‹ La̕rt italienChapitre 37 sur 58 · LA CONSCIENCE DR LITÀLIE AU XV1« SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE DR LITÀLIE AU XV1« SIÈCLE

qu1l ripercevait le ttioîndre défaut dati» Une œuvre, Il la laissait et ti'y retouchait plus. Personne ne fut plus sévère pour lui-même. On voit dans ses dessins qu'il recommençait niBUf, dix et doilze fols une tête avant d'atteindre l'expression ijtfil vt)ulait lui dontier. Ses figures ont quelque chose d'iïlcréé teommé s'il n'avait pu jamais qa'éb&ucher ses cottieeptions, impossibles à réaliser i^Sïx arts humains.

Je ne fais point Une biographie de Hiéhel-Angë. Deux dé ses élèves, deux de ses amis, Vasari, Cohdivi, ont raconté les fûits^ recueilli les paroles. J'ebsbye de saiisir soh âmë.

Je me placé à l'époque où il vient d'achever le Jugement dernier. Cette œuvre lui a coûté huit Qlinées dé travail, il à soixatlteH^inq ans.

Vasari raconte qu'en finissant cette fresque il tomba dé son échafaud et se blessa à là jambe. H Ile voulut se laisser soigner par persuhUe. Un de ses amiis, Hesser Baccio RoUtini, médecin florentiU, ^ é^t instruit. Touché de compassioh, il va tnipper à sa porte : comme personne ne lui répond, il parvient par des détours secrets jusqu'à

Michel--Ange, qu'il trouve tout découragé. 11 le panse, et ne cotisent à le quitter qu'après Tavoir guéri complètement.

Pourquoi cette sombre tristesse? pourquoi ce mot si amer que Michel-Ange dit à celte époque : (( J'en savais plus dans ma jeunesse, que je n'en sais dans ma vieillesse? »

Reprenons sa vie.

Il eut une Jeunesse à devenir un héros.

Persécuté dans sa famille pour sa vocation, il entre dans l'atelier du Ghirlandaio qu'il quitte pour devenir lui-même dans les jardins de Saint- Marc, où l'on rassemblait les plus précieuses statues antiques. Adopté comme un fils par Laurent de Médicis, son éducation fut la plus forte, la plus universelle qu'un homme pût alors recevoir. Il réunit l'antiquité qu'il étudie dans les marbres antiques et dans la philosophie platonicienne, au génie moderne qu'il puise dans les œuvres de l'ancienne école florentine, dans les gravures de Martin Schoen.

Voici l'éducation. — Qu'était Michel-Ange?

Descendant par sa mère des Canossa, illustres par leur alliance avec le sang impérial, qui avaient

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possédé la seigneurie de Mantoue et donné des podestats à Florence, Tindigence de sa famille trèsnombreuse Foblige à prendre initiative. Au lieu d'entrer dans le commerce, comme le font ses frères et la plupart des nobles d'alors qui slnscrivent sur les registres des métiers et s'allient ensuite avec la bourgeoisie, il cherchera dans un art né de son génie la considération que son rang exige. En sorte que Tart au xv« siècle qui est pour le plébéien exclu des fonctions publiques, Tunique voie à Faction qui lui est interdite dans rÉtat, gardera au noble ruiné, sous la royauté des banquiers, dans un temps où tout s'estime par l'argent, l'autorité morale et le prestige que ne donnent plus des titres.

Il en résulte chez Michel-Ange ce caractère impérieux, hautain, inflexible, qui lui fait traiter les plus grands seigneurs, même les papes, avec un ton de supériorité. Les papes ce sont des Médicis, des bourgeois enrichis. Michel- Ange est plus noble qu'eux de naissance. Malgré tous les renversements de la politique, il se maintient sans déchoir à la hauteur de son origine par son travail opiniâtre. Son art lui conserve une noblesse spiri-

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tiielle. Il se sent fort en lui, il reste d'accord avec sa tradition, et le monde vient à lui, tandis que les autres artistes faibles en eux-mêmes s'appuient sur les princes et perdent influence.

Une anecdote témoigne de sa fierté native. Un de ses camarades avait copié des femmes d'après le Ghirlandaio. Michel-Ange, qui avait douze ans, prit une grosse plume, remania le contour d'une des figures du maître et en fit une chose parfaite.

Sans l'assurance 'instinctive que donne la noblesse d'origine, on ne s'expliquerait pas la décision de Michel-Ange qui lui faisait enfant, dans l'atelier du Ghirlandaio, corriger les dessins de son maître.

Il se sent autorité et ce sentiment inné chez lui s'augmente du travail, de la lutte, des malheurs de son temps, qui en vérité ne lui épargnent aucune occasion de manifester son grand caractère. L'histoire de Michel-Ange est celle d'un homme qui , au milieu des tempêtes qui renversent les institutions, reste appuyé sur les principes. Il a la conscience de la tradition, et peu à peu il arrive à mériter que la conscience de Tltalie oubliée , méconnue par les Italiens du xvi* siècle, survive

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eo lui. Pour son temps, c'est un solitaire^ un mécontent, un misanthrope, mais il est si fort au milieu de la faiblesse et de la lassitude générale^ qu'il produit quand les autres défaillent, quil yit encore quand tous sont morts.

De la cette fougue de jeunesse, ardeur sauvage qui le fait profiter à tout commerce, à toute étude; de là cette opiniâtreté de vieillard qui le fait grandir à toute épreuve, se fortifier à tout malheur.

Dans le jardin des Médicis, il entre sur un pied d'égahté. Laurent voulut savoir quelles étaient les occupations de Lodovico, père de Michel-Ange.

Celui-ci se crut d'abord déshonoré si son fils devenait tailleur de pierre. « Il répondit : Je n'ai janiais exercé aucun art (et à Florence toute fonca tion s'appelait art). J'ai toujours vécu de mes a faibles revenus^ cultivant et augmentant par ma «( dilil^ence le peu de biens que m'ont laissé mes B ancêtres. »

Adoption plutôt que patronage : Laurent lui donne une chambre dans son palais, l'admet à i^a table. De quinze ans à dix-neuf, il assiste aux entretiens des savants qui s'y trouvent. Il

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n'y a là aucun des rapp(^ts de servilité entre les princes et les artistes qui vont venir.

Je m'explique Michel-Ange par ce préjugé de noblesse qui, nié, contredit par ses circonstances domestiques, par la situation politique d^ Florence, Toblige de chercher la supériorité où elle est en vérité, dans TelTort persévérant, dans Tart, fils dé l'éaorgie morale, qui seul peut répondre dignerneut à la noblesse d'origine.

De là le respect qu'il eut pour tes hommes de travail, pour les artisans. Devenu vieux, il ne pensait jamais sans reconnaissance à t5es tailleurs de pierre de Settigaano, chez qui il avait été en nourrice. « GiOrgiOi disait-ii à Vasari, si j'ai quelque chose de bon dans l'esprit, je lé dois à la vtsrtu de l'air d'Areîzo, vBtre pays> de même que je dois ah lait que j'ai sucé les ciseaux et les niaillets dont je ihB sers pour exécuter mes figures. »

La mort de Laurent finit les seuls jours heureux de la vife de Michel-Ange. Pierre qui lui succède, l'emploie à feire des statues de neige. Il fuit, puis sans séjout* fixe, après mille traverse^, impatient de vdir Rome> il ne parvient à entrer chea lita cardinal que par son barbier qui se hiélaiide peinture.

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