‹ Lasage, remancier, d'après de nouveaux documentsChapitre 47 sur 99 · Notice · texte numérisé non relu

Notice

Vers 1749, les frères Parfaict reconnaissaient dans leur Histoire du théâtre français (1734-1739, t. XV) que Lesage avait beaucoup d'esprit et de goût, mais peu d'invention. Ce défaut, assez considérable pour un auteur, « était en quelque façon compensé par l'art qu'il avait d'arranger au mieux les idées des autres et de se les rendre propres ». Ils citaient à l'appui, au même titre que le Diable boiteux, Gil Blas de Santillane, mais sans rien approfondir. C'est l'opinion aussi du célèbre géographe Bruzen (le la Marlinière. Ayant constaté que Lesage doit le Diable boiteux à l'Espagne, il ajoute : « C'est sa manière d'embellir extrêmement tout ce qu'il emprunte aux Espagnols. C'est ainsi qu'il en a usé envers Gil Blas, dont il a fait un chef-d'œuvre inimitable. » [Le Nouveau Portefeuille historique, jioétique et littéraire de Bruzen, éd. 1737, dans les Passe-temps politiques, historiques et critiques, t. II, in-12, p. 339.) C'est aussi ce que pense, en 1771, Chaudon dans son Dictionnaire historique, lorsqu'il écrit : « Lesage apprit ensuite l'espagnol et goûta beaucoup les auteurs de cette langue, dont il a donné des traductions ou plutôt des imitations qui ont eu beaucoup de succès ». Mais tous ces griefs n'ont rien d'agressif ni de précis. La première accusation grave n'allait pas tarder à se produire.

En 1775, Voltaire, dans l'édition de ses œuvres connue sous le nom d'édition encadrée, modifiait légèremont un paragraphe de son Siècle de Louis XIV. Il avait, dans les éditions précédentes, simplement dit, au catalogue des écrivains : « Sage (Le), né en 1667, mort en 1747. Son roman de Gil Blas est demeuré, parce qu'il y a du naturel. » Il ajoute celle petite phrase perfide : « Il

ost entièrement pris du roman espagnol intitulé la Vidad de h Escudiero dom Marcos de Obregon. » C'était, d'un trait, biffer toute l'originalité de l'œuvre : mais ce n'était qu'un trait de mauvaise humeur et Lesage n'a pas eu à en souffrir. D'où vient cette mauvaise humeur? Ce n'est pas ici le lieu de le chercher. Voltaire en a-t-il voulu à Lesage d'avoir fait faire à ïhiriot, dans le Temjàe de Mémoire, un mauvais calembour : je prends mon vol terre à terre (plaisanterie qui a sans doute disparu à l'impression, car elle n'est pas dans la pièce en question (éd. Paris, 1728); ou s'est-il reconnu à tort ou à raison dans Gabriel Triaquero? peu importe. Le fait est que ces deux hommes, Lesage et Voltaire, ne s'aimaient pas *.

L'édition de 1783 {Lesage, Œuv. choisies) signale une sorte de préface historique au Bachelier de Salamanque où il est dit : « M. de Voltaire affectait peu d'estime pour Lesage. » On s'en douterait au ton dédaigneux qu'il prend pour parler de lui : « Le Turcaret de notre Lesage n'approche pas de Trimalcion. Ce sont l'un et l'autre deux financiers ridicules, mais l'un est un impertinent de la capitale du monde, et l'autre n'est qu'un impertinent de Paris'. »

Lesage maltraitait la Henriade sur les tréteaux de la Foire. Voltaire a voulu de parti pris maltraiter Lesage à son tour. Je dis : de parti pris, car il est bien évident qu'il affirme ta la légère et sans y être allé voir. Voltaire

!. Lesage lui réserve encore un autre genre de raillerie à la fin de la seconde séance des Parques.

2. VoLTAiBE, lettre aux éditeurs de la Bihliolhèque universp.Ue des romans, 15 août 1775.

a bien pu connaître VObrefjon ; sans qu'il soit utile d'aller chercher, comme le fait 0. Collmann {Archiv. fur das Studium der neuérén Sprachen^ XXV, 46, S. 223), si Voltaire savait ou non l'espagnol, on conçoit qu'il l'ait pu lire dans la traduction de Vital Audiguier, faite sous Louis XIII. Mais il a lu bien vite, et écrit plus vite encore. F. de Neufchàteau nous conte que Voltaire lui avait dit tenir cette opinion de Bruzen de la Martinière. Ou Neufchâteau se trompe, ou on l'a trompé. La Martinière n'a pas formulé, nous venons de le voir, un reproche aussi précis. Il ne dit mot d'Espinel ; il fait, au contraire, un précieux éloge de Lesage.

