‹ Larves de ColéoptèresChapitre 25 sur 41 · I.ARVE · texte numérisé non relu

I.ARVE

Long. 8 millim. Corps parallèle avec la partie thoracique seule visiblement mais modérément dilatée, revêtu de poils fins, blonds et assez denses sur les côtés. Trois paires de pattes très-courtes.

Tête profondément enchâssée, non parallèle, mais au contraire largement arrondie, semblable à celle des Callidium, ferrugineuse et trèsfinement ruguleuse antérieurement. Bord antérieur un peu sinueux.

LAKVES DE COLÉOPTÈRES

Êpistome transversal, mais pas plus large que le cinquième du bord antérieur.

Labre de lâ,largeur de l’épistome, en demi-ellipse longitudinale, frangé de poils lins et roussâtres.

Mandibules noires et luisantes, à base ferruginruse, courtes et robustes. Vues en dessus, elles sont régulièrement arquées en dedans et en dehors et leur sommet est en pointe émoussée; vues de côté elles sont larges, se rétrécissant de la base au sommet qui est largement arrondi et tranchant. La portion basilaire ferrugineuse est séparée du reste par un fin sillon transversal.

Mâchoires, lèvre inférieure et palpes roussâtres et conformés comme dans les autres larves de Longicornes,

Antennes bien saillantes, très-peu rétractiles, de quatre articles dont le» trois premiers égaux en longueur ou bien peu s’en faut, le quatrième plus court, bien plus étroit, terminé par un poil peu allongé et deux ou trois petits, et accompagné d’un article supplémentaire beaucoup plus grêle et très-court.

Près de la base de chaque antenne un granule très-noir, un peu saillant, représentant un ocelle.

Prothorax d’un tiers plus large que la tête, marqué de quelques points superficiels sur sa moitié antérieure ; plaque postérieure rayée de fines stries longitudinales dont la plupart n’atteignent pas la base.

Mésothorax et métathorax graduellement plus étroits que le prothorax, le second un peu plus long que le premier.

Abdomen de neuf segments, parallèle. Ampoules ambulatoires du métathorax et des sept premiers segments abdominaux assez peu développées, les dorsales marquées d’un pli transversal qui paraît seul quand les ampoules se contractent, mais qui, lorsqu’elles se dilatent, se montre bordé en avant et en arrière de granules déprimés, peu apparents, imparfaitement ou irrégulièrement limités. Ampoules ventrales coupées aussi d’un pli transversal, avec les granules un peu plus apparents et plus réguliers, formant dans leur ensemble une figure réniforme, un peu interrompue au milieu.

Mamelon anal assez développé, hémisphérique ; anus trilobé.

Corps parsemé de poils fins et blonds, plus nombreux sur la tête, le prothorax et les côtés.

Pattes très-courtes, à peine arquées, roussâtres, coniques et de trois articles plus un ongle subulé et très-grêle.

LONGICORNES

Stigmates comme à l’ordinaire.

Désireux de me rendre compte de la place que doit occuper le Deilus dans la classification méthodique, je soupirais depuis longtemps après la larve de cet insecte, convaincu qu’elle me fournirait d’utiles renseig-nements. Je savais qu’elle vivait dans les Genêts et en conséquence je m’étais adressé à des collègues des contrées qu’habite le Deilus, les priant d’explorer les branches mortes des Genêts et de m’envoyer les larves qu’ils y trouveraient ou des rameaux paraissant habités. Mes démarches et la bonté de ceux auxquels je m’adressais ne sont pas demeurés tout à fait sans résultat, puisqu’elles m’ont procuré des larves d’Albana M griseum; mais en mars 1877 j’étais toujours au même point, relativement à celle du Deilus, lorsque M. Rey, se trouvant à cette époque à Saint- Raphaël et voulant, dans son obligeance inépuisable et son amour pour la science, m’aider à ajouter quelque chose à mon travail sur les larves des Coléoptères, m’envoya le produit de quelques recherches faites spontanément à mon intention. Je ne pouvais avoir une plus belle occasion de mettre à profit le bon vouloir de mon collègue et en conséquence je le priai de chercher la piste du Deilus.

Quelques jours après, je reçus de lui, avec des ramilles de Mûrier et d’un Genêt épineux, le Calycotoine spinosa, peuplés, le premier, d’Hypoborus mori, le second d'H. Genistæ, deux ou trois fragments de ce dernier arbuste contenant, l’un une larve qui m’a paru être de Niphona picticornis, parasite de végétaux très-divers, un autre une larve de Longicorne beaucoup plus petite et que je voyais pour la première fois. Examen fait de ses caractères, je constatai qu’elle appartenait à la section des Callidiaires, qu’elle était voisine de celles d’icosium et de Gracüia, et j’en conclus, avec autant de certitude qu’on peut en avoir en cette matière, qu’elle appartenait au Deilus fugax.

