; au moment précis où rheure sonne, le clairon donne un coup de langue et pousse la grille : les retardataires sont pris comme des rats dans une souricière et punis de consigne.
Le mercredi soir, ou le dimanche .dml^. soir, ils ont peur d'être rats ces
polytechniciens qu'on rencontre du côté du boulevard Saint-Michel, pressant le pas, courant pour gravir la rue de la Montagne-Sainte- Geneviève, quand le premier coup de dix heures frappe aux horloges du quartier ; car au dernier coup, la porte d'entrée se ferme.
Le rat signe son nom sur la feuille du sergent-major, et, suivant le dicton :
C'est là qu'on signe et alors c'est 2a consigne.
Cette signification de retard a fait étendre ensuite le mot rat à toute circonstance dans laquelle on n'arrive pas à temps, dans laquelle on manque son but. Ainsi, celui-là est rat de botte qui, ayant pioché jusqu'à la fin pour obtenir les services civils, n'a pas réussi à y être classé. Celui-là est rat de sape qui, ayant demandé le génie, n'a pas pu l'obtenir à cause de son numéro de classement.
On a fait également le mot ratifier signifiant mettre quelqu'un en retard, le faire rat^ et dératifier ^ c'est-à-dire faire en sorte qu'il ne soit pas rat.
Récré. — Abréviation de récréation. Il y a trois récréa-
lions par jour : de huit heures à huit heures et demie, de onze heures et demie à midi et de deux à cinq heures. L'été, au moment du temps de pioche^ une courte récréation à l'heure du frais coupe agréablement Tétude du soir et permet, avant de regagner le casert^ de griller quelques sèches dans la cour.
A la récréation du matin il est de mode, aux premiers jours de la rentrée, d'envahir la salle de jeu des conscrits, de grimper sur les billards, et d'entonner en chœur toute la série des chansons de T Ecole en marquant la mesure à coups de talon, tandis que vingt bras armés de queues de billard frappent à coups redoublés sur la tôle du poêle, sur les panneaux vitrés de la salle, accompagnant le refrain d'un étourdissant charivari.
U Artilleur^ le Bel Alcindor, V Esprit-Saint^ Si les femmes savaient le théorème de Rolle, ou bien Qu'ils sont heureux les chiens ! tout le répertoire y passe.
i \ I Mil I î| ' "jiii' ^TT'l ' I II ] î
Ifik imsMUk 'Ir lliin.lf^ Yai\.-iit un priitm. nier Y avait un pn. mu . nier II
Le plus souvent, c'est une sorte de litanie comme celle-
ci :
\tmn" - OMi i|ur jr »oi» h fii . sfr %• .
f n j, ji i j ' h' 1 1 ' I ' ' ^ ' 1 1 1 1 1
.Im.I» Pie. lit J^an. haiiits*- nwi que j^ ^oi^ la Ai. ser mi . 1er
OU bien encore la scie non interrompue de A o^reamoareiix Colin :
Lr lr«KlmiaMi4iWK iVpm mi.di N^treamouma vnri an lo .p»
Plfin 4p tea4ma»4'M . p*ir H i'aoMNr Phire à R4.nMt te «aw.
Et la chanson recommence indéfiniment.
Depuis 1889, sur Tinitiative du directeur des études, M. Mercadier, on donne aux élèves une récréation de onze heures et demie à midi, pendant laquelle on distribue un morceau de pain avec, depuis 1892, un verre de vin.
Pendant la longue récréation de l'après-midi, les élèves
se rendent, à leur guise, dans la cour, dans les salles de jeu ou à la bibliothèque. Les fanatiques du billard prennent
l'argot db l*x* 267
à peine le temps de manger pour arriver les premiers, car il n'y a que deux billards par promotion et le nombre des amateurs est grand. Les échecs, les dames, les dominos, sont moins recherchés; les jeux de cartes et de hasard sont interdits... théoriquement.
Les promeneurs tournent en cercle dans la cour, marchant d'un pas précipité, causant de la sortie prochaine, de la colle qui les attend; ils tournent toujours dans le môme sens, le sens direct des astronomes, celui des aiguilles d'une montre et font un certain nombre de deux pi.
Pendant l'été, les flâneurs s'étendent en plein soleil sur le gravier, lézardent ou cristallisent sur les bancs de la véranda.
Les amateurs de musique s'enferment dans les binets soit pour étudier seuls, soit pour organiser des concerts ; l'exécution en est parfois excellente, car les polytechniciens, en leur qualité de mathématiciens, adorent la musique. Les amateurs de chant, le jour de la leçon de Chevé, emplissent l'amphithéâtre et les danseurs se pressent à Vamphi-danse à la leçon du père Fischer.
Une partie de la récréation est d'ailleurs prise par les exercices militaires, la manœuvre d'artillerie, la gymnastique, les tirs réduits, l'équitation et l'escrime. C'est pendant ce temps, tous les jours, que le parloir est ouvert.
Ce n'est pas trop de trois heures données auxjeux, à la promenade, aux exercices ou aux distractions diverses, pour reposer l'esprit et prendre de nouvelles forces.