Il n'y a qu'un moyen de répondre à Voltaire. C'est d'ouvrir le roman d'Espinel : Relations de la vie de Véouyer don Marc d'Obrerjon dédiées à V illustrissime seigneur cardinal-archevêque de Tolède, don Bernard de Sandoval et Roxas frère du duc de Lertne, le modèle de la vertu et le père des pauvres^ par maître Vincent Espinel, chapelain du roi notre seigneur à l'hôpital royal de la ville de Ronda. A Madrid avec privilège, 1618. Que Lesage ait connu et bien connu VObregon, c'est ce dont on ne saurait douter. Il en parle dans l'avant-propos iVEstebanille Gonzalès, où il apparaît (jue, quand il l'imite, il ne craint pas de le dire : « J'ai pris par exemple, du livre intitulé Relacion de la vida de Obregoii, plusieurs aventures que j'ai jugées [tropres à faire honneur au héros dont je donne ici l'histoire. » Il emprunte encore plusieurs traits dans le Bachelier de Salamanque, où don Chérubin de la Ronda [)orte le nom de la patrie d'Espinel, et dans G il Blas même. Mais de reconnaître qu'il a pris quelques épisodes

:206 ORIGINES DU ROMAN l)K LKSAGE.

de VObref/071^ à prétendre qu'il l'a intégralemenl traduit, il y a quelque distance. Oui, le prologue; oui, l'astuce et les fourberies de Camille et de Rafaël; oui, toute l'histoire de Rafaël; la caverne des voleurs, l'histoire du garçon barbier et quelques traits isolés comme l'aumune forcée au mendiant à l'escopette ou le dîner au flatteur, ressemblent bien à des épisodes similaires de VOfjregon. Mais y a-t-il là de quoi remplir les quatre volumes de Lesag^e? C'est là tout, ou à peu près. Nulle part Gil Blas n'est précipité dans le puits d'où Obregon met le feu à la maison pour se faire retirer dans un seau ; Gil Blas ne s'endort pas comme Obregon sous un arbre auquel est attaché un pendu qui laisse dégoutter des vers et de la pourriture {ReL, I, x). Gil Blas ne gagne nulle part la gale pour se faire soigner par le docteur Médina : la gale joue un rôle prépondérant dans YObregon {II., I, xi). Gil Blas n'a nulle part à lutter contre un serpent qui effraye sa mule {lî., I, xv). Nulle part il ne s'échappe de prison en jetant au nez d'un geôlier une poudre soporifique et dorée. Nulle part il n'est abandonné sur la côte déserte d'oii Obregon s'échappe en s'embarquant dans un tonneau qui le conduit à un bâtiment marseillais {R., III, x). Personne dans Gil Blas ne part pour le détroit de Magellan comme le Jocteur Sangrado [R,, III, xix), qui aborde dans une île de géants, où il renouvelle en partie l'épisode d'Ulysse et de Polyphème : il fait sauter l'idole des géants, qui sont écrasés par sa chute (XXI). Nulle part ne souffle cet ouragan à la suite duquel le Mançanarès fut quasi vidé, et depuis lequel il n'est plus qu'un ruisseau à sec.

Et que d'épisodes encore laissés intacts par Lesage : la dissertation sur les duels [R., I, 1); les anecdotes qu'Espinel a reprises de la vie d'Ésope par Planude {R., 1, 16, 19) ; la générosité de l'amazone (24), le combat du chat et de la couleuvre (/?., II, 4), les extravagances du prisonnier à grandes moustaches {R., III, 12), etc. (Cf. ReL, I, 5, 12, 16,22; /?., 111,6, 7.)

