LE ROSSO
maîtres. 11 y a des dessins de lui qui rappellent Raphaël^ Andréa del Sarto ; puis des créations si bizarres qu'elles sont presque monstrueuses. Les spectres du moyen âge domptés par le Manlegna, dont se jouait Léonard, reparaissent plus hideux que jamais. L'homme se retrouve au miheu des monstres. Mais Tart n'est plus un refuge ; il ne sert qu'à l'expression de la douleur et de la destruction sans rémission.
Jusqu'ici les artistes dominaient leurs circonstances. De là la sérénité de Raphaël. Andréa del Sarto fut bien malheureux des suites d^uqe faute, mais son œuvre garde la candeur de son âme ingénue. Michel-Ange qui vécut presque le siècle, domine les épreuves; de son héroïque volonté. Plus la nationalité italienne est violée^ plus sa solitude croît et avec elle sa foi; plus il affirme Tart, la vie^ non plus seulement dans ses manifestations périssables^ mais comme une éducation énergique de l'homme vers Dieu. Ce qu'il voit, ce qu'il endure des malheurs de son temps lui sert à comprendre , à approfondir les mystères de l'humanité, ilne cesse d'observer, contemplant les jugements de Dieu , des clartés d'un amour idéal
et des hauteurs sublimes où il élèye le dôme de Saint-Pierre.
Mais voici que Tart supérieur jusqu'ici à la réalité accuse lui-même la situation désespérée de 11talie; il n'est que chute, renaissance et rechute. Voici un homme qui se livre au vertige, dont l'œuvre suit le flux et le reflux des invasions, dont le génie paraît, disparaît sous la vague. Nous avons dans le Rosso un des Italiens les mieux doués de la nature, le spectacle d'un grand artiste ballotté au gré des événements. Errant de Florence à Rome, de Florence à Venise , puis en France, il mène la vie la plus élégante, la plus dissolue, et en vient, au sac de Rome, à cet excès de misère, que, dépouillé de tout par les Allemands, ils le forcent brutalement à porter des fardeaux. Obligeant, bon compagnon, prodiguant des dessins qui sont des chefs-d'œuvre, il rivalise en France dinsolence avec Benvenuto ; gai, comique, d'un entrain excessif, il se fait connaître à Florence par une légende burlesque, et la fuit, pour avoir, dans une église, tiré Tépée contre un prêtre. Rien de plus tragique, de plus vertigieux : il eut l'excès de la pauvreté, Texcès de la fortune