J’en avais pour preuve sa tête très-enchàssée, large et arrondie latéralement, la faible largeur de l’épistome^t du labre, la brièveté et la forme antérieurement très arrondie des mandibules, la longueur des antennes, la brièveté des pattes, les particularités surtout des ampoules ambulatoires. C’est donc avec une entière confiance que je maintiens son nom, car je ne pourrais lui en attribuer un autre, vu sa structure et son habitat. De plus, et ceci me conduit jusqu’à la certitude, M. Rey m’a annoncé depuis avoir trouvé plusieurs Deilus dans les rameaux de la dite plante et moi-même j’ai eu la satisfaction d'en voir éclore quatre chez moi.

L’étude de la larve m’a convaincu aussi que les auteurs récents ont eu

‘^62' lARYES DE COLÉOPTÈRES

raison de faire du Deiliis le type d’une famille spéciale, que la place qui lui a été assignée est assez légitime, mais que celle qu’il occupe dans la classification deM. Mulsant serait la plus rationnelle. Je reviendrai d’ailleurs sur ce point dans les généralités qui suivront ce groupe, et je me borne à ajouter que la larve, après avoir vécu quelque temps sous l’écorce, aux dépens des couches superficielles de l’aubier, se loge dans le bois et y accomplit ses métamorphoses. J’ai trouvé celle dont il s’agit ici dans un galerie droite du canal médullaire.

Je ne connais pas la nymphe.

L’insecte parfait naît en avril, il est peu agile et se laisse tomber, pour faire le mort pendant quelques instants, pour peu qu’on agite la branche qui le porte. La femelle ne pond pas seulement sur le Calycotome, car M. Rey a trouvé l’insecte dans des ramilles de Spartmm junceim. Je suis en outre convaincu qu’il vit dans les tiges du Cytisiis capitatus et du Sarothamnus scoparius sur lesquels, au témoignage du même savant, on le prend aux environs de Lyon. Lareynie m’a dit autrefois l’avoir rencontré' à Arcachon sur ce dernier arbuste, mais je l’ai vainement cherché sur nos Genêts.

IcosiuitB tomentoisam Lucas.

Fig. 463-467.

LARVE

Très-semblable aux larves de plusieurs Clytaires, auxquelles elle se rapporte par la petitesse de l’épistome qui n’est guère que le septième de la largeur de la tète, par la brièveté des mandibules et leur extrémité largement arrondie quand on les examine de côté, par les antennes saillantes et dont l’article supplémentaire est très -petit, par les points qui existent un peu en arrière du bord antérieur de la tête, par l’absence de tout point ocelliforme, par le prolhorax dont la moitié postérieure est striolée, avec des points en avant, enfin par l’extrême brièveté des pattes ; mais elle en diffère par le bord antérieur de la tête un peu sinueux, par le labre visiblement plus large que l’épistome, moins arrondi antérieurement et presque en ellipse transversale, par la ponctuation antérieure de la tête qui se réduit à six très -petites fossettes arrondies, par le pro thorax moins oblique sur les côtés, par la forme de la partie striolée de ce segment.

lOMGICOUNES

laquelle est non subtriangulaire mais pour ainsi dire en parallélogramme transversal dont le côté antérieur serait un peu avancé aux angles et sur le milieu, par la villosité moins dense et surtout par les ampoules ambulatoires, Celles-ci, en effet, au lieu de ne présenter que des plis circonscrivant des aréoles à surface réticulée, offrent les supérieures une série en arc de tubercules arrondis, suivie en arrière de deux ellipses de tubercules semblables séparées par une dépression médiane, et les iiiférieures deux séries arquées de tubercules, opposées par leur convexité et séparées par un pli.

J’ai reçu plusieurs individus de celte larve de mon ami M, E, Revelière qui l’a découverte en Corse, Elle vit dans les tiges récemment mortes du Juniperus Ltjcia dont j’ai eu plusieurs tronçons encore habités ou venant derèlre. Ils m’ont permis de constater que la larve, ne pouvant vivre aux dépens de l’écorce qui est mince dans les Genévriers, creuse les couches superficielles du bois en sillons profonds, larges et irréguliers qu’elle laisse encombrés de déjections et de vermoulure, puis qu'elle s’enfonce dans la tige pour y vivre quelque temps encore et y subir ses métamorphoses. Elle agit, en un mot, comme les larves du Rhopalopus.

