LES FAISEURS
rœuvre du Tinloret et surtout de ses esquisses.
Mais devant ces gigantesques compositions^ on est pris de tristesse comme devant un mirage qui peu à peu se dissipe. Ébloui^ au premier abord, par ces flots de lumière qui jaillissent de ces toiles, vous croyez voir rinflni, vous approchez, plus rien qu^une vaine apparence, une hallucination de la fièvre.
Ainsi, ces pressentiments modernes, qui pourraient régénérer l'art s'ils étaient profonds, sincères, ne sont qu'un hasard, un caprice dans Temportement désordonné de cet homme colérique. Passion du vrai, inquiétude du mystère, respect de la vie, sainte curiosité de la nature, vous vous retirez de Fart pour des sciences plus austères, dès que la peinture abandonne la réalité pour la fantaisie.
Elle n'en reste pas là ; car enfin le Tintoret, dans ses improvisations rapides, fait briller une originalité de pinceau, une liberté de génie qui n'est qu'à lui. Sa passion est désintéressée, il travaillait pour rien. Cette force de la spontanéité tarit vite. L'apparence même de l'invention disparait. Cela ne se fait pas dans un seul homme,
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mais dans les générations qui se succèdent pendant la deuxième moitié du xvr siècle. L^âme de ritalie qui animait les artistes peu à peu se retire. La pratique leur reste, aussi expéditive, aussi habile^ mais insignifiante, vide du soufflé qui fit des œuvres de Raphaël, de Michel-Ange des créations éternelles.Rien ne surprend plus que de voir Vasari construire à lui seul plus de palais, peindre plus de fresques^ plus de tableaux qu^aucun des artistes les plus féconds dont il raconte la vie. Le mouvement est lancé , il ne peut s'arrêter tout à coup. Avant de s'éteindre y il va jusqu'au vertige.
U VERTiaE.
Pn effet ce qui est tragique et précède les faiseurs insipides, ce ^nt des hornrnes, comme le Rosso qui portent l'ouragan dans Fart. Douésd'une force prodigieuse, ils ne laissent presque rien : ils n'ont plu^ ni n^^tionalité ni principes. Ils ont le génie du drame et ils bqx\\ inbs^biles à exprio^er l'âme humaine d'une manière continue. lucfipableg d!une impression durable, ils étonnent, mais ils lassent. Réunissant les dons les plus jariés, ils échouent par Tincohérence» Les plus spontanés et les plus laborieux: des hommes, ils vont jusqu'à la recherche la plus subtile, jusqu'à la fatigue qu'ils
cotiimuDiquent. Un^ accent pénétrant, imprévu^ que personne n'a eu encore, une lueur qu'on n'a vue nulle part , vous ravit , vous arrête ; vous cherchez à suivre, à mieux voir, à comprendre , mais la grossièreté et la banalité vous révoltent. Us touchent des cordes nouvelles , et elles grincent. Ces hommes^ il s'en rencontra au xvi* siècle comme au nôtre, ne fondent rien; ils ne laissent point d'école. Ils ne font que changer la température, comme l'orage qui trouble, obscurcit, agite l'air, mais qui ravive le monde de l'esprit . comme la natuce.
A qui profitent ces crises de l'art? Aux hommes forts, vraiment appuyés sur la nature humaine, sur la tradition nationale. Michel-Ange, ce héros de l'esprit qui dans ses plus grandes excentricités reste si raisonnable , fut le seul peut-être des artistes italiens du xvi* siècle qui profita des témérités du Rosso.
Les Italiens qui placent le Rosso au premier rang dans l'école florentine sont embarrassés de dire pourquoi. Ils n'osent lire dans ses œuvres le drame de la patiie au xvi* siècle. On retrouve dans ses compositions la grâce, la pureté des plus grands