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Le Parmesan, pour compléter son éducation, souhaita d'aller à Rome, afin devoir les œuvres de Raphaël et de Michel-Ange. On en parlait aussi devant le Corrége , mais pauvre, retenu par la subsistance de sa famille, il fit mieux que les voir, il les devina. Qui dira la grande idée que son âme si modeste, si ardente, se faisait de ces chefsd'œuvre, combien il fut enflammé par cette émulation qu'il puisait en lui-même î II n'y a rien de tel que d'entrevoir et de désirer plus pour bien connaître, comme le Corrége, qui ne vit des œuvres de Raphaël que la Sainte Cécile. Ce qu'on y ajoute est plus que la réalité. Elle y est, mais elle se transfigure. Aurais-je autant la passion de saisir l'âme de ces artistes, si j'avais pu voir toutes leurs œuvres, comme je l'ai tant souhaité ?
Les oncles du Parmesan consentirent à son voyage, mais ils l'engagèrent à emporter quelque peinture de sa main qui pût lui servir de recommandation auprès des seigneurs et des artistes. Il fit son portrait, il ne pouvait mieux choisir , il avait la figure et les dons d'un ange. — Les deux diacres , la Sainte Agathe (gravés par M. Toschi) qu'il peignit à fresque dans une
chapelle de San Giovanni à Parme, ont la fraîcheur première de son adolescence. — Il partit pour Rome en compagnie d'un de ses oncles.
Présenté à Clément VII, le pape resta émerveillé de la beauté de la peinture et de la jeunesse de Tauteur. Le Parmesan était excellent musicien , il jouait du luth avec autant de grâce et de facilité qu'il peignait.
L'amour de la gloire, les louanges qu'il s'entend prodiguer, les espérances qu'il fonde sur la protection du souverain pontife, lui font peindre une Circoncision où l'on admire les magiques effets de trois lumières différentes : le premier plan, éclairé par la lumière qui s'échappe du visage du Christ; le second, par celle des torches que tiennent des personnages qui gravissent un escalier et portent des offrandes; le troisième, illuminé par Taurore qui se lève sur un ravissant paysage.
A Rome, il se lie avec TArétin, auquel le pape avait donné un de ses tableaux. Son talent, sa grâce , son amabilité firent dire que l'esprit de Raphaël était passé en lui. Ce maître venait de mourir, et par cette disposition naturelle aux
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Lombards^ le Parmesan mettait ses elforis à imiter Raphaël en toutes choses.
Cette prospérité fut de bien courte durée. Il faillit périr au sac de Rome, en i527. Lorsque le l)illage commença, il était si absorbé par son travail qu'il ne put en être distrait par le bruit que firent les Allemands qui envahissaient sa maison. Ces soldats pénétrèrent dans son atelier, et restèrent tellement stupéfaits de sa tranquillité et de la beauléde son tableau, qu'ils le laissèrent continuer en braves gens qu'ils étaient. Pour rançon, il donna à Tun d'eux, qui était grand amateur de peinture, une foule de dessins à la plume et à Taquarelle.
Un peu plus tard, il fut moins heureux. Étant allé à la recherche de quelques amis, il fut pris par des soldais, qui ne le lâchèrent qu'après l'avoir dépouillé du peu d'argent qu'il avait.
Il erre alors par l'Italie , faisant des portraits, des dessins, des gravures. Pour comble, il lui arrive une mésaventure fort commune dans ces temps de pillage. Le graveur Antonio de Trente, qui avait gagné son amitié, profite un matin du moment où le Parmesan est au Ut pour
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lui forcer un bahut, lui voler ses cuivres, ses bois gravés et ses dessins. Le Parmesan retrouva ses planches, mais ses dessins furent à jamais perdais.
Il revint à Parme après la mort du Corrége ayant beaucoup vu, beaucoup appris, mais fort pauvre, et, ce qui pis est, plus désabusé encore. Il avait perdu cette ferveur juvénile qu'il avait en quittant Parme. Chargé de peindre à fresque une voûte immense, il fait six figures admirables , puis il abandonne ces travaux , n*y travaille plus qu'à contre-cœur; toutes ses pensées se tournent vers l'alchimie. Il espère acquérir des trésors par la congélation du mercure.
Au lieu de chercher avec ses pinceaux de belles inventions qui lui étaient si faciles, il manipule des cornues du matin au soir : ses fourneaux épuisent ses ressources. Les marguilliers deréglise de Parme qui lui avaient fait des avances, voyant qu'il ne travaillait plus , lui intentent un procès. ïl ne s*en tire qu'en se sauvant la nuit.
Il semble oublier quelque temps Talchimie, il se remet à la peinture, son affaire s'arrange ; mais retournant à Parme, il revient à ses fourneaux
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et finit bientôt par n'avoir plus d'autre pensée. Sa figure si noble, si élégante, prend sous une barbe hérissée et sous une longue chevelure en désordre, un aspect sauvage. Les vêtements fastueux dont il aimait à se couvrir à la mode lombarde tombent en lambeaux. La mélancolie s'empare de lui, sa santé s'altère, et il meurt en peu de jours. Telle la destinée de cet homme si bien doué, d/un talent si souple, d'une conception si facile, d'une exécution si brillante. Il eut les plus charmantes qualités d'un Lombard, mais une tête légère qui lui fit abandonner la peinture des sentiments pour le clinquant d'un art sans idées.
Le Parmesan et le Cofrége ont excellé dans les sujets de femmes. Chez le Corrége, le cœur est si abondant, la flamme en est si douce, que c'est mieux que la volupté qui vous pénètre, c'est Tétreinte de Tamour. On se sent toujours en sécurité avec lui, il a trop de cœur pour être dangereux, au lieu qu'avec les autres, on ne sait où ils vous conduisent. Ils ont quelque chose de suspect qui vieill de ce qu'ils n'aiment pas assez.
Lorsque les Lombards abdiquent où se cor-
rompent, le Corrége conserve son originalité, et Paugmente par le travail et le sacrifice. En lui seul se montrent les ressources " du génie lombard, s'il y avait eu des circonstances pour révocation et non pour rétouffement. Personne n'a eu une base plus profonde dans les entrailles d'un peuple.
Le Corrége^ c'est le génie de la haute Italie renouvelée des conquérants barbares : en lui, je sens un peuple jeune, naïf, de forces entières, qui n'a rien produit encore et qui s'éveille à la nature, à Tart, à l'amour, dans le plus beau pays de la terre, dans ce jardin de la Lombardie où Dieu a réuni et le soleil et les fleuves , et la terre la plus fertile, la mieux exposée, qui des Alpes descend pat étages en petites collines couvertes d'arbres fruitiers. Là était la régénération : par la Lombardie l'art italien s'adressait, se vivifiait aux campagnes.
Les écoles lombardes commençaient une peinture nouvelle. Elles ne regardaient point en arrière comme Florence ou Rome, mais arrivant avec des instincts nouveaux, elles exprimaient un monde à naître. Cette première effusion de l'âme lombarde éclale ddns le ravissement du Corrége.
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