Mémoires, V
celui qui apporte à la Baronne l'exploit d'Éloi-Jerôme Poussif, marchand de chevaux, cet honnête huissier à verge (jui « exerce son petit ministère d'une façon si obligeante que toutes les personnes de qualité se font un plaisir de recevoir un exploit de sa main », il lui serait bien impossible de renier sa parenté avec M. Loyal, de Tartufe. Quand Laure, dans Gil Blas, se met à regarder son futur époux avec des yeux plus favorables depuis qu'elle le sait riche (VII, vu), ne dirait-on pas qu'elle a lu la traduction des vers de Lucrèce par Molière : « Mon Biscayen devint peu à peu un autre homme à mes yeux, son grand corps sec prit la forme d'une taille fine; son teint pâle me parut d'un beau blanc ; je donnai un nom favorable jusqu'à son air hypocrite. «Ces valets, Mogicon, Gil Blas et consorts, qui font leurs conquêtes sous les habits et le nom de leurs maîtres ', ne sont-ils pas bien proches cousins de Mascarille et de Jodelet?
Ce « maître à danser » qui « fait faire un faux pas » à une de ses écolièrcs ', a dû prendre dos leçons chez le Maître à danser du Bourgeois (jentilhomme : il parle son langage.
Comme pour remercier Molière de ce qu'il lui devait, Lesage lui rendit cet éclatant hommage dans une des lettres de la Valise :
« 0 malheureux auteurs comiques! vous qui, nourris de la lecture des Plante et des Térence, vous flattez de faire revivre ces grands mjiîtres en les imitant, vous êtes dans l'erreur. C'est vainement ([ue Molière, leur discij)le
i. G. /}.,1II, V. • 2, DiaL hoit., VII.
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et leur rival, vous offre ses leçons : vous ne réussirez poinl. »
Si Lesage a les yeux lixés sur Molière, il ne tourne cependant pas le dos au siècle qu'il inaufrure : il l'annonce, au contraire. Une parenté, une liliation aussi étroite ([ue la première le rattache à Beaumarchais, par exem|)le *. Fig^aro avait un de ses ancêtres auprès de Gil Blas, le [)elit harhier «l'Olmedo, qui va chantant à tuetête, la guitare en sautoir : « je rasais toute la journée et, le soir, pour donner (juelque récréation à mon esprit, j'apprenais à jouer de la guitare ». Est-ce Figaro qui parle, ou le harhier de Gil Jilas? « C'est le hai'hier de Lesage, et je trouve encore à ses côtés un personnage (jui me rappelle, sans lui ressemhler cependant, <h)n Basile : « J'avais pour maître de cet instrument un vieux « senor escudero à qui je faisais la btwhe. 11 me montrait « aussi la musique qu'il savait parfaitement. » En vérité, nous sommes en pays de connaissances et m'est avis que le harhier d'Olmedo a appris, comme il dirait, à racler le boznn au barhicr de Séville. Invinciblement, lorsque je le rencontre en lisant Gil Blas, je songe à Figaro. Ils sont l'un et l'autre des Espagnols si Français ! On dirait que ces batteurs de grands chemins portent l'un et l'autre sur h'ur feuille de route la même destination : De la Casfille à in lia fit il le *. »
Et ce n'est pas tout.
« Mais la langue, la langue même de Beauniarchais, cette langue alerte, mordante, acérée, vive comme un