DoCHESSB d'Orléa.ns, Mt'tnoires, r<lit. Bruni'l
Nouvelle Méthode e.y)af/nole, que signa Lancelol, sous le pseudonyme de M. de Tri^'-ny. Depuis un an ou deux, les relations de tous fleures se sont multipliées: c'est, en 16G6, Yan Aarsen de Sommer-Dyck qui raconte son Voijnfje d'Espagne^ tandis que Bertault donne sa Relation de VÉtat et du gouvernement d'Expagne, trois ans avant son Journal du voyage d'Emjtagne contenant une description fort exacte de ses roi/aumes et de ses principales villes (Paris, 1669), rapporté de son voyage dans l'ambassade du maréchal de Grammont, lors du mariage de Marie- Tiiérèse. En même temps, un autre attaché d'ambassade, Muret, qui accompagnait (îeorges d'Aubusson, archevêque d'Embrun, publie ses Lettres écrites de Madrid en 1666 et en 1667 \
Lesage naissait donc, en 1668, à une époque tout imprégnée de l'air espagnol. Plus tard, quand il commence à comprendre et à lire, il trouve dans le public lettré et studieux les mômes prédilections. En 1687, le P. Bouhours bourre encore sa Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit, de citations espagnoles, empruntées à Lope, à Mariana, au « sublime Gracian ».
Le courant est établi et il persiste.
Entrez dans un salon en 1691. Il n'est bruit que du retour de Mme d'Aulnov. Avez-vous lu sa Relation du
1. Publiées en 1879 par M. Morel-Fatio. (;arcl de Sainte-Garde, à son tour, — c'est du moins lui que M. Morel-Fatio désigne eonime l'auteur, — prend ses notes, étudie, observe et consigne ses observations dans ses Mémoires curieux envoyée de Madrid, sur les festes ou combats de taureaux, sur le serment de fidélité qu'on preste solennellement aux successeurs de la couronne d'Espagne, sur le mariage des Infantes, sur les proverbes, les mœurs, les maximes et le génie de la nation espagnolle. Paris (1670).
voyage dEspafpie'^ Quel esprit et que de jolies choses ! les dames de Bayonnc qui portent un petit cochon de lait sous le bras comme nous portons nos petits chiens, les chambres d'Espagne chauffées par des brasiers remplis de noyaux d'olives qui font mal à la tète; et cette cuisine à l'ail et au safran, qui la réduit à un jeune rigoureux; et ce banquier à qui elle faisait voir sa montre, et qui l'a gardée ; et la fort plaisante mort de Philippe III rôti devant un brasero que le sommelier du corps avait seul le droit d'écarter, — mais il était absent; — et les joules à coups d'œufs remplis d'eau parfumée, et les cascades, non parfumées celles-là, des vases nocturnes au cri de Agua va.' et les courses de taureaux, et les autodafés, et tout enfin, car il faut tout lire !
Et ce qu'il fallait lire aussi, c'étaient les Lettres de Mme de Villars à Mme de Coulanges, moins fantastiques que le récit précédent, moins conte de fée, moins romanesques et moins épisodiques, mais si exquises et si pures de forme! Tout à l'Espagne! L'année oii Lesage publie son premier choix de pièces espagnoles traduites (1700), le brillant Fléchier fait VHistoire du cardinal Ximenes, histoire que refera, quatre ans après, de Marsollier.
Les travaux sur l'Espagne se multiplient, tandis que Lesage l'étudié et lui fait ses emprunts. En 1707, l'année de Don César Crshi et du Diable boiteux, iuaii Alvarès de Colmenar initie ses contemporains aux Délices de VEsj)af/)ie et du l'ortugal {hcyd(\ î) vol. in-12).
En 1709, paraît à Rouen une traduction de r///.s7o/r<? du cardinal Al beroni. Pendant ce temps, l'abbé de Vayrac tra-
lo4 ORIGINES nu ROMAN DE LESAGE.
vaille à son gros ouvrage, VÉtal jïrésenl de l'Espagne. Ses trais forts volumes ne parurent qu'en 1718, mais il nous apprend lui-même qu' « ils étaient en état «le voir le jour en 1710 ». Ily étudiait dans le plus grand détail la géographie de l'Espagne, la maison du roi, charges du palais, étiquette de la cour, l'histoire des familles nobles, faisait un tableau exact de l'organisation politique et administrative. Lesage a pu et dû y puiser bien des renseignements pour la dernière partie de Gil Blas. Llorente demande comment un Français eût pu connaître tant de noms de familles nobles réellement existantes, et il conclut que Lesage a copié Gil Blas en Espagne. Mais Lesage n'avait pour se renseigner qu'à ouvrir Vayrac, il lui était facile de trouver des noms dans un livre récent. Victor Hugo y a bien puisé plus tard pour peupler le palais où Ruy Blas devient ministre *.
En même temps, un autre abbé, Vertot, achevait sa grande Histoire des Révolutions de Portugal (1711). Puis c'est Vayrac encore donnant en 1713 ses deux grammaires, l'une espagnole en français, l'autre française en espagnol. Puis c'est, en 1717, \Histoi?'e puhlique et secrète de la cour de Madrid depuis V avènement de Philippe V à la couronne. Aussitôt après, M. de la Torre publie, en 1 720, les Mémoires et Négociations secrètes de Ferdinand Bonaventure^ comte d'Arrach, ambassadeur à la cour de Madrid depuis 1695 jusqu au premier traité de partage.
Vayrac, cependant, n'est pas oisif. En 1724. il donne au public, d'abord une Relation des obsèques du roi D. Luis,