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L IDEAL ITALIEN

dans les voies harmoniques. Vaincue et garrottée, lltalie leur dit les paroles de vérité, elle détruit elle-même tout le prestige qui l'a enchaînée ; des superstitions de son histoire, elle dégage un idéal de religion i(niverselle. Désabusée flu pape et de Tempereur, il lui reste saBéatrix, la Madone. De là ce scepticisme qui étonne chez les plus grands artistes italiens, mais ils gardent toujours une religion, qui contient les temps nouveaux, la religion de la femme.

Qu'importe que Fltalie soit prise, envahie? Elle n'est plus sur terre, elle est dans ce mirage de lumière et de couleurs qu'on appelle la peinture. Elle s'est envolée dans Pair, mais assez près de la terre pour que les autres peuples y reconnaissent la femme divinisée par les enchantements réunis de l'antiquité, du christianisme et des sciences nouvelles de la nature.

Voilà pourquoi Tltalie fut une éducation indirecte pour le monde. En ce sens, l'idéal italien fut cosmopolite, mais, je Je répète, il ne fut point tout Tidéal universel. Chaque peuple, chaque pays, reconnut qu'il avait en lui le germe d'une bepulp pvppre, d^me hoauté natioualej tous la

cherchèrent avec amour , et de chacune des réalisations des grands artistes qui résumèrent les instincts de leur peuple, le monde fut enchanté. 11 ne suffit pas d'avoir montré Tidéal italien, il faut* dire dans quel art, dans quelles conditions sociales il se produisit, et pourquoi il disparut si vite au milieu du xvi® siècle.

L'ART ITALIEN AU XlVe SIÈCLE.

UART ITALIEN AU XlVe SIÈCLE.

Le principe de l'art italien, c'est que les premiers peintres ne trouvèrent ni dans Tantiquité, ni dans le moyen âge, de tradition pour exprimer ce qu'ils étaient devenus, et quand ils regardèrent au fond de leur âme, ils furent nous-mêmes ; ils déposèrent dans leurs œuvres ce germe du vrai dont la recherche rattache entre eux les difTérents âges de l'humanité nouvelle. J'eus cette impression devant une fresque de Giotto, qui représente rhistoire de Job. Je m'imagine , comme il l'a peinte, la chasse des bestiaux par les Arabes nomades, et l'attitude des troisamis qui tentent Job.

Giotlo reconnu de Dante, de Pétrarque, de Boccace. ouvre au Campo Santo celte école de peintres qui tous procèdent de lui au point que pendant un demi -siècle Toriginalité individuelle semble disparaître. Il y dépose cet idéal nouveau que tous doueront, que tous feront croître, Tun de plus de mouvement, Tautre de plus de science, celui-ci de plus de grâce. Dans ce cimetière s'accomplit la mystérieuse transition du moyen âge à la renaissance. Giotto y commence la liberté, Orcagna y finit le terrorisme mystique de la vieille Église; mais déjà la fantaisie l'emporte sur les ailes de Dante, et il transforme les types qu'il veut consacrer.

Ce qui touche le cœur, ce sont les pressentiments de ces premiers artistes ; tous ils inventent, même les plus obscurs, et chacun invente dans plusieurs arts à la fois. Les peintres étudient la sculpture , l'architecture , pour être prêts au besoin (Giotto, Orcagna). S'agit-il de construire des fortifications , des ponts , des marchés , des églises, les magistrats , les corporations s'adressent au plus grand , qu'il soit peintre, architecte ou sculpteur, qu'importe 1 Giotto bâtit bien toute

une ville sur le dernier plan d'une fresque du Gampo Santo. — Dans une \ie si courte, abrégée souvent par un travail excessif, quelle production énorme 1 l'énumération des œuvres seule effraye. Plusieurs causes l'expliquent, mais disons d'abord que ces artistes ont peint presque toujours à fresque. Les procédés rapides de la fresque répondaient merveilleusement à l'impatience de ces hommes nouveaux. Giotto se sent le champ libre, et une foule de grands peintres naissent avec lui. Si ces premiers artistes sont encore si loin de cet idéal de beauté que tous poursuivront jusqu'à Raphaël , leurs œuvres sont empreintes d'une expression naïve, que j'attribue à la réalisation sans intervalle, de leur pensée par les procédés de la fresque. La sincérité dans l'expression du sentiment intérieur commence la liberté moderne dans l'art.

La peinture à fresque a fait la peinture ilalienne; elle lui a donné cette largeur dans l'exécution, cette simplicité noble, cet affranchissement de Taccessoire. La fresque est pour l'Italie la vraie peinture nationale; elle est en rapport à la fois avec la spontanéité du caractère méridional,

le climat conservateur et la transparence lumineuse de l'air.

Quelle éducation ce fut pour ces hommes de ne faire aucune ébauche, de peindre leur penrée grandement, d'une fois, au plein jour; d'étudier, de chercher la nature sous les yeux de tous!

