Lettre à V Académie
3. Il blâme, dans le Mélançje, les poêles qui « mettent des vers comiques dans leurs tragédies ». Éd. Ledoux, XII, 389.
prochaines réformes de Diderot et de Beaumarchais. Il est à cent lieues, et à cent ans, de la Préface de CromweU.
Quant au Mélange amusant, il est dépouillé de tout artifice. C'est une enfilade de souvenirs, bons mots, anecdotes, « traits historiques des plus frappants ». Lesage vide ses cartons, et le livre finit quand les cartons sont vides. Nous surprenons ici les dessous de son travail. C'était là son arsenal, son magasin. C'est là que ses personnages allaient chercher les petites histoires qu'ils dévidaient si volontiers. Lesage les collectionnait. A la fin de sa carrière, il s'aperçoit que sa consommation est restée au-dessous de ses prévisions comme de ses provisions; il lui reste un lot complet; il ramasse jusqu'aux miettes, fait un paquet où il jette tout pêle-mêle, et avant de quitter Paris pour Boulogne, il le confie à la veuve Ribou pour en constituer un dernier volume.
C'est une olla podrida oii il y a de tout : des Grecs, des Romains, des Espagnols, des généraux, des habitués du café de la rue Saint-Jacques — le café de Lesage — ; Euripide et Alexandre, Labérius le mime, Auguste l'empereur, ou Licinia la femme de Mécène ; le roi de Perse, les mandarins de Chine; don Pèdre d'Aragon, Marcos de Obregon, Cromwell ou Turenne; puis, côté des lettres, des anecdotes sur son ami Santeuil, sur Pradon, Scarron, Dancourt, Destouches, Piron, Dacier, La Fontaine s'endorraant à son Astrée, Voltaire priant le régent de ne plus se charger de son logement, le comédien Legrand, une vieille coquette, plusieurs Gascons, un abbé auvergnat, etc. Par-ci par-là, de jolis mots, comme celui d'une
(lame à un financier : « Qui est cet homme-là? il me semble l'avoir vu quelque part. — Cela se pourrait bien, madame, lui répondit l'usurier, car j'y vais quelquefois '. »
Le plus intéressant est peut-être dans les quelques détails qu'on y peut glaner sur Lesage lui-même. Vers la fin de son séjour à Paris, il habitait au faubourg Saint- Jacques une petite maison qu'un Anglais, Joseph Spence, a visitée et décrite.
« Sa maison est à Paris dans le faubourg Saint-Jacques, et se trouve ainsi bien exposée à l'air de la campagne. Le jardin se présente de la plus jolie manière que j'aie jamais vue pour un jardin de ville. Il est aussi joli qu'il est petit, et quand Lesage est dans le cabinet du fond, il se trouve tout à fait éloigné des bruits de la rue et des interruptions de sa propre famille. Le jardin est seulement de la largeur de la maison, laquelle donne d'abord sur une sorte de terrasse en parterre planté d'une variété de fleurs les plus choisies. On descend de là, par un rang de degrés de chaque côté, dans un berceau. Ce double berceau conduit à deux chambres ou cabinets d'été tout au bout du jardin. Ils sont joints par une galerie ouverte dont le toit est supporté par de petites colonnes, de sorte que notre auteur peut aller de l'une à l'autre toujours à couvert dans les moments où il n'écrit pas. Les berceaux sont couverts de vigne et de chèvrefeuille, et l'intervalle qui les sépare est arrangé en manière de bosquet (grovework). »
J. Le mot a fait fortune depuis, et avait beaucoup de succès dans l'amusant vaudeville V Agence Tncoche et Cacolet.
Il y a dans le Mélanrje des histoires du quartier, qui nous montrent Lesage à l'affût de toutes les anecdotes, les notant, les envoyant rejoindre les autres dans le carlonnier. Celle-ci,. par exemple : un jeune jacobin avait été mis en pénitence dans le haut de l'église Saint- Jacques. 11 était enfermé dans une petite chambre qui était de niveau à la gouttière, et comme un prisonnier s'amuse de tout, il étudia la langue des chats, il orthoirraphia leurs miaulements, en chercha le sens exact, et ou composa un Diclionnaire des Chats. Il y paraît que la langue des chats a sur la nôtre l'avantage d'être immuable, w Les matous ne cherchent point le ton de la bonne compagnie, et miaulent aujourd'hui de la même façon qu'ils miaulaient du temps de Jean-de-Yert. »
Quand Lesage sortait, c'était pour aller, non loin de son domicile, à un café de la rue Saint-Jacques, oii son arrivée faisait toujours sensation. Il y avait une réputation, que nous pouvons croire légitime, de fin causeur. Il devait reposer un peu les habitués des disputes dont retentissent toujours, dans les œuvres de Lesage, les lieux de ce genre, « lieux fertiles en disputeurs ». On se levait, on s'approchait, on faisait cercle, on montait sur les chaises, sur les tables, pour l'écouter*. Et de fait, c'était un rég-al de l'entendre. Moreri vante « sa conversation fort amusante et très agréable ». Il devait clairsemer son débit de mots d'une exquise finesse, mordants sous leur apparente bonhomie, comme celui-ci : « Certainement le peuple anglais est le plus malheureux peuple