Cabinrt des )ii/iviiscrUs, I, p
2. Voy. Archives du ministère de la marine et des colonies, Ordtes et dep^'ches, LeconU W 93. une relation à Vamhassad'-tn' de Perse sur les hiiitneiir.s ffu'on lui n rendus, 23 janvier 1715.
3. Journal des Sçavanls, 1101, Voyage du sieur l'aul Lucas au Levant.
riO BIOGRAPHIE DE LESAGE.
tiuin roi de Sérendib ou Arlequin Huila. Les Jeux <lc la Foire sont livrés aux Pèlerins de la Mecque (1726), à Achmet et Almanzine (1728). Les Chinois, les Siamois, envahissent notre littérature. Montesquieu suit le mouvement, quand il écrit ses Lettres pei'sanes, comme Diderot, Marmontel, Créhillon fils et Voltaire dans leurs contes; ce dernier se met à écrire à ses amis en musulman ' : Allah! illah! Allah! Mohammed rezoul Allah! La publication des papiers de Galland était donc tout à fait opportune. On le fit sentir à Pontchartrain, directeur de la librairie, qui écrivit :
« 11 paroist qu'on pourrait faire imprimer quelqu'un de ces manuscrits, en faisant corriger les traductions et les mettre dans un plus beau français, et le roi m'a dit à cette occasion que vous preniez la peine de les faire examiner afin de voir ceux qu'il conviendrait de donner au public et qui mériteraient la peine d'estrc imprimés et ensuite on pourrait les faire corriger par quelqu'un, comme le sieur Lesage, par rapport à la diction '. »
Lesage a-t-il entrepris ce travail? Il faut malheureusement constater que le classement actuel des manuscrits de Galland à la Bibliothèque nationale ne permet aucun contrôle. On aimerait à savoir ce que contenait cette trentaine de portefeuilles, et quelles étaient ces traductions. Elles ne sont ni mentionnées, ni classées au fonds des orientalistes : c'est une lacune regrettable. Il est bien probable que si Lesage les a parcourues, il en a
\. Lettre à Aiinillon, octobre 1712.
•1. Lcllre (le Pontchartrain à l'abbc de Louvois, 12 juin 1713.
gardé par-ci par-là quelque motif pour son usag-e personnel. Ainsi l'esclavage de Rafaël à Alger a peut-être suivi la lecture de VJIistoIre de l'esclavnf/e d'un marchand de Cassis à Tunis '. Ce qui paraît plus certain, c'est qu'on lui fit revoir « par rapport à la diction » les traductions de Petis de la Croix fils, mort en 1713, notamment les Mille et un Jours -. Tout ce côté de l'existence de Lesage demeure dans l'ombre, et il faudrait un heureux hasard pour l'en faire sortir. A la façon dont Gil Blas met au net et rédige des mémoires, soit pour le duc de Lernie, soit pour Olivarès, aux vagues renseignements dont l'écho afTaihli nous est parvenu depuis 1715, il est incontestable que Lesag^e a fait comme Gil Blas, et a revu pour « la diction » des manuscrits ou mémoires dans l'invention desquels il n'est pour rien. Il nous en reste un, les Aventures du chevalier de Beauchëne. Nous savons, et nous albms y venir, qu'il faillit rédiger l'histoire de Marie Petit. Mais jusqu'où s'étend la part de ces occupations dans sa vie ? Nous avons vainement couru les dépôts de manuscrits, archives et ministères : Lesage n'v a laissé aucune trace de son nom. Il ne figure imlle part
1. Bibliollièquc nationale, cabinel des manuscrits, fonds Orient, 14693.
2, Ce Pclis de la Croix, dont Lesage fut le collaborateur, et qu'il ne faut pas confondre avec son père, i)artil en 1670 pour le Levant où il n'a pas seulement étudié les langues; il donna une extension notable à l'influence française. Ainsi en 1672 il était îi Alep; les Hollandais, pour ne pas amoindrir leur prestige en Orient, dissimulaient leurs défaites, l'etis de la Croix composa en araOe une « Relation abrégée des victoires de Louis XIV, roi de France, sur les États de la Hollande et des villes qu'il prit dans un court espace de temps •. Il répandit des manuscrits dans tout le Levant. Il y avait joint un apologue politique : le Soleil et les Grenouilles. — Bibliothèque nationale, cabinet des mss., fonds des Iraduct. orientales, n» 89 (suppl. Ar., 2163). — Sur le père, cf. Mercure Galnnt, fév. 1699, p. 272.
au niinislère des Affaires élrangères, au nombre «les secrétaires parlieulicrs du marquis do Torcy '. Il va auminislèn; de la Marine une lettre de La Bruyère, il n'y a pas trace de Lesage. S'il y a eu correspon«lance entre ces personnages, et tout porle à le croire, la correspondance a dû demeurer privée.
