LES ITALIENS EN FRANCE
Avec fureur, avec rage ils livrent les ressources de Tart italien à la peinture des passions sensuelles, les excitant par des subtilités mauvaises, nnais retrouvant dans ce monde barbare une renaissance factice.
En effet, parmi ce dévergondage percent le remords du passé et je ne sais quelles effluves sublimes d'un peuple qui s'éveille et d'un peuple épuisé, mais non fini, qui s'endort. Senteurs de printemps et saveurs pénétrantes d'aulomne qui s'élèvent du milieu d'une atmosplière empoisonnée. Cette peinture forcenée vous retient par mille allusions troubles qui n'expriment que trop les angoisses morales d'hommes qui, devant un avenir immense, sentent en eux la patrie perdue, Tart déchu. Monument singulier que ce palais de Fontainebleau, où les ordonnateurs des fêtes furent sous François I" et Henri II une ruine de peuple!
Chose étrange! ce n'est point dans les œuvres splendides des maîtres qu'il y a le plus de nos pensées modernes. L'homme du xix* siècle se retrouvera plutôt dans les deux crépuscules du Mantegna et du Rosso, car dans le premier, c'est
comme nous un monde nouveau qui se cherche, et dans le second, c'est un monde qui sombre, mais qui avant semble nous entrevoir.
Aucune influence ne fut plus propre à corrompre récole française. LeRosso dans sa fougue a des élans de génie ; le Primatice> malgré sa manière, est plein de grâce et de séduction : ils étaient faits pour inspirer Tengouement. Ces artistes qui ont figuré si souvent l'histoire de Circé nous ont fait le mal de Tenchanteresse. Ce qu'il y a de funèbre dans la Joconde me revient ici et prend une signification plus qu'individuelle; cette belle personne m'explique avec son sourire étrange la revanche funeste de l'itaiie contre les peuples qui l'ont violée. Il a fallu, pour que la France se retrouvât , qu'elle s'enfermât dans le cloître avec Lesueur, qu'elle s'exilât avec le Poussin. L'Italie n'influa en France que par ses artistes les plus excentriques. Ils y importèrent l'art de cour, déposant dans une nation jeune le germe de la mort avatit la malurité. Ce ne fut point une éducation, mais une décadence anticipée* L'art français en resta pauvre quand il s'en purifia. — Petite lumière qui revient de siècle en siècle.