L’insecte parfait opère sa sortie par un trou elliptique.

Je ne connais pas la nymphe et j’en ai du regret parce que j’aurais désiré la comparer à celle des Clytaires,

Ciracilia (Callîdium) pygmæa F.

Fig 468-47-2.

Ainsi que je l’ai dit plus haut, la larve de cet insecte a été publiée par M. Schmidt (Entom. Zeit. 1843, p. 105) sans figures. N’ayant pas ce recueil à ma disposition, je ne puis savoir si la science a quelque intérêt à ce qu’il soit donné une nouvelle description de celte larve ; mais comme elle vit dans le Châtaignier qui a été la première cause de ce travail et qu’en matière de larves et de mœurs d’insectes, les doubles emplois sont sans inconvénient et peuvent même avoir leur utilité, je crois, après avoir constaté que j’ai été devancé par M. Schmidt, pouvoir agir comme si j’avais le premier connu la larve dont il s'agit.

LARVE

Long. 6-7 millim. Blanche, ayant presque la forme étroite des larves iïÂgrilus, mais non déprimée et toujours sublétraédrique comme le sont généralement les larves des Longicornes ; munie de poils fins et blanchâtres très-clair-Semés, visibles principalement sur les côtés des segments; pourvue de trois paires de pattes grêles, peu visibles et de quatre articles très-courts.

Tête peu saillante, lisse, d'un blanc un peu jaunâtre, avec le bord antérieur ferrugineux, largement et très-peu profondément échancré.

Épistome étroit, presque carré, surmonté d'un labre plus que semidiscoïdal et cilié de petits poils roussâtres.

Mandibules courtes, robustes, non échancrées lorsqu’on les voit en dessus, et, vues de côté, très-émoussées et arrondies à l’extrémité, noires avec la base un peu ferrugineuse.

Mâchoires, lèvre inférieure et palpes ne présentant rien de particulier.

Antennes médiocrement longues, saillantes, paraissant peu rétractiles et de quatre articles dont le troisième est le plus long. L’article supplémentaire, que j’ai été longtemps à pouvoir constater, est extrêmement petit et se présente au microscope comme un simple tubercule.

Sur chaque joue, au-dessous de l’antenne, un point noir, transversalement elliptique, simulant un ocelle, mais nullement saillant.

Prothorax aussi grand que les trois segments suivants réunis, beaucoup plus large en arrière qu’en avant, lisse en dessus sur les trois cinquièmes antérieurs et sur les côtés, et ayant postérieurement un espace transversal un peu plus élevé que le reste et marqué de fines stries longitudinales. Le même segment en dessous, ainsi que le mésothorax et le métathorax sur leurs deux faces subchagrinés et comme très-finement et irrégulièrement réticulés.

Abdomen de neuf segments, plus le mamelon anal ordinaire, les sept premiers ayant en dessus et en dessous une ampoule ambulatoire sur laquelle on remarque deux aréoles elliptico-transversales séparées par un sillon assez profond et rugueusement, mais irrégulièrement et finement réticulées.

Pattes comme il a été dit plus haut.

La larve lignivore de la Gracilia pygmæa, loin d’être exclusive comme la précédente, par exemple, s’accommode de bois très-variés ; je l’ai ren-

lONGICORNES

contrée dans les pieux et les branches de Châtaignier, et M. Lucas a pris l’insecte sur les baguettes de Châtaignier du treillage du Jardin des Plantes fSoc. Eut. 1858, p. cl) ; dans les jeunes rameaux du Chêne, dans l’osier non décortiqué des paniers, dans l’aubépine, dans les tiges mortes du fusain, du rosier, de la ronce. Tant qu’elle s’en tient là, elle n’est pas bien dangereuse : mais nous la trouvons toujours associée au Phymatodes ihoracicus pour la destruction des cercles de nos barriques, avec cette particularité que si la larve du Phymatodes fait assez souvent défaut, celle de la GracÜia ne manque jamais. Elle passe la plus grande partie de sa vie labourant l’aubier de cannelures longitudinales souvent irrégulières et plus ou moins sinueuses. Lorsque l’écorce est épaisse, elle se transforme dans la cannelure même, préalablement élargie, mais le plus souvent, aux approches de la métamorphose, elle s’enfonce dans le bois. On voit, dès lors, que cette larve, comme celle du Phymatodes, cause aux viticulteurs et aux commerçants de liquides de véritables dommages, et qu’elle doit être rangée au nombre des espèces nuisibles, à l’égal de celles qui, comme le Hylotnipes bajxilus, s’attaquent à nos meubles, à nos planchers, à nos charpentes. Je renvoie, du reste, à l’article ci-dessus, relatif au Phymatodes.