Récréatif (le). — Le Récréatif était un journal hebdomadaire, composé à l'Ecole, qui parut du mois de janvier au mois de mai de l'année 1832. Les auteurs remettaient leurs articles au gérant responsable, qui les appliquait sur les quatre côtés d'une grande feuille infolio et le journal était constitué ; il se transmettait de salle en salle.
La première page contenait un article sur la politique ; les sujets les plus graves de la semaine, tels que Tarrestation de la duchesse de Berry, l'expédition d'Ancône, le choléra, y étaient traités d'une manière concise et autoritaire ; deux pages étaient consacrées à la littérature, à un roman historique, inspiré par la Notre-Dame de Paris de Hugo, ou bien à un roman sentimental, imité des premiers ouvrages de George Sand. La quatrième page recevait les nouvelles, farces, charades, etc. Il y avait presque toujours un supplément contenant des dessins ou de la musique. Penguilly THaridon, qui fut plus tard un peintre de talent et qui devint conservateur du musée d'artillerie, en était le principal dessinateur. Ses dessins à la plume étaient remarquables.
Réfec. — Au sous-sol du pavillon^ sont de grandes salles voûtées qui s'ouvrent sur un corridor sombre courant
tout le long de la façade ouest, et qui prennent jour d'un seul côté sur la cour des laboratoires : c'est le réfectoire, le réfec. Depuis 1871, les promotions ayant été plus que
l'argot de l'x. 269
doublées, on a joint à ces salles basses un grand rèfec sous Tamphithéâtre de Vannexe, Des tables massives à dessus de marbre commun, des bancs de bois, de petites armoires pour les couverts, des casiers pour les serviettes, en composent tout l'ameublement. Sur la table à dix places point de nappe, des assiettes de porcelaine grossière, deux carafes et une bouteille énorme, un vase en métal, le cahours^ pour recevoir les restes.
On se rend trois fois par jour au réfec : pour le repas du matin, à huit heures et demie ; pour le dîner, à deux heures de l'après-midi ; pour le souper, à neuf heures du soir.
Le repas du matin se compose de lait ou de fromage avec une tasse de café noir; à deux heures, potage, viande et légumes (bœuf anhydre et pommes de terre frites)^ dessert ; enfin à neuf heures du soir un rôti avec le légume ou la salade. Le dimanche matin, par exception, on sert soit un beefsteak, soit une omelette, soit du pâté et l'on distribue du vin. L'administration laisse se perpétuer la légende d'après laquelle la veuve de l'illustre Laplace aurait légué une somme d'argent dont la rente assurerait la dépense d'un plat supplémentaire le dimanche ; pour tous les polytechniciens il est entendu que le dimanche on sert le beefsteak, ou la côtelette de madame Laplace.
Reiset. — Nom donné aux gants de laine brune semblables à ceux qu'on fait porter l'hiver aux fantassins pendant la manœuvre et, qu'à la demande du commandant Reiset, on a donné aux élèves pour l'exercice du fusil au moment du froid.
Du temps où le commandant était inspecteur des études, on lui faisait chanter à la séance des Ombres :
Je suis Reiset, un artilleur,
Un camarade, J* sais piquer le laïus du cœur
Bien mieux qu' Palmade.
270 l'ahgot de l*x.
Je n' cesse d'exhorter la promo
A la sagesse, Et j' n'ai jamais chipé d' topo
Venant d' la c&Use.
Quand on me ratifie d' poulot
Je m' laisse faire.
Je rougis à Vamphi-pomo
Comme une rosière.
Chez Jordan, j' prends un air navré
Pour qu'on »* musèle J' fais semblant d' croire qu' c'est arrivé Mais j' fais pas d' zèle.
RUTsult. — Petit carton qu'on place sur les genoux pour prendre plus commodément des noies à Vamphi^ et qui fut donné aux élèves par le colonel RifTault, directeur des études, devenu plus tard général et commandant de l'École. Un carton du même genre et ayant le même objet a détrôné le riffault', on l'appelle le pierre^ du nom d'un capitaine du génie qui l'a imaginé. Un riffault est un petit salanson (Voy. ce mot).
Rlpston. — Synonyme de tailleur. Le mot vient d'un certain Ripaton, portier de la Conciergerie, qui se chargeait des raccommodages. On en a fait dériver ripatonner et ripatonnage. Le mot a beaucoup vieilli ; il s'employait aussi souvent au figuré et l'on ripatonnait un camarade découragé par des paroles consolantes.
Rond. — C'est le second degré des pénalités qui peuvent être édictées par les élèves contre un de leurs camarades. Le rond est décidé par les deux tiers des voix. Quand le vote est acquis, le major des anciens demande au capitaine de service l'autorisation de réunir les deux promotions à l'amphithéâtre. Le coupable est amené; on lui reproche sa faute, puis on se sépare en silence.
l'argot de l'x.
Rosto. — Le général Rostolan est le seul officier général sortant de Tarme de l'infanterie, qui ait commandé l'École. Outre le souvenir d'une sévérité terrible, ilamarqué son passage (1844-1848), par la pose dans la cour de récréation, entre les deux salles de billard, d'un bec de gaz destiné à allumer les pipes. Ce bec |de gaz s'est appelé le rosio et, depuis on donne le nom de rosto à tous les becs de gaz imaginables.