L'exécution rapide, le mouvement, l'imprévu qui commençaient dans Tart, émerveillaient les contemporains qui avaient vu les lenteurs, la mono.tonie de la manière byzantine; aussi GioUo se trouva-t-il avoir tout à peindre, les murs des églises, des couvents, des monuments municipaux. Bientôt leur ville ne suffisait plus à leur activité ; appelés ailleurs , ils parcourent Tltalie , forment des élèves qu'ils font peindre dans leurs tableaux, et dans chaque cité ils laissent des peintures ; mieux que cela, des écoles variées, distinctes, comme les provinces et les villes italiennes.

Époque de recherche, de désir de produire, d'activité en tout sens, de bonne humeur aussi : les plus inventifs étaient les plus habiles et les plus spirituels (Giotto).

Les peintres, saisis des grandes individualités de

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l'Italie à celte époque, introduisent dans leurs compositions un grand nombre de portraits, et les sujets, presque toujours pris dans la tradition locale, reçoivent de ces figures vivantes, connues de tous, la consécration même de la cité. Sous Tauspice des libertés municipales, la peinture des portraits commence dans les temps modernes, car jusqu'alors, sous le niveau uniforme qu'imposait l'Église, il semblait qu'aucune individualité ne méritât de survivre^ Il n'est aucun des peintres du xive siècle qui ne se soit peint, lui et ses amis.

La renaissance, se mettant sous l'invocation des grands hommes, retrouve la religion de Rome antique. Les images des ancêtres flottent encore, agrandies du souvenir; elles ne seront fixées qu'un siècle plus tard : mais déjà sous le patronage de ces images saintes, l'Italie nouvelle ne craint plus rien, puisque la mort est si glorieuse et une si féconde inspiratrice.

Au moyen âge Tltalie n'étant qu'un vaste désert, tout grand cœur aspirait naturellement à rejoindre, à retrouver ces grandes vies qui n'étaient plus. La société était dans le monde des

esprits. C'est la raison profonde pour laquelle le christianisme s'inféoda l'Italie. La religion de l'autre monde était la seule qui convint à cette nation en deuil de Fempire romain.

Mais les voici revenues ces figures sacrées des héros antiques transformées des héros qui viennent de s'éteindre, du souvenir de Dante qui vient de mourir. Il a pris Virgile pour guide dans la région des morts. L'amitié du poëte antique et du poëte moderne commence la renaissance : en effet, tout sort d'un élan du cœur. Cette nation est sainte, elle est la bien-aimée de Dieu qui garde si profondément le culte des morts.

Plus tard le paysage naîtra; il est dansBoccace. Tous ces artistes l'essayent un peu, mais 11 ne pouvait se produire encore : la terre maudite n'est pas assez relevée de sa déchéance. Il faudra bien du temps pour que la nature seule paraisse digne d'occuper l'art humain.

La sculpture fait des progrès plus rapides, n'étant tout d'abord que l'imitation des J)as-reliefs antiques.— La peinture, art sans'précédents, puisqu'il ne restait rien des peintures antiques, avance lentement , mais avec la force d'une mani-

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teslation nouvelle qui résumera vraiment les instincts de ritalie moderne , exprimant dans cette apparence de lumière et de couleurs, Tidéal d'un peuple qui s'obstine à vivre de songes , mirage qui flotte dans Tair, vision qui se refuse à s'emprisonner dans la pierre.

Cela est si vrai que la statuaire ne se trouve représentée qu'aux précédents et à la fin de Tart italien , dans les âges d'effort, où il faut préparer ou retenir, mais sans donner Taccomplissement de la renaissance. Lucca délia Robbia, Ghiberti, Donafello sont des plus grands artistes du xv" siècle; Daniel de Voll«rra, le Bandinelli, Benvenuto Cellini.du milieu du xvi«; mais au commencement du siècle , dans la splendeur, il n'y a que Michel- Ange qui dégrossit plus qu'il n'achève des conceptions qui excèdent l'idéal italien.

Mouvement ascendant qui n'éclate point encore. Il est dans tous ces hommes du xiv*" siècle, en tendances, en pressentiments^ mais aucun ne représente vraiment la renaissance , quoique tous la fassent. Ce caractère est bien marqué dans le désordre de Vasari : à la vie d'un novateur,

alterne la vie d'un artiste qui a gardé la manière . byzantine. Les uns s'enfoncent dans la tradition religieuse quMls faussent en la dépassant. Les autres se vouent à la recherche de la nature, de l'idéaly mais sans rompre avec la tradition du moyen âge. Ils semblent ne vouloir que d'aulrcs types pour représenter la légende chrétienne, et les monuments de la Grèce et de Rome qu'ils étudient les ramènent à la grande tradition du monde ; les sources nouvelles de Dante, de Pétrarque les plongent déjà dans les rêves de l'avenir.

L'ART ITALIEN AU XVe SIÈCLE.

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