■ NYMPHE

On l’observe déjà vers la mi-avril ; elle n’offre rien de particulier si ce n’est qu’elle est absolument glabre, sans le moindre poil, la moindre aspérité.

L’insecte parfait se montre dès la mi- mai.

licptidea brevipennls Muls.

LARVE

Elle est très-semblable de physionomie à celle de la Gracilia pygmœa, dont elle se distingue par les caractères suivants :

Les mandibules sont encore plus courtes et plus arrondies à l’extrémité; la partie du prothorax qui, dans la larve de Gracilia, est striolée, est ici lisse, un peu mate et visiblement tuméfiée ; les ampoules ambulatoires sont semblables, mais sensiblement plus dilatées et saillantes comme dans la

LARVES DE COLÉOPTÈRES larve du Stenopterus rufus dont il sera parlé tout à l’heure, surtout sur les troisième à sixième segments abdominaux ; enfin, malgré tous mes efforts, je n’ai pu voir de pattes. Ces différences justifient surabondamment l’établissement du genre Leptidea que M. de Marseul n’a pas admis dans son catalogue.

Il y a plus de vingt-sept ans, c’est-à-dire à une époque où presque personne ne possédait de Leptidea brevipennis, et avant que le fait n’eût été signalé dans les Annales de la Société entomologique (1850, p. xxxm), j’eus occasion de déplacer une manne d’osier que j’avais chez moi depuis quelque temps et je le fis assez brutalement pour qu’il en tombât quelques insectes qui, se mettant à courir, attirèrent mon attention. J’en saisis trois ou quatre dont un se trouva être la Gracilia pygmœa et les autres une espèce voisine qui m’était inconnue, mais que je tardai pas à reconnaître pour la Leptidea. La manne fut alors rudement secouée, j’en mis même une autre à contribution, et en quelques jours j’étais en possession d’environ cinq cents individus de cet insecte.

Voilà donc un animal qui fait l’affaire des vanniers, mais non de ceux qui ont intérêt à conserver leur ouvrage. La femelle, en effet, pond sur les osiers dont les paniers sont formés, à la condition néanmoins qu’ils soient pourvus de leur écorce. Les larves qui naissent de ces pontes labourent pour vivre la surface du bois do cannelures assez profondes et sinueuses ; elles s’enfoncent même, dès le début, dans l’intérieur des brins les plus minces et, dans tous les cas, c’est dans ces conditions qu’elles subissent leurs métamorphoses.

Elle est en tout semblable à celle de la Gracilia et absolument glabre comme elle.

L’insecte parfait paraît en juin.

La sixième branche est celle, des Obriaires, embrassant les genres Obriiim, Cartallum et Callirmis, dont les larves sont inédites et me sont inconnues.

La septième branche est celle des Sténoptéraires, ne comprenant que le genre Stenopterus dont je suis en mesure de faire connaître une larve.

lONGlCORNES

Stenopterus (ÜITecydallii) rafns L.

Fig. 473-475.

LARVE

Long. 12-15 millim. Assez allongée, médiocrement renflée antérieurement, blanche, revêtue d’une pubescence courte et blanchâtre assez dense, complètement apode.

Tête large, saillante en dehors du proihorax, d’une longueur égale au quart environ de sa plus grande largeur, lisse, d’un blanc jaunâtre avec le bord antérieur ferrugineux, celui-ci largement et très-faiblement échancré, muni d’une petite apophyse vis à vis les mandibules, puis déclive.

Épistome trapézoïdal, subarrondi antérieurement, d’une largeur égale au quart de la largeur antérieure de la tête.

Labre plus que semi-ellipiique, cilié de poils roussâtres.

Mandibules courtes, noires avec la base un peu ferrugineuse, assez largement arrondies au sommet quand on les examine de côté.

Antennes assez longues, le plus souvent saillantes, du moins en grande partie, de quatre articles comme à l’ordinaire, dont le second très-court, le premier et le troisième égaux en longueur, celui-ci un peu dilaté en dedans à l’extrémité pour supporter l’article supplémentaire qui est trèscourt et qui, presque exceptionnellement, est à côté du quatrième article au lieu d’être dessous.

Pas de tubercule ou de point ocelliforme.

