non
bras, prêt pour le duel prochain, dans l'attitude d'un <( Monsieur qui prend la Mouche » ; quand nous serions initiés aux difficultés qui ont fait fuir don César Ursin loin de Fléride, et l'ont amené près de Lisarde. Retenons seulement de ces premiers essais ce que Lesage lui-même en a retenu, le goût de la littérature espagnole, la découverte d'une mine d'aventures où il reviendra souvent puiser. La cloison de don Garcie et de Léonor {Traître puni) s'ouvrira plus tard entre les chambres d'Enrique et de lîlanche (6'// lUas, IV, 4), et quand Scipion abandonne sans plus ample informé sa femme Béatrix, qu'il a trouvée causant avec don Fernand do Leyva, il se rend coupable de la même précipitation et de la même erreur qui firent les infortunes de la belle Fléride et do don César Ursin.
C'est également ce que nous retiendrons de Crispin rival de son maître, une fort jolie comédie, très supérieure aux ])récédentes. Lesage utilisera deux fois son sujet, en le reprenant plus tard pour Gil Blas, où monsieur Oronto deviendra Moyadas, et où Crispin a quitté la souquenillc pour se parer des brillantes défroques de l'audacieux aventurier Hafaid,
La même année 1707 vit naître Crispin rival et le Diahle hoitetix. Ce dernier roman, un chef-d'œuvre exquis, préparait, comme nous le verrons ', les voies à Gil lilas, dont huit années nous séparent encore.
Elles ne sont pas très remplies, et on n'y trouve guère à signaler que l'apparition de deux comédies : une petite jûèce qui fut jouée beaucoup plus tard, et une
40 BIOGRAPHIE I)K LESAGK.
grande qui lit beaucoup de bruit. La première, la Tontine^ qui était une actualité lors de son apparition en 1708, est fort amusante. C'est une de ces comédies secondaires qui, par ce temps d'exhumations dramatiques, pourraient le mieux réussir. On y trouve déjà dans le docteur Trousse-Galant un type du docteur Sangrado. La médecine y est vertement fustigée et l'idée première est franchement comique.
L'autre comédie, c'est Turcaret (1709), cette cruelle peinture des fermiers, de leur cupidité, de leur inhumanité, de leur balourdise : elle les inquiéta au point qu'ils firent tout pour en arrêter les répétitions, mais ils avaient affaire à un Breton, et la pièce fut jouée. Elle révèle et elle annonce les qualités que Lesage apportera dans son Gil BUis, et même ses défauts. A constater une certaine gaucherie dans la conduite de l'intrigue ', on })ressent que le roman ne sera pas très savamment composé. A vrai dire, le vice est moins rédhibitoire dans les romans qu'au théâtre. Le roman imite la vie de plus près, et la vie est mal ordonnée. Le hasard et le caprice la gouvernent. La composition des romans en subit l'influence. Aujourd'hui, nos romanciers nous ont accoutumés à des imaginations moins vastes et moins diffuses ; ils concentrent l'intérêt sur un seul des événements qui peuvent agiter une existence. Ceux du siècle dernier étaient, en ce sens, plus réalistes : ils égalaient la durée de leur œuvre à celle de la vie humaine, dont ils reproduisaient la variété, les accidents, l'imprévu, le désordre. Lesage, médiocre