Discours sur le Dialoeue suivant
d'Apollon, accourent chercher noise à leurs auteurs, qui les ont si mal traités. Polexandre s'indig-ne des visions de son romaniste (p. 117). Ariane est scandalisée : « On ne trouve chez moi que des lieux infâmes ; les héros du roman sont donc bien accoutumés à fréquenter ces endroits, qu'on les prendrait pour des soldats aux gardes ou des mousquetaires. Me rendre visite, ou aller au... (vous m'entendez bien), n'est plus qu'une même chose! » (P. 121.) Scudéry, quoique matamore et spadassin, est épouvanté des fureurs de l'Illustre Bassa. Il veut s'enfuir, mais le Bassa le relient par le bras, et lui détaille les inepties qu'il lui prête : la moindre est de lui faire épouser « une femme qui a de l'expérience et trois mois de demeure au serrail ». Et il continue : « Comment vous tirer de ce pas de clerc, comme aussi des quatre mille lieues par terre que vous faites faire à ma flotte, de Constantinople à la mer Gaspie? » Scudéry s'esquive prudemment, de crainte de mauvais traitement.
C'est aussi le parti que prend la Calprenède. Il devient triste et défait, en voyant Alexandre se faire faire place avec grand bruit, et crier de sa voix de tonnerre : « Je fais une belle figure dans votre Cassandre! » Il querellait encore que voici venir « un gros de héros et d'héroïnes », Orazie, Prazimène, Clytie, Bérénice, llermogène, Scanderberg-, Laodice, Cylhérée, Scipion, ïarsis, Rodogune, Macarise, Clélie.... Apollon, effrayé du nombre, les remet à une autre fois.
Un peu plus tard, le prince Fanferedin rapportait de son Voijafje merveilleux dans la Romancie un dégoût profond des romans. Il avait vu « des rochers tendres comme
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(lu gazon ou de la laine ->, des faunes jouer aux quatre ♦•oins; les oiseaux ont le bec dans l'eau, les ormes attendent les rendez-vous.
Le roman, tendre et galant, avait donc bien des ennemis dès le xvn" siècle.
Si nous n'avons pas trouvé dans cette première catégorie les qualités que nous demandons à un observateur à la fois pénétrant et fidèle des mœurs, la vraisemblance des événements, la vie chez les personnages, et au total la vérité dans la peinture ', peut-être est-ce dans l'autre espèce que nous les rencontrerons, dans les romans comiques. Les acteurs y ont généralement des conditions plus communes; ils ressemblent davantage aux gens qui nous entourent et que nous coudoyons.
Mais là encore, nos recherches seraient en pure perle. Le roman comique et bourgeois n'a pas de meilleure expression, au xvn'' siècle, que le Roman bourgeois de Furetière et le Roman comique de Scarron, auxquels on peut joindre le Francion de Sorel. On n'hésite pas à y reconnaître une déformation de la vérité qui, pour être autre, est également fausse.
Sorel, l'auteur présumé de Francion (1622), a moins voulu peindre les mœurs de son temps que réagir contre les romans langoureux. L'observation a moins de part chez lui que la polémique; les traits d'épigramme l'emportent sur les traits de mœurs. Les portraits du temps y prennent les bouffissures de la caricature; Boisrobert
1. « L'inlérêl du roman ne se soutient qu'autant qu'il s'approche de la réalité. » (Pboudiion.)
est travesti en Mélibt^e; Balzac, en Hortensias, et les trois Racan on trois Sallusles. Sans doute, le Fmncion — précisément par le soin de nous mener le plus loin possible des contrées de .Tendre et d'Inclination, et de nous faire, par contraste, traverser les plus sales quartiers et les plus modestes taudis — est un des livres les plus édifiants pour Thistoire intime des coutumes , modes, ridicules et opinions d'alors : et, en ce sens, le livre renferme une part de vérité. Mais il faut refuser à Francion le nom de roman de mœurs, parce que cette vérité n'y est qu'à l'état latent; on l'y retrouve en la cherchant, mais comme on retrouve les traits de Louis-Philippe dans une poire. C'est la charge . La recherche de la vérité n'était pas la principale affaire de l'auteur, et quand il l'a tenue, il s'est empressé de l'affubler d'orij)caux grotesques. Les épisodes sont aussi bouffons que ceux de Scarron. C'est un vieillard impuissant qui pour connaître encore l'amour se livre à des cérémonies absurdes, vêtu d'une robe de chambre et d'une soutane noire à capuchon. Le voici au fond d'une cuve d'eau où il a jeté sa chandelle; l'instant d'après, sa position est plus ridicule encore; tandis qu'il embrassait un orme, croyant embrasser sa Laurette, Francion, qu'il prend pour Asmodée, lui lie les deux mains; il le laisse se morfondre contre le tronc de l'arbre, tandis qu'il entre chez Laurette. Plus loin, quelque chose pend à une corde sous une fenêtre, c'est un domestique qui sort de chez sa mie; ailleurs, un autre demeure en l'air attaché par son haul-de-chausses à un g-ros barreau pointu ; ce ne sont «ju'inventions cornues, paillards surpris à l'œuvre,
et garrottés « la chemise troussée et attachée au cou » ; charlatans , rose-croix , filles dont l'impudeur égale la lubricité, tout un monde malpropre de voleurs, de lire-laine, de pédants ridicules, qui ont à tâche, non de nous présenter le tableau d'une société vraisemblable, mais de nous faire rire à tout prix. C'est le premier mot du Francion : « Nous avons assez d'histoires tragiques qui nejont que nous attrister; il en faut maintenant voir une qui soit toute comique. » (Liv. I, 1.)
Scarron, il est à peine besoin de le faire observer, nous donne moins une peinture qu'une caricature de la société. Du Roman comique ' à un roman de mœurs, il y a la distance du Misanthrope k une pantalonnade de la foire. Il est comique, il est bouffon, il est très amusant, mais son comique est celui de la charge, et la charge n'est pas la vérité, elle en est le grossissement ridicule. Qu'est-ce que l'histoire de La Rancune, la nuit oii il dut loger dans une hôtellerie pleine de monde? Il partageait son lit avec un malheureux marchand, qui dut bien maudire cet atroce coucheur. La Rancune, mécontent du partage, ne cessait de réveiller son compagnon en lui écrasant la poitrine avec son coude, pour aller prendre par-dessus lui un objet de nécessité dont il feignait d'avoir souvent besoin, jusqu'au moment où il lui en vida le contenu sur la face. Et la façon dont il échange ses vieilles bottes éculées contre les bottes neuves d'un autre compagnon de chambre? Et la chevauchée épique de Ragotin qui retombe à chaque bond de sa bête sur la crosse de