Dans les salles d'étude on fait le chocolat du matin, le vin chaud, à la flamme du rosto; quand on projette quelque vacarme » ie soir, dans les caserts^ on commence par éteindre les rostos des corridors. L'agent chargé de l'allumage des becs s'appelle le pitaine ou le colo Rosto. Il n'est pas rare, dans les familles polytechniciennes où l'argot se conserve quelquefois, d'entendre la maîtresse de la maison dire au domestique : « Allumez les rostos ! »
Le coupyu rosto [est un amusement assez en faveur. Il consiste à dévisser un bec de gaz, puis à souffler fortement dans a conduite : immédiatement le gaz s'éteint dans toutes les salles voismes qui, se trouvant tout à coup dans l'obscurité, entonnent un pompier formidable.
Parmi les publications drolatiques qui s'éditent à l'École Il faut signaler le Rosto, rédigé par les élèves avec une fantaisie abracadabrante.
Roogre (la). - Ficelle rouge. Au commencement du mois 1 administrateur distribue une pelote de rouge à
chaque salle. Pourquoi faire ? Elle ne Ta jamais dit. Les élèves Tutilisent pour la course des rouges^ sport d'un genre tout particulier qui se pratique le plus souvent vers la fin de Tétude du soir et qui a le privilège de réveiller les dormeurs.
Des ficelles rouges, légèrement mouillées, puis collées au plafond au moyen de boulettes de papier mâché, pendent au milieu de la salle d'étude en dessinant des courbes capricieuses. Chacun choisit sa ficelle, les paris s'engagent, et, au signal donné, un starter allume tous les bouts en même temps. Les flammes s'élancent, grimpant le long des fils, parfois vives, claires, rapides ; d'autres fois, hésitantes, pleurardes, presque défaillantes. Toute la salle, le nez en Tair, tourne autour des ficelles, appréciant les chances probables, prodiguant l'éloge' aux plus ardentes, accablant de reproches celles qui languissent. La course est fertile en émotions : celui-là gagne, dont la rouge arrive la première à brûler intégralement. (Gleize, Chers camarades.)
Rouspétance. — Synonyme de petite opposition. Font de la rouspétance les conscrits qui, durant la période des brimades, n'obéissent pas aveuglément aux ordres des anciens, qui refusent de donner leurs godets, leurs règles, leurs boutons de berry, etc., ou même de se laisser traduire à la séance des cotes. Les anciens ne plaisantent pas sur ce chapitre et se montrent parfois sévères pour les conscrits qui veulent rouspéter.
Salade de bottes. — Pendant la nuit, des anciens se glissent adroitement dans les caserts des conscrits, enlèvent toutes les bottes et les rapportent chez eux. Le matin, quelques minutes avant la diane, toutes les bottes sont jetées par les fenêtres et forment dans la cour, quelquefois sur les toits, une immense salade] le conscrit ahuri a bien du mal à retrouver son bien.
La salade de bottes se fait quelquefois pendant la récréalion. Les anciens font asseoir les conscrits le long de la salle d'armes, sous la marquise, leur enlèvent leurs bottes qu'ils entassent pêle-mêle, en une montagne, au milieu de la cour. Pour peu que la salade soit faite quelques minutes avant la rentrée en études, on imagine l'embarras du conscrit partagé entre le désir de retrouver sa chaussure et la crainte de piger une consigne,
Salanson. -^ Le général du génie Salanson a laissé les meilleurs souvenirs à TEcole. Il s'était efforcé de faire revivre les traditions anciennes, en réunissant souvent dans ses salons les fonctionnaires civils et militaires, dont il savait, avec infiniment de tact, faire valoir les mérites respectifs. Il fît donner aux élèves, en 1876, un grand carton pouvant remplacer la planche à dessin. Ce carton, sur lequel on doit piquer la feuille de papier, c'est le salanson. Il sert surtout de table d'échiquier, de damier, de jeu de marelle et de toutes sortes de jeux auxquels le donateur n'avait certainement pas songé. Pour faire le mort dans le désert ou à Vamphi^ on le trouve certainement bien préférable à la planche à dessin ; quand on taille un petit Aac, ce qui arrive de temps en temps, le banquier le tient sur ses genoux et l'appuie contre la muraille, les autres joueurs sont (li'hnut; ce n'est pas très comrtinfle, mais on ne fait pas debruit, et il est aisé de reprendre vite une pose de travail, en cas d'alerte.
Salle. — Par salle^ on entend la salle d'étude.
C'est là qu'on passe la plus grande partie de son temps.
Le matin, depuis le réveil jusqu'à 8 heures et demie ; après ïamphi, depuis
10 heures et demie jusqu'à 2 heures, sauf de
11 heures et demie à midi ; enfin, le soir, de 5 heures à 9 heures ; soit, près de dix heure? par jour.
A 6 heures et demie du matin et à 5 heures du soir, au coup de baguette, il faut être debout, à sa place, en tenue régulière, prêt à répondre à l'appel du basoff; puis, chacun est libre de piocher. C'est ce que tout le monde fait dans les premières semaines, qui Vamphi^ qui ïépure^ qui la colle ou le IaÏus^ tous visant la j&o^^e. Mais ce beau zèle dure peu ou, du moins, il ne saurait être continu. Il faut bien laisser prendre au cerveau surmené un peu de repos. Après le premier classement, beaucoup ont définitivement renoncé à la botte : alors ils s'ingénient à trouver la manière la plus agréable de tuer le temps à passer dans les salles.
