‹ La̕rt italienChapitre 13 sur 58 · INTRODUCTION. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXI

passé mort, irréparable, qui ne pouvait revenir et ils parlaient à un présent indifférent qui en avait oublié, perdu l'inspiration, qui l'aurait méconnue, s'il l'avait vue se reproduire.

L'abbé Lanzi s'adressait à quelques savants d'académie , à de riches amateurs, à dçs archéologues commis à des collections princières.

Moi, et ceux qui tenteront cette histoire, nous nous adressons aux forces jeunes, aux natures entières, à tous ceux qui n'attendent qu'une étincelle, qui ont besoin de savoir leur tradition pour se connaître, pour se sentir eux-mêmes.

C'est l'avenir ouvert, que je veux raconter l'histoire de la mort de l'Jtalie qui renaîtra, qui ressuscitera dans le mouvement spirituel, dans l'élan moral de l'Europe nouvelle.

Pour les historiens du xviii^ siècle, l'art italien c'était des cendres froides, et s'il arrivait par instants que dans la contemplation de ces oeuvres, ils se fissent illugion, ils s'aperce-

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valent bientôt que les artistes qui les entouraient avaient perdu les traditions des grands hommes du wV siècle, et ils en restaient à une admiration stérile.

Nous, après avoir eu seuls en Europe, pendant deux siècles, une école nationale; quand la France vient de perdre un homme, mort si jeune, qui reste parmi les plus grands artistes, Géricault ; quand elle compte tant d'artistes éminents, qui augmentent à chacune de nos expositions; quand elle doit s'enorgueillir de ses paysagistes admirables qui font sa gloire à l'étranger — grands artistes peu connus, peu appréciés du plus grand nombre, qui se sont dérobés dans la solitude, se réservant à la justice d'une postérité peut-être lointaine — après l'approfondissement de l'âme humaine par la musique allemande ; au moment qui suit les grandes révolutions, où la face du monde est renouvelée par les découvertes de la science, par le souffle des générations nouvelles qui arrivent à la vie, nous

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venons rassembler ces lambeaux épars de la vie d'un peuple, interroger encore une fois ces morts qui ne sont pas morts et qui ne mourront jamais; nous venons, avant de commencer une ère nouvelle, leur demander conseil, nous inspirer de leur expérience, moins de ce qu'ils ont fait que de ce qu'ils ont voulu.

On me dira, mais jamais la vie n'a repris ainsi; jamais les forces jeunes > spontanées, jamais les âmes nouvelles qui contiennent toute fécondité n'ont connu l'histoire. 11 leur suffisait d'être pour renouveler le monde.

A cela je réponds qu'aucune civilisation ne se ressemble. Si tout s'est fait jusqu'ici par ignorance, tout s'est fait à demi. Nous entrons enfin dans les âges de la conscience. Le monde ne doit pas toujours continuer à l'aveugle une histoire qui ne laisse de fruit et d'enseignement que pour un si petit nombre, qui n'en a jamais fait profiter ceux qui en avaient le plus besoin.

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