Il serait bien superflu d'étendre davantage cette réfutation trop facile. L'argument de Voltaire était mauvais; on aurait pu s'en douter à l'abandon où l'ont laissé tomber les partisans ultérieurs d'un Gil Blas espagnol. La Bibliothèque universelle des romans assigne comme modèle à Gil Blas le roman de Guzman d'Alfarache *, sans rien préciser autrement, et en écartant toute accusation malveillante : « Ceux qui ont beaucoup lu de romans retrouvent dans ces histoires beaucoup de situations qu'ils ont déjà vues ailleurs, mais Lesage en a tiré un si bon parti qu'on n'oserait ni ne pourrait sans injustice reprocher le }dagiat. » Laharpe le pense aussi. 11 confesse que Lesage doit quelque chose à l'Espagne ; mais il ajoute : « S'il se servit en homme d'esprit de cette littérature étrangère, il eut assez de talent pour que chez lui l'écrivain original l'emportAt de beaucoup sur l'imitateur ingénieux » ; et plus loin : « Gil Blas lui appartient en propre. »

Le Dictionnaire Moreri le désigne comme « un autheur (jui s'est fait beaucoup de réputation par plusieurs romans ingénieux qu'il a tirés et imités des meilleurs

1. Juillet me, 11, 87 et encore p. 94. • Combien Gil Blas est supérieur â (juzman (VAtfcuache, son modèle. »

authcurs espagnols. » Comment tiré? comnicnl imité? Il passe outre.

En 1783, l'auteur de la Notice qui précède les Œuvres choisies de Lesage s'inquiète des emprunts faits par Lesage aux Espagnols dans ses divers romans : il ne soulève, ni n'aborde, ni ne soupçonne la question quand il parle de Gil lilas.

Mais nous voici en 1787. Laissons la parole à don Joachim-Frédéric Issalps, de son vrai nom le P. Isla, l'auteur de la traduction des Aventures de Gil Blas de Santillane, volées à VEspayne, appropriées à la France par M. Lesage et restituées à leur langue et à leur patrie naturelles far un Espagnol jaloux^ qui ne souffre pas que Von se moque de sa nation. A vrai dire, on hésite encore si le P. Isla, que Audiffret et Patin affirment avoir été un homme de goût, est bien l'auteur de ce titre étrange, comme aussi de la préface non moins étonnante qui suit.

Cette préface a paru six ans après la mort de son auteur, survenue en 1781 '. Il serait piquant si, au total, la fameuse Question de Gil Blas était simplement le fait de l'imagination d'un libraire aux abois.

Voyons les principaux arguments, quel qu'en soit l'auteur, de la Conversation préliminaire ou Prologue dédié à ceux qui voudraient me lire. Quant à ceux qui ne le liront pas, il « n'en donne pas un zeste » ; il prend vis-à-vis d'eux l'attitude « du mâtin qui, quand certains roquets jappent après lui, lève la patte, les compisse, et

1. Ad. de Castro indique, il est vrai, la date de 1783 pour la publication du livre.

poursuit son chemin ». En ce cas, que Dieu nous garde (le ne pas le lire !

Enjambons le fatras qui encombre l'entrée de son proloirue, les dissertations sur la nécessité, pour un livre, d'être lu, sur la certitude plus ou moins « métaphysique >» avec laquelle on peut attribuer Gil Blas à Lesage, et arrivons au fait.

« Non, dit le père Isla,6r<7^/asn'estpasdeLesage)),etil donne de son assertion jusqu'à quatre preuves : « 1° Des Français eux-mêmes, une collectivité de savants français, dans le Dictionnaire historique et portatif, l'ont admis »; et il cite à l'appui, en le dénaturant pour les besoins de sa cause, un article dudit Dictionnaire, où il est dit que « cet auteur avait peu d'invention, mais il avait de l'esprit, du fi:oût, l'art d'embellir les idées des autres et de .se les rendre propres ». Voilà-t-il pas qui prouve à l'évidence que Lesaj^e est une « corneille française », parée des plumes d'autrui et qu'il faut bien vite « rendre Gil Blas en son poil et plume orig-inaires »? — A quoi nous répondons comme on a déjà fait : Le Dictionnaire historique et portatif n'est pas l'œuvre d'une collectivité d'écrivains français, mais bien d'un personnage unique, de Chaudon, qui a pu se tromper, et écrivait sous l'influence du ju^'-oment do Voltaire; de plus et surtout, Chaudon ne dit pas que Gil Blas soit copié, ni d'oîi il le serait.

« 2" Lesage a été en Espagne. C'est de ce voyage qu'iS a rapporté le Gil Blas espagnol. » — Erreur. Lesage n'a jamais été en Espagne, et avant de le dire, il eût fallu Je prouver. Les critiques espagnols ultérieurs sont d'accord sur ce point, que Lesage n'a jamais passé les Pyrénées.