Le matin, les uns procèdent à leur toilette, les autres continuent le sommeil interrompu, ou bien ils confectionnent le déjeuner, fait tantôt de chocolat, tantôt de café, sur le rosto.
Puis, on cause, on pique le bouquin^ on joue aux cartes, on va flâner dans les corridors, faire un bout de causette dans les salles voisines, une balade aux longchamps. Parfois on taille une bavette générale, ce qui permet une courte halte dont tous les travailleurs ont besoin ; le dos tourné à la table, les mains dans les poches, on donne son avis sur le topo qui passe, sur les questions soumises au vote des promotions.
Le soir, c'est, pour quelques-uns, le moment des bonnes farces : le flambage d'un piocheur, la course des rouges^ ou les longues parties de whist dans le désert. Le basoff qui passe dans le corridor n'y voit rien. Quel guignon, s'il entend du bruit î alors il frappe avec sa clef aux vitres de la porte, c'est une consigne à schicksaler^ et de la prison pour les joueurs.
Les salles d'étude sont au rez-de-chaussée et au premier
. l» J^-V J. i.iL«
276 l'argot de l'x.
éta^e du pavillon ; elles s'ouvrent toutes sur le couloir central par une porte à loquet, vitrée dans le haut, pour permettre la surveillance. Au-dessus des deux lonj^ues tables-bureaux adossées aux murs, chaque place est marquée par un vaste casier pour les cartons [bussy) sous lequel se trouve une étagère pour les livres [hypo-hussy)^ un bec de gaz articulé (rosto). A droite et à gauche de la porte d'entrée des encoignures plus ou moins larges et plus ou moins î dissimulées forment désert, ^< On a mis d'un côté le ta- ^ bleau noir, de l'autre la bi- • ^ bliothèque de la salle ; dans un angle, le corio ; au milieu, la banale ; vis-à-vis la porte d'entrée, une large fenêtre munie d'un store [zurlin) donnant sur la grande cour ou sur la cour de gymnastique. La salle a tantôt huit,
- - tantôt dix places; la meilleure,
près de la fenêtre, appartient de droit au chef de salle; les autres sont tirées au sort ; devant chacune se trouve un bouret (tabouret).
Certaines salles ont une désignation particulière : celle-ci est la salle Major ^ — cette autre est la salle des Caissiers.
Une salle avait jadis imaginé de faire du commerce et de vendre à prix réduits, aux cocons de la promotion, des denrées et du tabac ; elle a été naturellement supprimée le jour où un bureau de tabac a été installé à l'intérieur de l'Ecole. Certaines salles sont par hasard composées d'élèves plus zélés que partout ailleurs : on les cite ; une année, on disait vinglhuiter au lieu de chiader^ parce que cette année-là
l'argot de l'x. 277
la salle 28 ne renfermait que des aspirants bottiers.
La. salle Schicksal assure les cocons qui redoutent d'être appelés à la planche. Moyennant une prime de dix centimes versée quelques minutes avant ïamphi^ elle s'engage à payer à l'assuré qui serait schicksalé par le professeur une petite fortune montant à une dizaine de francs, fortune avec laquelle il oubliera à la sortie prochaine l'ennui qu'il a ressenti à' cire sec devant la promotion réunie.
Telle salle a des musiciens, instrumentistes ou chanteurs; le soir, la fatigue venue, elle donne une représentation musicale à laquelle assiste une partie de la promotion, tassée dans l'étroit réduit. Si le basoff survient on se dissimule sous les tables ou bien on se cache le visage afin de ne pas être repéré et par suite sévèrement puni.
Certaines salles avaient jadis l'habitude de se donner un surnom pour signer les topos afin d'éviter la consigne dans le cas où ils tomberaient entre les mains des basoffs. Notre camarade de Rochas nous signale quelques-uns des surnoms adoptés en 1857. On remarque les salles t/6BaO (des sybarites) ; «pR (fière) ; ^(/) (fidèle); y lOOpc (qui s'embête assez) ; / KO (qui potasse) ; medds (aimée
des déesses) ; J:rRp (des pierrots) ; - (afisoii
pie) ; des 8 a^d (des huit affidés) ; etc.
La salle ^ (/), la salle Fidèle, a aujourd'hui une certaine célébrité : .->c'était celle du sergent Sadi 'fp-v i i-- ^ ■ H Carnot. ^ M ^^ H C .^.^
^^^^ Il 13.1^
Sape. — La sape est l'arme "^fîW'^'J- -■ --- -1--^ ^^-^ du génie, chargée principalement de tous les travaux de sape à la guerre ; d'où le nom de sapeurs donne aux officiers aussi bien qu'aux soldats.
278 l'argot de l'x.
Jusqu'à ces derniers temps la sape était en faveur à rÉcole, elle était demandée par tous les raU de hotte ; aujourd'hui c'est l'artillerie qui tient la corde.
Le sapeur passe pour être plus sérieux, plus tranquille, plus froid que l'artilleur et cependant tout aussi inflammable, si l'on en croit la chanson :
Le sapeur est une. forteresse Que Ton prend difficilement.
