‹ La̕rt italienChapitre 53 sur 58 · LE ROSSO · texte numérisé non relu

LE ROSSO

et la fin la plus misérable. Premier peintre de François ^^ directeur des fêtes et des travaux à Fontainebleau, riche, comblé de faveur, il menait une vie somptueuse. Un jour on lui prit de l'argent ; il accuse un peintre, son ami, son compatriote, le fait appliquer à la question. Reconnu innocent, cet homme accable le Rosso, qui se voit perdu d'honneur et se tue avec un poison d'une violence terrible.

Ainsi de son œuvre, il s^occupe à Fontainebleau de mascarades, et il peint en même temps, dans la galerie de François l", la plus eifroyable histoire de l'antiquité, rhistpire de Jason et de Médée, où se pressent accumulés tous les crimes de la nature humaine: thème plein d'allusions aux scènes d'horreur de ce siècle grand et terrible, qui brûlait les hommes comme hérétiques, et encoura-geait les excentricités les plus hardies ; ou le même homme, Rabelais,, était si fou et si raisonnable, si cynique et si religieux. Il y a du Rabelais et du Shakspeare dans le Rosso. Mais pour être Shakspeare, il faut avoir ce qui manquait au Rosso, la candeur d'un homme entier qui retrouve en soi toute la nature humaine pour la peindre. Quant à

Rabelais^ il en diffère en ce qu'il prend la réalité pour la déformer, Phomme pour en faire une chose de caprice, tandis que Rabelais se sert des chimères pour le triomphe de la raison éternelle.

L'art des Italiens en France est une débauche de désespérés. La peinture sereine de l'Italie, cet art de lumière sans ombre, vient se faire Volontairement barbare en pleine cour de France ; au souffle du Nord elle se décompose.

Elle se loue à gages pour exagérer la violence des sens, les mœurs sans frein, la grossièreté raffinée, les brutales intrigues de la cour des Valois. Elle emplit les palais royaux de tous les rapts, de tous les meurtres, de tous les crimes de la fable et de l'histoire. Il semble que , se sentant étrangers, ces Italiens en France veulent maintenir leur fortune en terrifiant des imaginations crédules. Ils ne cherchent plus la beauté, mais à fasciner. Il s'établit dans leur faire rapide une sorte de convention où les premiers même s'avilissent et se déforment la main. Loin de tout contrôle, dégagés de la critique et de la concurrence, ils se permettent tous caprices, ils pillent les maîtres.

Page 1