Prothorax lisse antérieurement, et sur sa moitié postérieure, sur un espace limité latéralement par deux sillons (les parenthèses), rayé de stries très-fines, un peu sinueuses et extrêmement rapprochées, à la naissance desquelles on voit des points enfoncés.

Ampoules ambulatoires très -nettement et profondément bilobées sur les deux faces, principalement sur les troisième à septième segments abdominaux où chacune d’elles forme deux gros mamelons charnus très-saillanls, lisses, avec deux petits plis longitudinaux.

Mamelon anal petit.

Stigmates comme à l’ordinaire.

Pattes nulles,

Cette larve est reconnaissable aux très-fines et très-denses stries du

LARVÉS DE COLÉOPTÈRES prothorax et surtout à l’intumescence de ses ampoules ambulatoires, formant sur les segments intermédiaires de l’abdomen, tant en dessus qu’en dessous, deux séries longitudinales de gros mamelons. Elle vit dans l’intérieur du bois des pieux dé Châtaignier ; je l’ai trouvée aussi dans des échalas de Robinier d’assez ancienne date, et ces essences ne sont pas les seules qui lui conviennent : M, Goureau, en effet, dans son livre des Insectes nuisibles à l'homme et à l'économie domestique (p. 59), rapporte qu’il a trouvé le cadavre d’un Stenopterus rufus à l’entrée d’une galerie creusée dans le plateau d’une table en noyer. Si j’en juge par les échalas où j’ai trouvé cette larve, elle accepterait les bois assez vieux et n’aurait même pas besoin qu'ils soient revêtus d’écorce. Elle creuse entre les couches de l’aubier des galeries longitudinales à peu près régulièrement cylindriques, qu’elle laisse derrière elle encombrées de déjections fortement tassées ; mais lorsque le moment de la métamorphose approche, elle se dirige vers la surface, et c’est dans cette galerie oblique ou dans son voisinage qu’elle devient nymphe.

Cette nymphe m’est inconnue.

La huitième branche est celle des Nécydalaires, divisée en deux rameaux : les Molorchates, qui comprennent les genres Molorchus et Dolocenis. et les Nécydalates, auxquels appartient le seul genre Necydalis.

11 n’est pas à ma connaissance qu’on ait publié une seule de ses larves ; voici le signalement de celle d’un Molorchus.

iVloloi>ehii«i (IVecydalis) uniliellatarum L.

Genre Cotichopierus, Fairm.

Fig. 476.

LARVE

Long. 8-9 millim. Semblable à celle du Stenopterus rufus, sauf la taille et les différences ci-après :

Bord antérieur de la tête non largement échancré, mais droit ou à peine sinueux ; épistome et labre pas plus larges que le cinquième du bord antérieur de la tête entre les antennes ; antennes relativement un peu moins longues, plus régulièrement coniaues, leur article supplémentaire extrêmement petit et placé non à côté du quatrième mais dessous.

LONGICORNES

Prothorax entièrement lisse ; c’est à peine si, sur la partie qui est trèsfinement striée dans la larve du Stenoptenis, une très-forte loupe montre des vestiges d’une réticulation très-lâche.

Ampoules ambulatoires non bilobées, à peine déprimées au milieu et coupées par un pli transversal.

Dans son Rapport sur le Congrès de Grenoble (Soc. Ent. 1858, p. 841), mon ami Laboulbène annonce que M. Chambovet a observé la larve dont je viens de parler dans les tiges mortes de la ronce, et le seul renseignement qu’il donne à ce sujet consiste à dire qu’elle passe toute sa vie dans la moelle, oü elle trace une longue galerie. Quant à moi, je l’ai trouvée dans de menues branches de Pommier qui nourrissaient aussi, et en bien plus grand nombre, des larves de Pogonocherus dentatus et de Polyopsia prœusta. On sait^que le Pommier est dans le même grand groupe botanique que la Ronce, celui des Rosacées.

Cette larve n’offre rien de particulier dans ses mœurs, elle creuse dans l'intérieur du bois une galerie plus ou moins longue et qui n’a lâen de remarquable. Née au commencement de l’été, elle est presque adulte vers la fin de l’automne, et lorsque, au mois d’avril, elle sent les approches de la métamorphose en nymphe, elle se borne à élargir Un peu sa galerie si la branche qui l'a nourrie a un très-faible diamètre, ou, si elle est plus épaisse, elle la dirige vers l’écorce, puis revenant un peu en arrière, elle se transforme.