Mais en matière de tendresse Il triomphe indéfiniment.
Pour lui, la femme est une brèche, Le mari un ouvrage à corne...
Oui, voilà le sapeur français !
Sarrau. — Cafetière au ventre fortement arrondi à laquelle on a donné, fort irrévérencieusement, le nom du très savant et très aimé professeur de mécanique (Voy. Epoil),
Sauveur. — Sauveur, qu'on appelait encore Chauveur^ en imitant son accent, était l'agent chargé des salles de dessin. Trente-trois promotions l'ont connu. Il se nommait exactement Saint-Sauveur, avait été brigadier d'artillerie et était entré à l'Ecole en 1836. Long, maigre, sans barbe, la figure contractée par des tics nerveux, il aimait à raconter aux élèves les prouesses de leurs aînés. Il leur vendait le papier, le crayon dont ils avaient besoin, ne surveillant pas son petit magasin et leur laissant le soin d'écrire eux-mêmes sur un registre les sommes dont ils étaient redevables.
Schicksal. — Schicksal^ en allemand, signifie sort^ hasard. On en a fait le verbe schicksaler qui veut dire tirer au sort. Toutes les fois que le sort seul doit décider d'une question, il îdiui schicksaler. On schicksale pour savoir qui sera envoyé au bal de l'Elysée, qui fera partie d'une députalion ; on schicksale pour fixer les tours d'examen.
Aux termes du Code JY, toute consigne infligée à une salle doit être schiksalée, « Tesprit de l'École exigeant que celui qui se dévoue soit choisi par le sort ». A Vamphi, avant
f.T^ Mf 1 1, ! ,,. - s.. t i i. CIL j-,
de commencer la leçon, le professeur schicksale le nom de l'élève qui sera interrogé à la planche.
Par extension on a donné le nom de schicksal à l'urne même qui contient les boules.
Quand le professeur l'agite, l'anxiété se peint sur tous les visages; la victime désignée descend dans l'hémicycle,
280 l'argot de l'x.
pendant que les autres élèves poussent un soupir de ioulapement.
f.e schicksal à ïamphi est Irllement redouté qu'à un ceriiitn moment on a organisé une sorte de société d'assurance dont le capital, constitué par des versements modiques devait ser\'ir à payer une prime, comme une sorte de compensation offerte à ses malheureuses victimes (Voy. le mot Salle),
Quand il faut schicksaler une ou plusieurs consignes, tous les noms de la salle sont inscrits sur des petits bouts de papier qu'on agite dans un képi et le crotale tire; généralement celui-là écope qui n'y est pour rien.
En 1893 une révolte sérieuse a éclaté à l'Ecole, précisément parce que, à la suite d'un chahut^ le général refusait de tirer au sort le nom de ceux qui devaient être punis. Plusieurs élèves furent emprisonnés au Cherche- Midi ; deux d'entre eux furent pendant quelques semaines envoyés dans un régiment d'infanterie.
Sec. — Par abréviation de fruit sec, on dit aujourd'hui simplement sec et le verbe sécher signifie être fruit sec. Quelques élèves travaillent leurs examens de fin d'année juste assez pour ne pas se faire sécher.
Par extension, sécher signifie aussi priver de quelque c/ioje. Ainsi les conscrits, durant la première semaine, sont chaque année séchés de poulet par les anciens. Le professeur d'allemand Hacharach a été toute sa vie séché de son verre d'eau sucrée à l'amphithéâtre. Quand on ne veut
l'argot de lx. 281
pas étudier telle partie d'un cours, quand on passe tel chapitre d'un roman sans le lire, on dit qu'on le sèche.
Dans un autre sens on emploie le mot sèche pour désigner la cigarette que l'on va griller à l'écart.
Serpent. — Nom qu'on donnait encore il y a quelques années, par corruption, au sergent chef de salle; on l'appelle aujourfl'Ijui crotale. Il y avait en 1855 un ser^^enl nommé Bois ; on comprend comment U* sergent Bois devint le sergent Boa, puis le serpent Boa; c'est l'origine du mol serpent.
L'institution des sergents datai l de 1804; elle remplaçait alors celli' des chefs de brigade et des chefï?
d'étude qui fonctionnait depuis la fondation et qui a élé conservée pendant toute la durée du régime de l'externat au palais Bourbon.
Pour maintenir la discipline à l'intérieur, les fondateurs avaient beaucoup compté sur les chefs de brigade^ qu'ils choisissaient parmi les anciens élèves distingués par leurs talents, leur conduite, l'amour de l'ordre, et qui étaient appelés à vivre au milieu de leurs camarades pour leur aplanir les difficultés et leur donner les explications nécessaires. Cette institution sans modèle appartenait tout entière à Monge; ce fut lui qui rechercha les premiers chefs de brigade parmi les candidats qui s'étaient déjà distingués soit à l'École de Mézières, soit à l'Ecole des ponts et chaussées de Paris; ce fut lui qui les prépara dans la maison Pommeuse, près du palais, par une instruction rapide marchant de concert avec les cours révolutionnaires. C'est pour eux qu'il ouvrit ce
282 l/ ARGOT DE L*X.
célèbre cours, où la géométrie descriptive fut enseignée pour la première fois à Paris. « C'est là, dit Tun d'eux, que nous apprimes à connaître cet homme si bon, si attaché à la jeunesse, si dévoué à la propagation des sciences. Presque toujours au milieu de nous, il devenait Tami de chacun, il s'associait aux efforts qu'il provoquait sans cesse et il applaudissait avec toute la vivacité de son caractère aux succès de la jeune intelligence de ses élèves. » Se multipliant ainsi pour être partout à la fois, aux travaux préparatoires de rÉcole, au Comité de salut public, aux cours révolutionnaires, à la maison Pommeuse,Monge peut être regardé comme le véritable fondateur de l'Ecole polytechnique.