âlO ORIGINES DU ROMAN DE LESAGE-

« 3" C'est donc en Espaj.'^ne, continue Isla, que Lesage se lia avec un certain A1)o<.M(1o Constanlini (dont on ne sait trop si Abogado est le prénom, ou désigne simplement sa profession d'avocat). Abogado lui confia la copie de deux manuscrits subversifs, dirigés contre le gouvernement de Philippe III et de Philippe IV, le Songe politique et une nouvelle, Gil Blas, contre les ministères de Lerme et d'Olivarès. Comme il y avait quelque danger à les publier en Espagne, Abogado pria Lesage de les publier à Paris. » — Ceci est fort bien, mais au lieu de nous l'assurer, même sous serment, et au lieu d'aller traduire le Gil lilas de Lesage', combien il eût été plus simple de publier le manuscrit d'Abogado, s'il est effectivement déposé à la bibliothèque de l'Escurial. Or depuis il n'a plus été question d'Abogado et de son manuscrit ; on ne l'a donc pas trouvé, car il est bien improbable qu'on ne Tait pas cherché, tandis que la (|uerelle s'exaspérait, loin de s'éteindre.

« 4° Il est bien évident, poursuit le révérend jésuite, que Gil Blas a été écrit sous les règnes de Philippe III et de Philippe IV ; les événements même les plus secrets de la Cour sont connus avec une exactitude qui ne permet aucun doute à cet égard. » — Mais non, ce n'est pas évident : si ces événements secrets, on a pu les connaître sous les règnes des rois et des ministres intéressés, cette connaissance a été autrement facile, lorsque le danger de les divulguer eut disparu avec les personnages eux-mêmes.

1. Il n'est pas prouvé que la traduction du père Isla soit faite sur la traduction italienne de Gil Blas par Monti. La première est en efTcL heaucoup plus complète que la seconde.

Lo P. Isla prétend que Lesage les a appris en Espagne dans une nouvelle qui courait manuscrite depuis le début du xvn" siècle : pourquoi veut-il que Lesage les ait appris là et non ailleurs, quand nous savons qu'ils se trouvent ailleurs? Ainsi, pour le ministère d'Olivarès, Lesage n'avait qu'à consulter, et il a effectivement consulté* la Relation de ce qui s'est passé en Espagne à la disgrâce du eomle-duc d'Olivarès (Amsterdam, 1660}.

Lesage a su son histoire, voilà tout.

Enfin, pour terminer et se donner des airs d'impartialité, le P. Isla s'arrête à une difficulté : « Jamais un Espagnol, pour faire passer son héros de Madrid à Ségovic, n'eût commis l'erreur topographique de le mener d'abord à Alcala de Hénarès, comme fait Lesage pour Gil Blas. »

Le père Isla ayant posé la question, se devait à luimême d'y répondre, et il répond : « C'est une erreur volontaire de Lesage, pour détourner les soupçons : tel Cacus volant les bœufs d'Hercule, »

A merveille : mais les erreurs de ce genre, et les orreurs chronologiques, et les erreurs d'orthographe, et bien d'autres fourmillent dans le Gil Blas; quelle apparence y a-t-il que l'auteur se soit livré au fastidieux travail d'écorchcr volontairement les noms et de brouiller sciemment ses itinéraires, quan<l ces fautes s'expliquent naturellement par l'ignorance ou l'insouciance? Les Esjiagnols eux-mêmes, avec Llorente, conviennent que toutes ces fautes sont involontaires.

Que reste-t-il donc de l'argumentation du P. Isla?

J. Voy. p. 251.

Rion. C'était bien la peine do partir en jfucrre avec des allures de don Quichotte pour ne soutTrir pas que l'on se moquât de sa nation et pour injurier « ce Français qui vient avec ses mains lavées ou à laver » voler les Espagnols chez eux.

Je ne note plus qu'un dernier trait. Le fameux Prologue dédicaloirc se termine par un éloge d'autant plus enthousiaste que le P. Isla en fait rejaillir toute la gloire sur l'Espagne : le comique est qu'elle rejaillit sur nous. Quand Isla, croyant exalter son pays, nous présente Gil lilas comme « un ouvrage plein de pointures très vives, de réflexions non moins })leines de jugoniont, très judicieux et très instructif, avec des narrations coulantes, nettes, faciles, enjouées, jamais bouffonnes, des mœurs j)ointes avec une vivacité et une justesse (jui donnent lieu à des réflexions solides, conformes à l'honnêteté naturelle et à la morale évangélique » ; en un mot, quand il déclare que le livre « mérite les éloges des critiques de bon nez », il fait sans le savoir le panégyrique de Lesage, et nous l'en remercions pour lui.