NYMPHE

Elle est reconnaissable à la brièveté de ses élytres qui sont loin de recouvrir les ailes, et elle présente en outre les caractères suivants : huit soies rousses et assez épaisses sur le front, entre la base des antennes et l’épistome ; un petit groupe de soies semblables sur le devant du prothorax, et sur le disque deux bandes de soies pareilles, arquées en senscontraire et dessinant une ellipse transversale dont le pourtour serait un peu interrompu au milieu et aux deux bouts ; deux soies extrêmement courtes sur le mésothorax et sur le métathorax ; sur les deuxième à sixième segments abdominaux une série transversale et un peu arquée d’aspérités spiriuliforraes, subcornées, rousses, inclinées en arrière cl entremêlées de quelques poils mous et blanchâtres ; sur le septième segment quatre épines plus fortes, cornées à l’extrémité, inclinées en avant;

dernier segment simple mais hérissé de soies roussâtres. Face ventrale et membres entièrement lisses et glabres.

Revenons maintenant sur nos pas et comparons le classement de l’auteur que nous avons suivi avec celui qu’ont adopté MM, Fairmaire et Lacordaire.

M. Fairmaire a inscrit à la suite des Clytides la famille des Graciliites, comprenant les mêmes genres que les Graciliaires de M. Mulsant, moins VAxinopalpis qui figure bien avant dans la famille des Saphanites, et moins aussi la Leptidea qui forme le type de la famille des Leptidéites, immédiatement après les Graciliites. Puis viennent : 1° les Sténoptérites, divisés en trois sections, la première pour le Cartallum, la seconde pour les Callimus, Sîenopterus et Callimoxys, la troisième pour les Molorchus, Conchopterus et Brachypteromma ; 2® les Deilites avec le seul genre Deilus;et bien plus loin, après les Lamiens et les Saperdins, les Obriites, embrassant les genres Obrium et Necydalis.

Si l’on se reporte aux indications ci-dessus que je juge inutile de reproduire, on verra que ce classement diffère assez notablement de celui de M, Mulsant.

Celui de Lacordaire en diffère aussi en plusieurs points. Cet auteur place le genre Icosium dans la famille des Acrisonides, entre les Saphanides et les Cérambycides vrais, puis viennent les Hespérophanides, suivis des Graciliides, composant les genres Exilia, Gracilia et Axinopalpus, et des Obrionides avec lé genre Obrium. Il faut ensuite franchir les Lepturides pour arriver aux Nécydalides, avec le genre Necydalis, que suivent les Psébiides avec le genre Leptidea, les Molorchides avec les Stenopterus, Molorchus, Brachypteroma, Callimoxys et Callimus, les Pithéides avec le genre Cartallum et les Deilides avec le genre Deilus.

Si j’avais à choisir entre ces trois classements, en consultant, autant qu’il m’est possible de le faire, la conformation des larves, je serais tenté, tout en inclinant beaucoup du côté de M. Mulsant, de donner la préférence à celui de Lacordaire, sous toutes réserves quant à l’emplacement qu’il a assigné aux Lepturides dont je ne m’occupe pas en ce moment. Ainsi, j'admets très-bien que V Icosium soit dans une famille spéciale et que cette famille soit voisine des Cérambycides vrais, les organes de la tête et les ampoules ambulatoires me paraissant justifier ce rapproche-

LONGICORNKS

ment. Je trouve convenable aussi que la LepUdea soit détachée des Graciliides et rapprochée des Stenopterus, et enfin je ne désapprouve pas que ceux-ci et les Molorchus soient dans la même famille. Au surplus, les affinités de ces trois derniers genres de larves sont rendues évidentes par la forme du corps, moins en massue qu’à l’ordinaire, par la saillie des ampoules ambulatoires et par l’absence de pattes.

La découverte de nouvelles larves permettra de donner plus d’intérêt et d’importance à ce contrôle que je laisse forcément incomplet.

En ce qui concerne le Deilus que les auteurs précités admettent tous comme le type d’une famille spéciale, dont la larve a des pattes et dont les ampoules ambulatoires sont granulées, un peu obsolètement, il est vrai, et un peu irrégulièrement, du moins sur la face dorsale, je vois bien dans Lacordaire les Deilides en tête d’autres familles telles que les Calliehromides, Callidiides, etc,, dont les larves sont aussi hexapodes; mais je ne trouve pas de rapports suffisants entre les insectes parfaits. Le Deilus ressemble plus aux Molorchides qui sont avant lui ; mais le caractère des pattes dans la larve commanderait qu’il les précédât au contraire. J’ajoute que larve et insecte le rapprochent beaucoup de l’Icosium et je me range à l’avis de M. Mulsant qui a placé à la suite l’un de l’autre ces deux genres. Seulement je mets Vicosium le premier, à cause de la régularité des ampoules de la larve et comme type des Acrysonides, et le Deilus le second, comme type des Deilides, Débités ou Deilates.