L'institution des chefs de brigade, réglementée de nouveau en l'an IX, ne réalisa pas toutes les espérances qu'on en attendait, tant la fonction était délicate et difficile. En l'an XI on espéra obtenir un meilleur résultat avec des chefs d'étude tirés des diverses écoles spéciales des services publics ; mais cette nouvelle institution fut absolument inutile et ne tarda pas à être supprimée.
En 1804, l'Ecole ayant été organisée en un bataillon de quatre compagnies, et les compagnies partagées en escouades ayant chacune une salle d'étude, le sergent et le caporal de l'escouade furent les chefs de la salle. On les choisira, dit le règlement, parmi les élèves qui réuniront à l'instruction nécessaire pour aider leurs camarades dans les travaux, la fermeté et l'aptitude qu'exige le commandement. Leur grade se distinguait de la manière suivante : les caporaux avaient sur chaque manche deux galons en laine jaune ornés de deux palmettes en soie bleue; les sergents avaient un seul galon d'or avec les mêmes palmettes bleues; ils étaient seuls autorisés à porter l'épée hors de l'Ecole.
Quand le régime militaire eut disparu avec l'empire, les chefs de salle continuèrent à porter le titre de sergent, avec les galons sur les manches comme signe distinctif de leurs
fonctions; mais ils n'avaient plus aucun grade, aucune autorité réelle.
Aujourd'hui les galons ont disparu (Voy. Crotale)^ mais les mots de serpent et de crotale existent toujours et désignent les élèves qui, par leur rang de classement sont les chefs de salle, de réfectoire et de casernement.
On lit dans le Code X : « Quelque réclamation que tu aies à faire, charges-en ton serpent, il ne peut s'y refuser, le règlement de l'École l'y autorise. D'ailleurs ce serait un honneur pour lui de s'exposer pour sa salle. »
Single. — Le singe imite tout ce qu'il voit faire, de là le mot singe employé pour désigner le dessin d^imitation. Chaque division a deux séances de singe par iicnuiiiic, de 7 heures à 9 heures du soir ; le^ uns destinent l'académie d'après les é^îlïimpcs, d'autres le paysage, d'au- Tres des chevaux ; une section -ii^ occupe un pe-
• -^ tit amphithéâtre réservé à la bosse ou à l'étude du modèle vivant ; ces différents genres de dessin sont ce qu'on appelle le singe mort, le jodot, les zèbres et le singe vivant. Le dessin d'académie est encore désigné par l'abréviation aca. Trois séances par an sont consacrées à chacun de ces genres, quelques-unes ont ont lieu dans la grande cour, en plein air : le modèle est alors un garde municipal à cheval que les élèves doivent reproduire dans des attitudes variées, ou bien la batterie de canons disposée pour l'exercice.
Le singe a peu d'attraits pour la majorité des élèv es
L ARGOT DK L X .
On redoute d'aller terminer la soirée dans ce boyau partagé en travées étroites et chaudes, qui longe le square Monge; il est vrai que la substitution des mercas aux nombreux becs de gaz qui donnaient une chaleur lorride a un peu diminué le supplice. Aujourd'hui on ne dessine plus que d'après la bosse ou d'après nature.
Quatre maîtres de dessin parcourent les travées, aident, encouragent les élèves, s*appliquant à obtenir d'eux des croquis bien composés et intelligemment rendus et s'efforçant de rendre le travail attrayant. Un professeur dirige tout l'enseignement.
Le célèbre Neveu fut le premier professeur. Après lui ce fut le peintre Vincent, puis Regnault, Charlet, Léon Cogniet, Yvon, le célèbre peintre de batailles, enfin ^L Guillaume qui n'a pas été remplacé depuis qu'il est allé diriger l'École française à Rome.
SoufTlet. — Le Soufflet est le café du quartier Latin^ situé au coin de la rue des Ecoles et du boulevard Saint- Michel, où les polytechniciens ont une salle spéciale et un vestiaire. Le Soufflet a remplacé le Holl (café Hollandais)
qui fut durant de longues années \ ■■I^^f^^'^^^ ^^ ^^^^ fréquenté par les poly-
*?<? ': .^*X^5Ji /5^^;A techniciens et par les saint-cyaaxT^sL/ iry:</f riens. C'est au Soufflet que l'on [ W ^5îr|^^ va se fumister^ que l'on donne
ses rendez-vous, que l'on s'arrête en sortant et avant de rentrer à l'École.
