Examen d'un nouveau système sur l'auteur de Gil Blas
3. Cf. SouRiAU, Victor Hugo au Conservateur (Annales de la Facullé «le Caen, 1888).
que le comte de Neiifchâteau ne savait pas l'espag-nol et n'est pas l'auteur de ce mémoire \
Le travail est très méthodique.
Il reprend peut-être les choses d'un peu haut, quand on nous fait d'abord une dissertation sur les romans en général (v-ix).
Nous étudions alors Gif Blas et les allusions qu'il renferme. L'auteur apprécie le jugement de Voltaire; il le réfute par l'examen de YOli^egon. Il examine ensuite le système du P. Isla, et le mémoire se termine par l'indication de quelques traductions ou imitations du Gil Blas de Lesage.
C'est une étude un peu rapide et superficielle. On se contente de nous mettre les textes sous les yeux; on nous laisse le soin de comparer avec Gil Blas, et d'apprécier la nature des emprunts.
Et cependant il y a d'excellentes choses; d'abord ces textes reproduits : le Portefeuille historique de Bruzen de la Martinière; une analyse qu'on eût voulu moins sommaire des trois relations de l'écuyer Marc d'Obregon; la reproduction du fameux prologue dédicatoire du P. Isla.
Ce sont là des citations qui, si elles ne font pas le plus grand honneur aux qualités critiques de l'auteur, rendent au moins de grands services à qui étudie la question.
Enfin un avantage plus particulier et non moins précieux, c'est le soin qu'a pris le comte de Neufchâteau,
1. M. Paul Meurice l'a fait (l<5tachcr d'un volume de Gil Blas, et relier avec les œuvres compU'los du Maître. — Cf. V. Hugo raconté par un témoin de sa vie et V. lluyo avant 1830, par Bibé, qui nie le fait.
non pas tant dans la préface qu'au cours de l'édition, de rappeler ses souvenirs, et d'essayer de reconstituer les clés de Gil Jilas. Il courait des clés manuscrites au xvni" siècle. M. de Tressan, à Boulog-ne, avait entendu Lesagc s'expliquer franchement sur les orijrinaux réels des portraits dont OU Jilas est une riche «i^alerie : mais il avait né{j;^lig^é de mettre par écrit ces révélations.
Le comte de Neufchâteau, et c'est la partie la plus neuve et la plus intéressante de son travail, a essayé de reconstituer aussi complète que possible la liste de ces elés *.
C'est ce qui fait le mérite incontestable de son édition. Son travail est resté jusqu'à présent unique. Il le présentait sous la forme d'un argument qui a sa force :
Lesage ne peut avoir emprunté à un auteur espagnol du xvn" siècle le tableau de la société française au xvm" siècle. Nous examinerons plus bas cette intéressante question.
Nous ne nous arrêterons pas aux visions fantasques qu'eut au même moment, en 1819, l'auteur de Tareas de un Solitnrw, lorsque s'étant endormi dans la Bibliothèque de l'Escurial, il vit défiler les auteurs français qui avaient acquis leur gloire en jiillant les auteurs espagnols : en tête de la colonne marche Lesage, qui fait un gracieux discours à Vincent Espinel. En même temps il revêt un costume espagnol, dont il a dérobé toutes les pièces.
1. M. Dnijeon, dans ses Livres à clés, exprime le vœu de voir reparaître l'exemplaire de Gil Blas sur lequel le comte de Neufchâteau avait noté les clés au crayon. Vœu bien superflu. Le comte de NeufcliAteau les a publiées toutes lui-même dans son édition de Gil Blas, Paris, Lfifèvr-c, 1820 (cf. p. lxi, note).
Laissons dormir l'auteur, de peur qu'il ne nous endorme. Glissons d'un pas discret et sans y entrer devant la grande liiofiraphie Michaiid, oii M. Bocous a pris la parole vers 1820 pour venger le P. Isla des attaques du comte de Neufchàteau, et nous affirmer une fois.de plus que le mystérieux manuscrit, dont Lesage a traduit une copie, existe bien à la Bibliotlièque de l'Escurial. Que ne l'éditiez-vous!
Réfugions-nous auprès du plus érudit biographe de Lesage,M. Audifîret. Dans sa notice sur Lesage ^Audiffret a traité à son tour la (/uestio7i de G il Bhis (p. 47-72). Dans une revision historique des systèmes antérieurs, il les brise à mesure qu'ils tombent sous sa plume, réservant surtout ses soins et ses foudres pour Llorente, qu'il ilémolit pièce à pièce.
Cette dernière discussion, article par article, constitue tout le fond du chapitre qu'il a consacré au problème. C'est une dissertation négative, mais d'une grande utilité \
Cette fois, Lesage était décidément à la mode. Il ne hii manquait plus que la consécration d'un concours académique : il l'eut sans plus tarder. UÉIofje de Lesaye était proposé aux concurrents en 1822, et le sujet choisi nous valait plusieurs excellents mémoires, de M. Patin, le lauréat, de Malitourne, de Saint-Marc Girardin.
L'Espagne n'entendit pas sans frémir faire tant de bruit