Le deuxième grand groupe de M. Mulsant est celui des Lamiides, divisé en Lamiens et Saperdins.

Les Lamiens se subdivisent en quatre branches dont la première est celle des Parraénaires, formée des Parmetia et des Dorcadion.

Ce que l’on sait sur les Parmena, complètement étrangères à la région des Landes, se réduit à ce fait que la larve de VAlgirica vit, d’après Rambur, dans la tige d’un Euphorbe fSoc. Ent. 1838, p. vu), et à une notice, trèsintéressante d’ailleurs, publiée par Solier dans les Annales de la même Société (1834, p. 123), sur les métamorphoses de la P. Solieri Muls., pilosa Sol., dont la larve se développe dans les tiges sèches deVEuphoi'bia cliaracias. Cette larve, que j’ai reçue de M. Raymond et de M. Valéry^ Mayet, et que j’ai élevée chez moi, est couverte de longs poils roussâtres • sa tête est un peu saillante avec les côtés parallèles, et elle est mar(îuée

472 LARVES RE COLEOPTERES

d’une série transversale et un peu arquée de points et de deux autres points sur le milieu du bord antérieur ; l’épistome, très-oblique sur les côtés, a une largeur supérieure au tiers delà largeur antérieure de la tête; les mandibules ne sont pas bien larges à la base, et, vues de côté, elles sont obliquement échancrées ; les antennes sont rétractiles ; très-près de leur base, mais un peu en dessous, on voit un tubercule noir et luisant qui ne peut être qu’un ocelle. La plaque métaproihoracique est marquée de stries écartées et les ampoules ambulatoires sont ornées de tubercules bruns, disposés en ellipse très-peu ventrue ; dans les ampoules de la face dorsale, cette ellipse est comme enfermée entre deux parenthèses; les pattes sont extrêmement courtes, si l’on peut appeler pattes de tout petits mamelons surmontés de poils et à peine visibles à une forte loupe.

Dans la nymphe, le prothorax a de très-petites aspérités surmontées d’un petit poil ; les aspérités spinuliformes du dos de l’abdomen (le ventre en est dépourvu) sont plus grandes, cornées, dirigées en arrière, disposées sur deux rangs transversaux et entremêlées de soies roussâtres et raides. Le segment anal est terminé par deux longues épines relevées et deux bourrelets qu’il a en dessous sont couverts d’aspérités et hérissés de soies.

Quant aux Dorcadion, dont le département des Landes est dépourvu, mais que j’ai vus ailleurs, en Espagne surtout, si communs qu’on pouvait les recueillir par milliers et qui, en outre, ont tant d’espèces, ce qui m’étonne, c’est qu’ils n’aient encore livré à personne le secret de leurs métamorphoses. J’ai eu beau fureter tous nos auteurs, toutes mes notes, je n’ai pu trouver que cette ligne de M. Mulsant, relative au D. molitor : « Sa larve semble vivre aux dépens de l’Eiiphorbia Gerardiana. » 11 est plus que probable que la plupart des larves de ce genre vivent sous terre des racines ou dans les racines des plantes, et si les entomologistes qui sont dans les conditions voulues se livraient à leur recherche, je suis bien sûr qu’ils ne tarderaient pas à les découvrir.

La seconde branche est celle des Lamiaires, formée des genres Lamia, Morimus et Monohammus.

M. Blanchard (//îsL Nat. des Ins. t. II, p. 175, pl. 11), a mentionné et figuré la larve et la nymphe du Balocera rubus F., des Indes Orientales. MM. Chapuis et Candèze ont donné dans leur Catalogue, p. 245, pl. VIII,

LOi^GICORNES

la description et la figure de la larve du Lamia textor L.. et je n y tiouve rien à redire, si ce n’est que les antennes sont de quatre articles au lieu de trois, et que ce que ces auteurs appellent l’article rudimentaire apical n esl autre chose que le quatrième article qui est même accompagné d’un article supplémentaire très-court.

