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villes entières, comme pour faire oublier au peuple la perte de sa liberté. Prodiguant pour asservir ce que la république de Florence réservait dans les victoires nationales, dans les périls suprêmes de l'État, la pompe des spectacles. Vrais rois de fêtes, comme les appelle Machiavel, qui ne veulent que jouissances rapides, éphémères, et sous le règne desquels tout s'éteint peu à peu, comme au théâtre, lorsque les derniers grands artistes meurent ou ont émigré.
Appelé comme musicien improvisateur, Léonard de Vinci fut, dans la cour fastueuse du duc de Milan, le plus souvent ordonnateur de fêtes. Ses travaux utiles languissaient. 11 attendit en vain que la statue équestre de François Sforza pût être jetée en fonte, et il ne put terminer sous le règne de Ludovic la canalisation de TAdda. Dans une lettre au duc, dont il ne nous reste que quelques fragments, il se plaint amèrement de la misère où il est réduit, des dégoûts dont il fut abreuvé : « Réduit au §ilence lorsqu'il avait voulu parler, il n'avait reçu que dédains du prince Il ne dirait rien de la statue, i] connaissait les temps; mais il devait représenter au duc
que depuis deux ans il n'avait point reçu de salaire, que les ouvriers restaient à sa charge, que dans ses travaux il s'était mis en avance de 15 livres. — Il voulait abandonner son art , car il ne savait où il pourrait déployer ses œuvres : Ma io non so dove io potessi spendere le mie opère*
L'année suivante, Ludovic lui donna une vigne, sans doute en payement de la Cène qu'il venait de terminer dans le réfectoire des dominicains.
Pour rester seize années à Milan, Léonard de Vinci avait d'autres attachements. Il trouva Técole milanaise dans sa ferveur; il fut entouré de jeunes gens ardents qui accouraient de toutes les parlies de la Lombardie, avides d'apprendre de lui. Il fonda une académie qui porta son nom. Ses élèves, non-seulement suivaient ses leçons publiques, mais il les recevait chez lui, comme l'attestent des quittances. De cette école sortirent de grands peintres, Bernardino Luino, Beltraffio, Andréa Solari, Marco Uggione, Cesare da Sesto, Lorenzo Lolto, qui, tous, comme le voulait Léonard, participèrent en quelque sorte à ses connaissances encyclopédiques. En eux il évoqua la re-
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cherche^ comme chacune de ses paroles suscite encore la pensée.
Rien n'exprime mieux Tinfluence de Léonard de Vinci comme professeur et Véducabilité des Lombards que tant d^oeuyres qui portent son nom soient rendues par la critique moderne à ses élèves^ tant il est difficile de les distinguer de leur maître. En vérité, dit Vasari^ Dieu avait donné à cet homme un sens exquis pour concevoir, et une terrible puissance pour démontrer. Intelligence, mémoire, dessin, parole, tout concourait au triomphe de ses idées, qu'il imposait en résolvant et détruisant les objections les plus fortes... Tous les cœurs étaient à lui, tant il avait* de prestige, de charme dans la conversation , de grâce et de séduction dans la figure.
Léonard de Vinci, en qui la nature semble avoir voulu montrer sa puissance, le faisant le plus beau, le plus fort, le plus universel, le plus pratique des hommes, avait dans sa curiosité savante la candeur d'un enfant. De même qu'on se sentait irrésistiblement entraîné vers lui, il aimait tout ce qu'il voyait. Il avait la passion des chevaux, comme le prouvent les admirables études
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anatoYDiqii^s qui remplissent s^^ n^ausci:itsî. |1 mettait une patience et un amour influfs ^ soigner une ménagerie (l'ani^aux da tout^ espqce. Vasari raconte qu'en ps^fçaqt par le$ iqarç^^f oi\ OQ yppflait des oiçpaux, il en payait le prix, lfi« tirait de leur cage et Iqur doqnait la voléo.
Sensible surtout è^ la beauté et à la j^iipessp, jl garda longtemps près de lui^ popr le seryir, un jeune lionipfie nommé Salai, dont il se plaisait à dessiner la figure cb^rn^ante et Tabondante chevelure. Ne possédant que trente écu; lorsqi^e las malheurs de la guerre rendirent sa yie prr^nte^ il en prêta treize ^ Salaf pour cqn^pléter la dot de s^ sœur. Sa générosité était sans bornes. U accueillait et nourrissait tout hpir^me de mérita. Il donna à ses élèves des sommes considérâmes.
Son académie fut sa famille. Il ne se inaria point, ^e donnait tout entier 4 sqq art. Pour seg élèves, il composa plusieurs traités aujqijrd'hui perdus. Pour eux^ il dessinait, jl écrivait ses notes au hasard de ^'inspiration et (le Texpépence, études, pepsées, joufnal, ip^tériaux dfi topt genre qu'il se réservait plus t^rd decopr4Qnppr et de publier. Il leur parle toujours, se pose
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les objections qu'ils pourront |ui faire; saps cesse il emploie cette tonne : Vou$ devez savoir, Vexpérience m'a appris. C'est à ses élèves qu'il s'adresse, lorsqu'il écrit ces paroles magnanimes : N'alléguez pas la pauvreté qui vous empêche d'étudier el de vous rendre habiles, l'étude de lu vertu sert de nourriture au corps aussi bien qu'à l'esprit.
A quarante-deux ans, accompagnant Ludovic le Maure qui allait recevoir Charles VIII à Pavie, Léonard de Vinci profita de ce séjour pour étudier l'anatomie sous la direction de l^Iarc' Antonio délia Torre, qui occupait à l'université de cette ville la cliaire de médecine. Le Trésor de Glyptique et de ^umismatique a reproduit le portrait de ce jeune homme, quijoignaità une figure charmante une exposition nouvelle de la science. Il est représcnlé monlé sur Pégase. et s'élançant dans l'inflni. En effet, parmi les savants et parmi les artistes, i} y eut pour cette génération îa grâce, la ferveur, tous les dons que nous admirons dans Raphaël. — Léonard de Vinci dessinait à la plume et au crayon rouge les différentes parties du corps humain, pendant que son ami disséquait. Souvent il dis-
séquait lui-même. Il fit un recueil de ses dessins anatomiques. Une partie en est à Londres. Le célèbre chirurgien Hunter, qui les vit, admirait l'excessive précision, la parfaite exactitude avec laquelle Léonard dessina jusqu'aux muscles les plus ténus •Il fut surtout incomparable à observer la contractibilité mobile de la figure humaine pour y saisir l'expression fugitive des affections de rame.
Son meilleur ami semble avoir été le Paciolo, le grand mathématicien, Florentin comme lui. Léonard de Vinci le fit venir à la cour du duc de Milan, et il retourna avec lui à Florence, à la chute de Ludovic le Maure. Ils avaient des études communes, les mathématiques et l'architecture, ils vivaient ensemble , et s'aidaient Tun Tautre dans -leurs travaux. Léonard dessina, peignit et grava ïeg figures géométriques du traité de son ami, de Divinâ proportione. « Il n'est personne , dit le Paciolo , qui puisse égaler le Vinci à tracer les figures avec cette vérité. »
Léonard de Vinci, fatigué de la Cour, se retirait souvent chez les Melzi, riches gentilshommes qui avaient une maison Alla Canônica del Vaprio,