‹ La̕rt italienChapitre 15 sur 58 · DANTE, LA PASSION DE L'ITALIE · texte numérisé non relu

DANTE, LA PASSION DE L'ITALIE

Combien ce drame du désabusement de l'Italie éclate d'une manière poignante dans la vie de Dante I Cela prouve une fois de plus que les poètes confiennentrâmedes peuples I et quel peuple que celui qui eut l'empire romain!

Donnons-nous ce spectacle, car les Traies sources de la Renaissance, c'est la passion sincère d^un grand homme, qui errant de ville en ville, d'illusion en illusion , conserve au milieu de ses dé-* ceptions le souvenir d'une jeune flUe qu'il a rencontrée tout enfant^ et qui» mariée à un autre, meurt dans sa première jeunesse. Souvenir qui

M , l'idéal italien.

grandit des pertes successives qui le frappent , amour qui s'idéalise à mesure que la patrie et la nationalité lui manquent, et qui dans cette odyssée d'épreuvesretientrunitéde savieet de son poëme. F.a destinée d^un peuple n^est par là même que mieux marquée dans cette vie individuelle, <;ar il arrive aussi à Tltalie que trahie par la papauté, vassale de Pempereur, elle a rassemblé un si grand idéal , qu'avec cette tradition accumulée du fond des temps elle fait la Renaissance sans le pape et l'empereur.

Le poëme de Dante ne pouvait être conçu, exécuté que par une ftme blessée qui se livre aux plus vives angoisses. Croyez- vous qu'il soit possible sans le déchirement du cœur^ d'inventer ces supplices^ d'assouvir cette haine pour Péternité dans des imaginations qui font mal encore, de ressentir cette passion de la mort qui 'lui fait non-seulement parcourir les cercles de l'enfer^ mais les décrire en stances mesurées?

Car ici ce n'est point de Fart pour l'art, ce ne sont point des effets calculés, trouvés à froid comme par nos romanciers ou nos dramaturges^ pour imprimer la terreur. Le poëte trouve des

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molS; un accent qui ne trompent pas. Il tremble lui-même devant ses conceptions, il a la terreur quMl exprime, il s'évanouit plusieurs fois ; à la fin de répisode de Françoise de Rimini, il tombe comme mort^

lo \tnni men, cosl com* io morisse , E caddi corne corpo morto cade ;

et à chaque instant des paroles comme celles-ci épouvantent : Lecteur, je f assure que je Vai vu, et mes cheveux en sont encore hérissés de peur.

Il n'y a rien là pour la fantaisie du poète , accent de Phomme , terreur du temps. Dans les fresques d'Orcagna au Campo Santo je les retrouve ces supplices rendus plus atroces encore dépouillés de la forme noble et austère du poêle. Ah ! si les douleurs qu'Orcagna fait endurer aux damnés avaient la moindre réalité, ce serait à faire douter de toute raison^ de toute justice divine. Il faut être presque fou de douleur pour imaginer ces supplices éternels; et quand je songe que ces représentations ouvrent la Renaissance, je me demande quelle passion il faut donc soufTrir pour enfanter à la vie.

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Quelles furent ces angoisses? Descendons un à un les degrés par lesquels Dante arriva à ce mauvais songe de l'excès du mal.

Le premier malheur qui le frappe i est la mort de Béatrix qui meurt à vingt-six ans. Voici comment il parle de leur première entrevue dans laFte nouvelle, dit-hiiit ansaprës^ Ibrsque Béatrix venait de mourir Dante la rencontra dans une réunion de famille, à une fête domestique qu'on avait coutume de célébrer à Florence aU retour du printemps :

« Cette dame, cette glorieuse dame de mes pensées, qui fut nommée Béati'ix par bien des gens qui ne savaient pas ce qu'ils nommaient en la nommant, m'apparut au commencement de sa neuvième année, moi étant presqu'à la fin de la mienne. Elleni'apparut vêtue de noble et décente couleur pourpre, et parée comme il convenait à son jeline âge. Je dis, en vérité, qu'au moment de cette apparition , Pesprit de la tife qui sëjôiirne dans les réduits du tour les t)lus secrets, commença si fortement à treiiiblér en moi, qu'il semblait dire : Voici, voici venit lé Dieii plus Ifort qiie moi, qui me dominera!...»

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