L'année suivante, en 1788, le bruit n'est pas apaisé: Lesage fait encore parler do lui. LIorente cite pour cette année-là un écrit publié à Madrid, dont il ne donne ni le nom ni l'auteur, qu'Audiffret cite depuis LIorente, que Veckenstedt cite d'après Audiffret (p. 12), que Brunetière cite d'après Veckenstedt et que nous citons nous-même, sans que personne autre que LIorente l'ait vu, ni lu. mais qui présente ce très curieux jugement : « Gif Blas est composé de fragments, de nouvelles, de contes espagnols et de comédies castillanes

mises en récits. » Nous prenons acte «le cette déclaration ; nous y reviendrons. Nous voilà loin de l'affirmalion catégorique de Voltaire : nous la retrouvons en 1793 avec don Jacinto José de Cabrera y Rivas, un fanatique admirateur d'Espinel, qui jette à la face de Lesage ses emprunts à ïObretjon, durant une correspondance de vingt-six années avec <lon José Lopez de la Torre Ayllon y Gailo : travail de collation qui est repris en 1804 dans la nouvelle édition du Marcos de Obregon, où Ton notait les passages imités dans Gil Blas, tandis que Desessart, en 1801. ig-norant de tous ces travaux espagnols, louait consciencieusement et sans aucune arrière-pensée l'originalité neuve de notre romancier : ce dernier eût été mal défendu s'il n'eût eu que cet article des Siècles littéraires : il allait bientôt trouver mieux. Le père de Ruy Jilas allait défendre le père de Gil Blas.

Nous sonmies en 1819, en plein romantisme. L'Espagne est à la mode, les brunes filles andalouses, en mantilles de dentelles, les chevaux alezans, les sérénades sous le balcon, Pénafiel, le mont Falou, Gastibelza et dona Sabina, tambourins et guitares, tout le bric-à-brac castillan étale ses voyantes couleurs. Puisqu'on s'intéresse à l'Espagne, on s'intéresse à Gil filas, on en ]>arle souvent, et quelquefois très longuement.

De 1819 à 1837, il n'y a pas en France moins de huit travaux, «l'étendue inégale, sur la question, auxquels on peut on ajouter sept dans les autres |>ays, en Espagne, en Anglolorre, en Allemagne, ce qui donne un total de quinze campagnes en dix-huit années. Nous n'avons que

214 • ORIGINES DU IlOMAN DE LESAGE-

faire (le les passer toutes en revue, et nous n'en retiendrons que les plus intéressantes, qui ont apporté une réfutation nouvelle , ou un argument nouveau : ainsi les travaux du comte François de Neufchàteau, d'Audiffret, de Llorente, de Tieck, qui nous fait passer ;i la seconde phase de la querello.

Du travail du conilo François do Neucliâtoaii, lu on 1818 à l'Académie \ [)ublié en 4819, repris en 1822, lu à l'Académie le 8 janvier et imprimé le 12 dans la 40'' livraison de Y Album *, ce qu'il y a peut-être de plus inléressant à dire, c'est qu'il n'est pas du comte de Neufchàteau; il est de V. Hug-o. Cette opinion a été mise en doute; il faut pourtant bien se rendre à révi<ienc(' et à la pluralité des témoignag-es , quelque peu (h' gloire qu'y doive gagner la mémoire de notre poète. Sans doute le travail n'a pas une grande valeur ; le style ne fait nullement pressentir les Orientales; ce n'est pas un riche cadeau qu'on fait à Hugo; mais il ne s'agit pas de cadeau à faire, si l'on réfléchit que le Hugo de 1819. qui écrivait les feuilletons dramatiques au Conservateur ", le poète des Odes et Ballades, était encore très classique.

Qu'il ait écrit (p. v) : « la source do ces fictions sort «lu puits do la vérité par une route détournée >>, on peut contester le bonheur de l'image, mais il faut la lui restituer. Mon parent, Jules Claretie, tient de Victor Hugo lui-même

1. Examen de savoir si Lesage est auteur de Gil Blas ou s'il l'a pris de l'espagnol.

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