On doit à M, GoureaufSoc. Ent.1844, p. 427), l’histoire des métamorphoses du Morimus lugubvis F,, dont il a trouvé la larve dans le Peuplier, Quoique je ne possède pas cette larve, je me permettrai d’affirmer que les antennes, au lieu de trois articles en ont quatre, et que les palpes maxil laires sont formés de trois articulations et non pas seulement de deux. J’irais plus loin et j’oserais déclarer, sans pourtant être aussi affirmatif, que la larve dont il s’agit est apode, quoique M. Goureau mentionne les « six très-petites pattes dont elle est pourvue et qui paraissent impropres à la marche. »

Il n’est assurément p’as dans mes habitudes de critiquer d’intuition les opinions de mes collègues ou de contester les faits qu’ils avancent ; encore moins le ferais-je vis à vis d’un savant qui m’inspire autant de sympathie et d’estime que M. Goureau ; mais dans cette circonstance j’ai plus d’une raison de croire qu’il s’est trompé, et sauf vérification ultérieure par d’autres ou par moi, sauf rétractation de ma part ou confirmation de ma manière de voir, je dirai pourquoi je crois à une erreur de M. Goureau.

A l’époque oü il écrivait son mémoire, M. Goureau croyait, semble-t-il, que toutes les larves de Longicornes sont pourvues de pattes, et ce qui permet de le penser, c’est qu’à la page 442 il généralise le fait que « la première paire de stigmates chez les larves de Longicornes est située sur le segment qui porte la deuxième paire de pattes. » Imbu de cette idée et trompé sans doute par certains faisceaux de poils, il a cru voir des pattes oü elles n’existent pa«, à moins que sa larve ne soit pas celle du Morimus, ce qui est peu probable puisqu’il décrit et dessine aussi la nymphe et qu’il a obtenu l’insecte parfait. Celte présomption d’erreur est de ma part, je le reconnais, une chose grave puisque je n’ai pas des moyens certains de contrôle, et j’en demande pardon à mon honorable collègue, mais j’y persiste néanmoins parce que, dans la même notice oü il s’agit aussi do la larve de la Saperda scalaris, il s'est laissé influencer, relativement à cette dernière, par la même idée préconçue, car il dit que « les mandibules, mâchoires, lèvres, antennes et pattes sont comme dans la larve précédente, » Or, je connais assez la larve de la S. scalaris et je viens d'en examiner un assez grand nombre d’individus pour pouvoir

affirmer que, comme les autres larves de Saperda, elle est absolument

apode.

Mais après tout, est-il bien vrai que la larve du Morimus lugubris soit apode ? J’ai dit plus haut que ce n’est chez moi qu’une présomption, mais elle égale presque une certitude, parce que le Morimus appartient'inconlestablement et d’après tous les auteurs, à un groupe dont les larves connues, comme celles des Lamia et des Monohammus, sans parler de celles d’autres groupes voisins, sont apodes. Cette raison à laquelle les lois de l’analogie, que j’ai tant de fois invoquées avec succès, donnent une grande valeur malgré les quelques exceptions qu’elles subissent, me paraît justifier suffisamment mon opinion à laquelle je ne tiens, du reste, que dans l’intérêt de ces lois elles-mêmes.

M. Westwood, Introd., t. I, p. 364, a dit quelques mots de la larve du Monohammus sartorF., qui m’est inconnue et qui a été décrite et figurée par M. Gernet (Horæ Societ. Entom. Russicæ^ t. V, p. 19), et mon Histoire des Insectes du Pin fait connaître en détail les divers états du M. gallo-provincialis Oliv. Je n’ai pas à y revenir, je rappelle seulement que sa tête, un peu étroite, a les côtés parallèles, que ses mandibules sont longues et tronquées obliquement au sommet et que ses ampoules ambulatoires sont munies de tubercules. La larve du M. tigrinus de Geer, tomentosus Ziegl. est décrite et figurée par M. Asa Fitch, dans son ouvrage sur les insectes nuisibles et utiles de l’État de New-York (p. 149).

Voici quelques mots sur une autre larve inédite de la même branche.

liamia tristis L., fanesta F.

Fig. 477-478.

LARVE

Cette larve, dont je n’ai sous les yeux qu’un individu évidemment un peu jeune, et dont je dois la communication à l’obligeance de M. Valéry Mayet, ressemble beaucoup aux larves de Monohammus. Elle a comme elles la tête étroite, à côtés parallèles ; elle est marquée en dessus de quelques points ou fossettes; son bord antérieur, droit au milieu, présente une saillie vis à vis chaque mandibule, puis une échancrure à la suite de laquelle se trouve l’antenne très-courte et de quatre articles, avec un article supplémentaire à peine saillant.. Les mandibules sont assez longues, d’un tiers environ plus larges à leur base qu’à l’extrémité qui est large-

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