LE PONTORMO
l'agonie. On voudrait pouvoir adoucir, remettre l'âme à ces hommes , mais c'est méconnaîlre le temps où ils ont vécu. Les princes^ les Médicis exigent une exécution rapide , s*inquiétant moins -d'avoir des œuvres d'un artiste que des décorations à jour fixe. Aussi le Pontormo, qui restait des années perdu dans ses pensées , fut-il accablé de déboires.
Il fallait comme Michel-Ange avoir un art éternel, pour survivre à son art, à son temps, et pourtant quelle amertume , quel fier dédain éclatent chez lui pour Part de cour ! Quant au Pontormo qui commence l'école des rêveurs, sa vie n'est que déceptions, œuvres avortées, et il meurt après avoir usé dans des luttes vaines un grand talent dont il ne lui reste plus rien à sa mort.
L'académie de Florence commence à finhumation du Pontormo. Laurent II de Médicis s'en' déclare le chef, le guide, le protecteur, c'est-à-dire que l'art est décidément mort. Toutes les grandes choses de l'art italien se sont faites sans les princes. Ils ne viennent dans l'histoire de l'art que pour classer, amasser des collections, ouvrir des musées comme pour faire oublier dans ces de-
meures princières Torigine des œuvres de la liberté.
Le Pontormo en arriva de dégoût à refuser de travailler pour les gentilshomines, et il acceptait à vil prix la commande d'un homme du peuple.
Que sera^-ce donc des natures fougueuses?
11 y a deux genres de fougue^ La fougue de Michel-Ange qui s'acharne à obtenir sa pensée, qui , obsédé par un trop grand idéale s^efforce à l'atteindre ^ fougue du génie aux prises avec la fatalité de la vie que Tavenir explique de plus en plus ', puis la fougue de Tartiste trempé dans la plus forte tradition ; qui n'ayant plus dldée a une force énorme dont il ne sait que faire, force brutale ou subtile.
Tel fut le Bandinelii , ce grand dessinateur , qui fit des études anatomiques si savantes et qui ' représente des scènes fantastiques pour y faire entrer des squelettes. N'y cherchez pas de pensée, c'est la science pour la science. Il sculpte des colosses par vanité, par forfanterie.
Il porta dans l'art les vices de son caractère surexcités par la crise. La vanité^ la méchanceté prirent chez lui des proportions tragiques. Il