CHAPITRE III
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Pendant les vingt années que dura la publication de au Blris (1715-1730), Lesag-e eut d'autres occupations. Il travailla tant à ses opéras-comi(]ucs pour les Jeux forains ou les Italiens (1712-1735) qu'à de nouveaux romans, espagnols ou non, Guzman d'Alfarache et les Aventures du fUbuslier Beauchéney dans la même année 1732; deux ans après, en 1734, Estehanille GonzaUs ou le Garçon de honne humeur; et, aussitôt rempli le dernier feuillet du manuscrit de Gil Blas, 'en 1735, la Journée des Parques, puis, en 1736, le Bacheliei' de Salamanque.
C'est un Lien curieux roman que les Aventures du l'iihustier Beauchêne. Comme il mérite qu'on proteste au moins une fois contre l'indifférence dont il est victime! On connaît, en général, au moins de nom, Guzman d'Alfarache ou Estehanille, le garçon de bonne humeur, tandis que Ikauchène n'a même pas cet honneur : c'est une injustice. Combien Beauchêne est plus intéressant que Estehanille, voire que Guzman d'Alfarache ! Ce llibustier, avec le récit de ses aventures, on l'oublie trop, ouvre toute une série de romans destinés à faire fortune.
BIOGRAPHIE DE LESAGR. 6i
Nesl-il pas piquant do voir Lesage, le devancier do Balzac, montrer de l'autre main la route à Fenimorc Cooper el à Mayne Reid, à Gustave Aymard ou, si l'on veut, à de la Landelle, à Jules Verne, à Jean Ricliepin et à Pierre Loti, puisque nous n'oserions nommer ici Michelet.
Le Breton du Morbihan se réveille au bruit des values qui déferlent sur le cap Tiburon et que fend le ilibot de Beaucliêne. Il se rappelle le temps où il allait voir la coque de chaloupe échouée près du Sucinio, et dont le gouverneur René du Cambout se fit faire à Port-IN'avalo une baleinière de service pour aller inspecter les travaux aux îles de Ilouat et d'Hoedic '. La flibuste, la mer, le quart que montent les matelots sur le tillac, les boutedehors, les chaloupes qui font capot, les pavillons qu'on amène, les mâts de fortune qui se brisent à l'abordage, les frégates de haut bord, tout cet arsenal maritime, où il puise, lui plaît. Les aventures de son flibustier lui font revoir la grève natale, avec ses algues noires et longues qui ondulent au gré des lames, et le clapot régulier des vagues qui meurent sur la roche humide, le bruit des amarres qui se raidissent, le grincement des fanaux en haut des mâtures, le frôlement des barques qui s'entrechoquent, la nuit, sous la clarté bleue et silencieuse du ciel.
L'histoire nous renseigne mal sur Beauchène. Il y eut bien, à la même époque, un de Beauchesne-Gouin, explorateur, parti de La Rochelle en 1G98, qui parcourut les mers du Sud, découvrit et baptisa l'île Louis-le-Grand