LAKT ITALIEN AU XV* SIÈCLE
quelle profondeur de sentiment ces œuvres respirent encore, vous concevrez le respect de Michel- Ange , de Raphaël pour cette tradition sacrée. Jusqu'à son arrivée à Rome, Raphaël ne fit qu'étudier ces anciennes peintures. Et Michel-Ange a remercié, par les plus nobles paroles, ses ancêtres dans les trois arts qu'il réunissait : Ghiberti et Donatellodans la sculpture, Masaccio etFOrcagna, dans la peinture , Brunelleschi et le Verocchio dans Tarchiteciure; à travers trois siècles, il n'oubliait jamais les deux premiers initiateurs de Tart italien , Dante et Giotto.
c( Un jour, raconte Vasari dans la vie de Perino del Vaga, l'un des meilleurs élèves de Raphaël, une foule de peintres , d'architectes , d'orfèvres et de sculpteurs, se réunirent, ceux-ci pour faire une espèce d'escorte d'honneur à Perino , et pour recueillir ses paroles, ceux-là pour comparer les maîtres de Rome avec ceux de Florence. Après avoir été tous de compagnie examiner les peintures anciennes et modernes de diverses églises, ils arrivèrent au Carminé, dans la chapelle de Masaccio. Chacun prononça l'éloge de ce maître, et tous s'émerveillèrent de la beauté de
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son dessin et de son coloris, et de ce qu'il avait su vaincre facilement les difficultés de Tart sans avoir vu d'autres ouvrages que ceux de Giolto. Puis ils ajoutèrent que de tous les successeurs de Giotto, pas un seul n'avait encore égalé la vigueur de son relief, la hardiesse et Thabileté de son exécution.»
Quel grand éloge, et combien jusliflé 1 Dans les dessins de Masaccio, dans ses fresques qui ont été gravées^ on sent la plénitude^ la béatitude d'un art qui naît et qui n'a qu'à se développer. Ces rares débris de l'âme d'un peuple qui se cherche, qui veut s'exprimer, ont presque tous disparu dans les dévastations des condottieri, ou bien ils furent remplacés par des peintures de la décadence : mais ce qui en reste a un charme inexprimable.
Si Tartiste n'a pu y rendre toute son âme, il y a déposé sa bonne volonté, je le dirai, son regard. En effet, la plupart de ces figures sont souriantes et recueillies, comme si elles avaient la confiance et la sécurité du voyant. Si les maîlr^ revinrent toujours s'alimenter, s'inspirer à ces fondateurs de l'art italien, qui contenaient en eux ces trésors de vie latente^ l'homme d'aujourd'hui qui a la vue
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d'ensemble admire que, malgré tout ce qui a suivi, rien n'ait pu faire passer ces peintures , ni pâlir ce regard. Dans ces œuvres simples et calmes, le XV* siècle apparaît supérieur au xvie siècle, comme intensité de vie , et surtout pour le s^rieux avec lequel il prit Tart. Au xv« siècle Tart n'est point un vêtement de luxe, une parure de fête, une décoration princière ; c'est la joie profonde, la plénitude du cœur de revenir à la nature; l'artiste eut la naïveté d'espérer saisir et rendre l'homme tout entier.
Masaccio, mort jeune , n'a pas le mouvement, la désinvolture des artistes qui suivirent. Enchaîné par la conscience dans l'étude patiente de la nature, ce qui l'absorbe, c'est la peinture du caractère ; il y porte je ne sais quelle fleur morale plus féconde que toute réalisation.
La Vie de saint Pierre dans Féglise du Carminé à Florence, V Histoire de sainte Catherine k Saint- Clément de Rome ont ce caractère. Ces sujets ne sont pas de la convention froide des artistes lettrés, mais surpris au cœur du peuple dans l'impression chaude encore de la légende. Ils retiennent raccord parfait de Pexécution naïve et
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de la naïveté du sujet. Après Masaccio, il y aura plus de parti pris; cela vaudra de plus habiles artisteSy mais une méthode dangereuse : car s'ils s'écartent des impressions du peuple, ils ne seront plus compris du peuple.
Quelle austère figure que le Mantegna I C'est le moment étrange où l'art hésite entre le paganisme et le christianisme^ entre l'antique et la nature, entre l'Allemagne et l'Italie, le nord et le midi. Hais ce n'est déjà plus seulement le gothique ou l'antique, la tradition revient dans un immense cri de douleur, la nature apparaît dans toute la laideur des pays barbares. L'homme moderne surgit au milieu des vaines ombres d'un passé qui n'est déjà plus, et des lueurs troubles d'un avenir qui n'est pas encore. La liberté morale naît avec je ne sais quoi d'apocalyptique; il faut qu'elle dompte les fantômes qui l'obsèdent pour s'élancer radieuse et pure dans les maîtres du XVI* siècle.
Le Mantegna personnifie ce drame de Téclosion d'un monde.
Élevé dans l'atelier du Squarcione qui a visité la