Il est du moins un épisode certain dans sa carrière de rédacteur officiel. Il s'agit du récit qu'on lui demanda des aventures de Marie Petit. Ces aventures, si curieuses et si étranges, ont été racontées trop souvent pour nous arrcMer. On sait comment Marie Petit, la jolie croupière de la rue Mazarine, s'emharqua avec un de ses clients, Fabre, cliargé d'une ambassade en Perse au nom de Louis XIV; comment Fabre fut en butte aux persécutions de l'amant de sa femme, le fameux Ferréol, qui fut acquéreur de la toute gracieuse Aïssé, et qui était alors ambassadeur de France à Constantinople. Il eut voulu que la mission en Perse fût confiée à son secrétaire Micliel. Il fit empoisonner Fabre. Marie Petit, habillée en homme, accompagna le fils de la victime ; elle le conduisit à travers mille péripéties romanesques jusqu'au shah de Perse devant qui elle voulut représenter Louis XIV, à défaut de feu l'ambassadeur authenticjue. Ferréol la fit arrêter et emprisonner quand elle débarqua à Marseille. Pour se disculper des imputations qui pesaient sur elle, vie débauchée, mœurs scandaleuses au milieu des Persans, abjuration de la foi catholique, elle écrivit ses Mémoires. Le récit de l'aventure fut fait encore par quelques intéres-
1. Torcy ne parle pas de Lesagc dans ses Mémoires ni dans son Journtl publié par M. FiÉo. Masso.v.
ses, lo secrétaire Michel, le chirurgien de Tambassade Fahre; Fcrréol écrivit aussi ses rapports. L'affaire lit «juelque bruit, et l'on songea au ministère à en demander une narration correcte à quelque bon écrivain. La demande en fut faite à Lesage, à qui l'on confia les Mémoires de Marie Petit. 11 ne connut que plus tard les rapports officiels, qui constituaient avec les premiers mémoires deux versions totalement opposées '. Lesage ne savait laquelle choisir. Il écrivit à ce sujet au ministère. La lettre existe : c'est un autographe des plus précieux, vu la rareté des autographes de Lesage. Publié d'abord par la lithographie Last, puis par Audiffret dans sa Notice, il passa de la collection Cihambry dans celle de A. Bovet -. » Le voici :
Monseigneur,
Quant M. l'abbé Henriau ne m'aurait point assuré que je pouvais prendre la liberté d'écrire à Votre Grandeur pour la remercier de l'honneur qu'elle me fait de vouloir m'occuper, une autre raison m'y déterminerait. Les papiers qui m'ont
1. Les documents abondent sur celte afTaire. — Cf. yihcuEL,Correspondance, spécialement de 1707 à 1709, Archives du ministère des .\(raires étrangères; au Cabinet des Manuscrits, Michkl, Relotion de tnon voi/(if)e eu t'erse; et aussi Rrlalion mnnuscrile de l'ambassade de Fahre et de Michel en l'erse, de 1705 à 1709, par le sieur Robin, chirurgien de l'a'mbassade; I'. -Jacques Villotte, Voyage d'un missionnaire de la compagnie de Jésus en Tur(/uie, en Perse, etc., Paris, 1730; Audiffret, dans sa Notice \tour Gil Blas, et Mémoires sur les Relations politiques et commerciales des Européens et particulièrement des Français avec la Perse; Va.ndal, une Ambassade française en Orient sous Louis XV, la Mission du marquis de Villeneuve; A. Rambau», la IHplomatic française en Orient au wni" siècle (Revue Bleue, 30 juillet 1887); l'aventure est en outre contée dans toutes les grandes Biographies à l'article Marie Pctit. On trouvera aussi au ministère de la .Marine et des Colonies quckpies pièces relatives aux personnages de ce vaudeville. Ordres et dépêches, marine du Levant, B' a3, B" 221, etc.