Souriau. — Nom donné à certain vase placé sous le lit. C'est une bonne farce à faire aux conscrits que de percer leurs souriaux avec la pointe d'une épée. La veille de Noël, c'était l'habitude à une certaine époque d'attacher
l'argot de l\x. 285
les souriaux deux à deux par une corde solide el de les lancer dans les arbres de la cour des laboratoires. Ces arbres ainsi pavoises, étaient les arbres de Noël. Pendant le hahutage^ un ancien passe la revue des caserls; les conscrits alignés ont chacun leur souriau à la main.
Stéré. — Abréviation de stéréotomie^ ou art de la coupe des pierres^ qui est enseigné en seconde année par le professeur de géométrie descriptive.
Stration. — Abréviation à^ administration, La slration comprend la direction des études et l'administration proprement dite. Les élèves n'ont presque pas de rapports avec Tadministrateur, le trésorier, le caissier et l'agent comptable, qu'ils aperçoivent seulement le jour de l'entrée à l'Ecole, lorsqu'ils se présentent accompagnés de leurs parents.
Cependant ils sont en rapport direct et constant avec le directeur des études, qui arrête les tableaux d'emploi du temps, tient la comptabilité des noies obtenues et dresse les listes de classement (1). A l'origine, le directeur ou commandant de l'Ecole eut sous ses ordres trois administrateurs qui étaient chargés de l'instruction, des finances et de la police. Ces administrateurs, égaux en grade, devaient se suppléer quand l'un d'eux était absent, de sorte que jamais la direction d'un service n'était confiée à un fonctionnaire de grade inférieur ou de passage.
Guy de
(1) Depuis 1804, les directeurs des études ont été : G Vernon (180i); Malus, ancien élève de l'École 11812); Durivau (-...-.;, Binet (1816); Dulonj,- (1830); Coriolis (1838); Duhamel (18i4); Bommart(1851); RilTault (1856); Ossian Bonnet (1870); Linder (1879); Laussédat (1879); Mcrcadier (décembre 1881).
L ARGOT DK L X.
Le litre d'administrateur n'est resté qu'au seul fonctionnaire chargé de la gestion des finances et du matériel.
M. Pradelle a été longtemps administrateur et en même temps caissier de la Société amicale. Le colonel de Rochas, actuellement en fonction, est bien connu par ses travaux sur les forces non encore définies, sur Thistoire des sciences physiques et sur la physique physiologique. Notre dessin de la page 285 le représente dans son costume de capitaine, alors qu'il était inspecteur des études à l'Ecole ; nous lui sommes redevables d'un grand nombre d'intéressants documents.
ÎV*»*
Tangente. — La tangente c'est Vépée du polytechnicien. Elle n'était portée dans le principe que par les serf^ents. Vainement demandée au roi Charles X lors de la visite qu'il fît à l'Ecole en 1825, elle ne fut définitivement donnée à tous les élèves qu'au lendemain de la révolution de 1830.
« L'épée, dit le Code X, se porte tangente à la bande, touche à terre et fait voler la poussière. » De là son nom de tangente, elle n'a en effet qu'un point de contact avec le corps, le point Q.
A l'époque de la rentrée, les anciens s'emparent des épées des conscrits, les jettent pêle-mêle sur le billard en un tas où chacun ne parvient qu'avec beaucoup de peine à retrouver la sienne, encore doit-il payer une contribution qui
288 l'argot de l'x.
est versL^e à la caisse des élèves. C'est la salade des tangentes,
Tapin. — Huit tambours ou clairons sont attachés à l'Ecole. On les appelle des tapins. Ils sont char- __ ^és, outre leur service de tambours et de plantons employés à la trans- C J mission des ordres, de tous les dé- ^^^ tails concernant le service des élèves " dans les salles d'étude, les amphithéâtres, la bibliothèque, les salles de récréation, le parloir, etc.. En rapports constants avec les élèves, ils leur rendent toutes sortes de petits services; ils vont chercher un cube de tabac, un bocal de prunes chez la Prosper; ils introduisent les denrées interdites, ou bien encore portent aux prisonniers quelques douceurs défendues.
On a conservé le souvenir de quelques-uns de ces tapins. Sous le premier empire, le tambour Dujî^uet composait des mélodrames qu'on se passait de salle en salle. Deux tapins furent tués en 1811 à la défense de la barrière de V'incennes dans la batterie des élèves. En 1830 il y en avait un qu'on avait surnommé Vaudeville^ il était chevalier de la Légion d'honneur, ayant gagné la croix à Wagram. On leur avait donné à cette époque des surnoms qui rappelaient la façon différente dont chacun battait la diane matinale : Gavolie semblait toujours danser, ses baguettes avaient des éclats de gaieté ; Mélodrame faisait des roulements cruels et tyranniques pour les dormeurs; Vaudeville fignolait sa diane comme une sérénade. Sous le second empire, aux beaux jours des opérettes et des bouffonneries, on les appelait Brin d'Amour et Cuisse de Nymphe.
Les clairons ont des sonneries variées pour Vamphi^ le boulot^ la recre, la diane^ le rat^ Vexer, le pète-sec (gymnastique), les consignes...
l'ahgot de l'x. 289
Tanptn. — Les candidats aux différentes Écoles du gouvernement sont tous désignés dans. les lycées par des surnoms qui rappellent plus ou moins la carrière à laquelle ils se destinent. Les saint-cyriens portent le nom peu aimable de cornichons ; les futurs forestiers s'appellent des fagots ; les élèves de Centrale sont des pistons ; les aspirants au Borda sont des flottards; les candidats à TÉcole polytechnique sont appelés taapins.
