‹ Lasage, remancier, d'après de nouveaux documentsChapitre 55 sur 99 · G. B., VJl, VIII · texte numérisé non relu

G. B., VJl, VIII

et ontortill<^cs fommc : « Il se mit promptemcnt en (lofonsp et se battit en homme qui savait mieux faire «les armes que moi, )jul n'avais reçu que quelques leçons d'escrime à Cordoue » ; ou : « J'avais sujet d'être content (lo ma place, qui, me donnant sans cesse occasion d'être avec le comte-duc, me mettait à portée de voir le fond de son âme, que, tout dissimulé qu'il était naturellement, il cessa de me cacher lorsqu'il ne douta plus de la sincérité de mon attachement pour lui »: ou : « Quoiqu'ils n'aient point d'autres armes qu'une petite lance, ils ont la hardiesse d'affronter un taureau sauvajre en furie ou de joindre dans les rivières des crocodiles qu'ils ne quittent point qu'ils ne les aient tués ». La phrase de Lesage est au contraire leste, alerte, généralement courte; c'est déjà le style du xvm* siècle, la phrase de Voltaire.

Non que Lesa^'-e appartienne déjà tout entier au siècle de Voltaire. C'est, dans toute la force du terme, un écrivain de transition. Il tend une main à Molière et l'autre à Beaumarchais. Par certains côtés, il appartient encore au siècle de Louis XIV. dont il a beaucoup lu et pratiqué les chefs-d'œuvre '. Il y paraît à nombre de réminiscences classiques. Don Alfonse apportant à la belle Séraphine son épée et sa tête, agit et parle comme a déjà fait son compatriote Rodrigue: quand Gil Blas par(b»Mne à un ca|»ilaiiie très mutib' (( de vanter la iiioilié (jni hii r(\slait

1. « Du xvii' sii'cle il a consiM'vé la belle lan;,'uc ainiiU-, facile t'I abondante, le Koùl (les conversations, l'amoiir du naturel et du vrai, mais en se dis[)ensant de l'éliciuetle de la |x»nipe et <le la solennité. • Cf. Lkment, la Comédie au xvm' siècle. J, p. 125. — • Lesage est le dernier, sinon de nos elassiipies, au moins de ceux en qui subsistent encore les idées et les tra<lilions du siècle précédent. • (F. Ukunetière, Cours de liiii-riiiini'. École normale supérieure, 1886.)

(le lui-même pour se dédommager de la perte de l'autre », il semble qu'il vienne de relire le Cid :

La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau.

Estebanille Gonzalès « sent d'étranges combats »; la belle Aurore a les jalousies et le style de Roxane : « il souhaitera peut-être de la voir, et c'est où je l'attends ». Rafaël, charg-é par le grand-duc de Toscane de porter ses messages d'amour à la jolie Lucrèce, « oubliant qu'il ne devait faire que le personnage d'ambassadeur », et parlant pour son compte, se trouve jouer le rôle d'Atalide-

C'est surtout à Molière qu'on songe en lisant Lesage. On rapprochait déjà leurs noms au siècle dernier.

Palissot disait de Gil IJIas : « Molière lui-môme, s'il eût fait un roman, n'en eût pas fait un plus vrai '. »

Il en procède, il en a l'observation pénétrante, le don comique; son souvenir le hante, et chacune de ces réminiscences est comme un hommage à son maître. Vadius et Trissotin recommencent à se battre et à se prendre aux cheveux, tantôt, en chemise, dans la mansarde dont le Diable boiteux a enlevé le toit, tantôt dans les cabarets bruyants où fréquente Gil Blas; le chevalier de Turcaret a le ton radouci, la face minaudière, comme le franc scélérat de Molière; ïurcaret lui-même entrant furieux chez la Baronne pour lui faire une scène de jalousie, puis passant, au gré de sa belle, par les phases successives de l'apaisement, des supplications et des excuses, joue un rôle dans lequel nous avions vu exceller Alceste aux pieds de Célimène ; quant à l'huissier Furet,

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