‹ La̕rt italienChapitre 5 sur 58 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

dans un passé qu'elle voulut vainement restaurer pour elle- même, et qu'elle retrouva pour le genre humain.

Lisez Vasari, jamais vous ne trouverez un mot d'inquiétude, si les grands artistes dont il raconte la vie seront continués. Ses procédés ne sont autres que l'imitation, la mise en œuvre de ce qu'ont trouvé les maîtres. Pour lui l'art est une grande fabrique, d'après des principes découverts. Il se vanle à chaque instant d'avoir mené seul, en quelques jours, des entreprises qui auraient coûté des années entières aux anciens peintres aidés de leurs élèves. Quel que soit le peuple, quel que soit le gouvernement, pourvu qu'il y ait des gens riches, il y aura des artistes, il devrait dire des faiseurs. Il ne voit pas que dans une société sans principes, il n'y a plus que Yart pour Vart, c'est-à-dire la négation, la mort de l'arl.

Aucun cri de douleur n'est arraché de son âme quand il parle des dissensions civiles, de l'Italie violée, envahie par l'étranger.

INTRODUCTION. XIll

Les renseignements si précieux qu'il donne sur Téducation des artistes, il les écrit sans conscience. Il publie sans plan, sans ordre, des notes recueillies à la hâte pendant ses voyages.

A Tabandon où gisent ces lambeaux de la vie d'un peuple, on est saisi de pitié, d'effroi. A quoi servent donc le génie, le malheur, si rien de la douloureuse expérience de l'Italie au xvi* siècle n'est pris comme enseignement par les générations qui suivent?

Et cependant Vasari est l'élève, l'ami intime de Michel -Ange, de ce grand homme qui fut la conscience de Tltalie au xvr siècle, comme Dante en fut la passion au xiv"*; que sera-ce lorsque l'indifférence aura obscurci peu à peu l'âme de ce peuple, comme l'imitation en aura tari l'invention? Que sera-ce lorsqu'elle sera décidément livrée à une éducation froidement meurtrière, qui, continuée pendant plusieurs siècles, en détruira le ressort, en étouffera jusqu'aux instincts? Car ce

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