On n'est pas parfaitement d'accord sur l'origine du mot taupin. Les uns le font remonter au vieux nom de taupins (talpirii) que les nobles donnaient par mépris aux mineurs qui fouillaient la terre, à la façon des taupes, pour faire sauter les tours des châteaux assiégés. Les autres, trop poétiques sans doute, pensent qu'il vient du nom de ces coléoptères phosphorescents appelés taupins^ dont les belles Indiennes ornent leur chevelure, parce qu'ils répandent autour d'eux un lumineux éclat.
Le taupin de première année est bizut ^ celui de seconde année est carré^ celui de troisième cube. On en voit de bicarrés qui font quatre ans de préparation ; quelques-uns même, grâce à \sl surlimite accordée aux militaires, font cinq, six, sept années : ce sont les penta, les hexa^ les hepta. Il y en a enfin, et beaucoup qui ne réussissent jamais.
.... Infortunés iAupins^ a dit le poète.
Pourquoi tant potasser Tellipse et Thyperbole, Pour demeurer toi^ours asymptotes à TÉcole ?
Et en effet le nombre est petit des élus puisque aujourd'hui, pour les deux milliers de candidats, il n'y a guère que deux cent cinquante places. Le taupin qui vient en tête de la liste des refusés a du moins une consolation, on l'appelle le Premier taupin de France.
Le mot bizut^ qu'on écrit encore bisuth^ vient par altération du terme bisongues^ en espagnol bisagno^ désignant
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les recrues, les conscrits et, comme dit Brantôme, « cette racaille de soldats qui ne savent encore les courtoisies de la guerre ». La chanson du Taupin français^ compare les taupins des différentes années :
..LeTku.pm pour l'uiajy . ti. que fiut tou.jour». de la pat. si.
^m .SU hL quitte* «c'citpowlaPliyiique fl w chan.ge qucd'MpB.>ti«i
.Ibis à kdescnp.ti.i* Il pi^te.une oreille itten . ti
Et «tr»
Le bizuth est encore novice Dans les coutumes des i&upins ; Il se plonge avec délice Dans la lecture des bouquins , Il remet à Tannée prochaine De rej;am le souci et la peine.
Et voilà, etc...
« Le taupin souffre et potasse a C'est la devise du carré !
Il se fiche pas mal de la crasse Qui recouvre son vieux collet.
De pommade il est toigours chiche, Il conspue la gomme et la corniche.
Et voilà, etc..
Le caJbe est une pyramide Qui s'allonge indéfiniment Le bizuth dans sa chrysalide Le contemple avec épat'mcnt.
Parfois dans le plus doux rêve De rX, il se voit Télève.
Kt voilà, etc..
Sur les cahiers d'algèbre et d*analytique rédigés par les
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taupins on trouve parfois des croquis ingénieux ou des strophes plus ou moins poétiques. Sur Tun d'eux nous copions ces vers :
Dans ce triste cahier, rien pour toi, blonde enfant. Tu n*y verras ni fleur, ni devise amoureuse; Les chansons se tairaient sur ta lèvre joyeuse Qui ne sait que sourire aux propos d'un amant. Garde-toi de sonder ces sciences arides Qui dessèchent nos cœurs vieillis avant le temps
Et font venir des rides
A nos fronts de vingt ans I
En 1861, un taupin poète avait composé une chanson sur Tair de la Lorette de Gustave Nadaud. Cette chanson, très originale et peu connue aujourd'hui, mérite d*être sauvée de Toubli. Elle a pour titre le Punch des taupins :
Accourez vite.
Le punch invite Tous les taupins à la fraternité I
Flamme gentille
Sous nos yeux brille !
De nos anciens portons tous la santé !
Du grand Nevvrton qu'importe le binôme ?
Dissipez-vous, vapeurs du cosinus I N'imitons pas un certain vieux brave homme, Tout bourrés d'à;, il faudrait fuir Vénus I
Mais l'hyperbole,
La parabole Sont d'une vierge et la taille et le sein ;
Pêcheur indigne.
Dans l'autre ligne.
D'appas cachés j'entrevois le dessin !
Je vous dis là, je vous dis des folies, Que faire ici de notre sérieux ?
Ah I sourions à nos coupes remplies Et de l'algèbre à nous les demi-dieux !
Venez tous boire.
Vous, notre gloire, Briot, Moutard, Catalan, Ventéjol l
Que l'analyse
Chez nous se grise; Pour la fêter, préparons un grand bol !
292 l'argot de l*x.
Par des témoins je me suis laissé dire Que parfois Sturm et le bon Gërono Allaient chercher, pleins d*un charmant délire, Un théorème au fond d'un vieux tonneau.
Cette méthode
Est fort commode, Buvons gaiement à Tabri des censeurs ;
Nous pouvons rire,
Un peu médire.
Puisque science et gaîté sont deux sœurs!
Place au iillear qui frise sa moustache, Brave au combat, mais encor plus au lit; Chaque beauté sourit à son panache, Il est très riche... hélas 1 c'est parThabitl
Quand il travaille.
Quand la mitraille Apporte au loin la mort aux ennemis,