‹ Lasage, remancier, d'après de nouveaux documentsChapitre 58 sur 99 · JuLBS Claretib, Étude inédile sur Beaumarchais · texte numérisé non relu

JuLBS Claretib, Étude inédile sur Beaumarchais

ù l'usage; et comme aujourd'liui tout se donne, j'ai repris mon intégrité. » {Gil Jilas, XI, xni.)

Une de ses négligences les plus familières, et qui marque de la rapidité de plume, consiste dans des répétitions qu'on s'étonne qu'il ait laissées après une seconde lecture, comme : « mais on vous observera (jue ce sont des formalités qui s'observent », ou : « divertir publiquement le public »; ou : « je regardais ces infortunés avec une compassion que je me gardais de laisser paraître », ou : « elle finit enfin sa narration ». Cette dernière négligence, où il serait un peu subtil de cbercber un effet voulu, avait un précédent, sinon une excuse, dans le vers de Boileau :

Et pour finir enfin par un trait de satire.

H n'est ni scrupuleux ni gêné quand il s'agit du choix des mots. Il faut que la pensée s'exprime, à tout prix et par tous moyens. « Qui a dans l'esprit une vifve imagination et claire, disait Montaigne, il la produira, soit en bergamasque, soit par mines, s'il est muet. » Lesagc n'a pas recours au bergamasque, mais il ne dédaigne pas les expressions toutes faites, proverbiales ou même populaires, qui «lisent ce qu'il a à dire sans qu'il ait à les inventer. Il y a toujours un peu de paresse d'esprit dans le fait des gens qui acceptent de la sagesse des nations, des proverbes, ou des locutions populaires, l'expression toute faite de leurs idées. C'est reculer devant le travail de chercher les mots. Le peuple, les gens de la campagne , abusent des proverbes et des dictons : c'est une fatigue pour eux de prendre dans leur vocabulaire

souvent très pauvre. Ils économisent leurs mots en allant puiser au grand vocabulaire banal, tout comme ils vont «\ la fontaine publique pour ne pas vider leur citerne. Que Molière le savait bien! Ecoutez parler ses valets, soubrettes ou paysans :

Hélas ! l'aa dit bien vrai :

Qui veut noyer son chien, l'accuse de la rage '.

Dans les romans de Lesage, la petite bohémienne de la route de Cuença a, comme on dit, « plusieurs cordes à son arc », tout ainsi que Navarro, qui, lui, « avait trois cordes à son arc ». Gil Blas se voyant à la Cour en passe de faire fortune, « enfin, dit-il, me voici sous la gouttière, une pluie d'or va tomber sur moi ». Il n'y a plus rien à envier au neveu de Melchior qui, chez don Balthazar de Zuniga, « faisait ses orges à merveille ». Chez Arsénié, il a la douce espérance « d'y avoir bientôt bouche à cour ». Une première visite chez le comte d'Olivarès n'a pas été fructueuse : « Ne vous désespérez pas, tenez ici pied à boule », dit à Gil Blas Navarro dans une métaphore «[ui sent son habitué des jeux de quilles : le joueur marque avec son pied l'endroit oii sa boule s'est arrêtée *. Après le jeu de quilles, le jeu d'échecs. Quand sur le théàlre de l'archevêque de Séville, les Maures vinrent pour se précipiter sur le roi de Léon, lequel venait de s'enfuir avec ses habits royaux, ils ne trouvèrent « ni roi ni roc ». Le Roc est la pièce que nous

i. Femmes srav., Il, v.

2. Dicl. Trévoux. — Cf. du Ceuceau, Incommod. de la grandeur, I, 3 :

Je tenais pied à boule el le gardais à vue.

appelons la Tour. Quand le duc de Lerme raille Gil Blas, il lui fait « des coni[)limens à mi-sucre ».

La familiarité de ces locutions gagne parfois le reste de la phrase, et parfois aussi entraîne Lesage jusqu'à la trivialité. Gil Blas demanda à une vieille entremetteuse de le mettre en rapport avec certaine dame : « Faufileznous ensemble, ma bonne », lui dit-il. Mais c'est un valet é]ui parle, et les circonstances autorisent quelque bassesse. Qu'il dise donc encore : « Nous verrons si un jeune seigneur tel que moi peut rater une conquête. » D'ailleurs Lesage affectionne ce mot qu'il emploie souvent.

Mais quand Scipion répond au jeune Vélasquez qui le presse de questions : « vous me serrez furieusement le bouton » ; quand il ajoute : « quelques coups de pied au cul ne gâteront rien » ; quand il est reçu à la cuisine de l'archevêque de Séville « parmi les fouille-au-pot »; quand le faux ermite Rafaël s'écrie : « la mèche est découverte »; quand des convives <( bien conditionnés » s'occupent à « s'empiffrer », à « fesser les vins de monsieur le Comte » et à « dire des gueulées » ; quand Tobie « crève » de rire en racontant un songe « puant », où un bon bourgeois fait dans son lit ce qu'il croyait fjiire dans un pré; quand les Parques s'amusent à faire mourir « un gros cochon d'homme gourmand » ; ou quand Gil Blas, après un clystèrc, « l'opération à peine achevée, rend à l'opérant ce qu'il lui avait donné ' », sans être puriste, il est permis de constater que Lesage manque de distinction.

l. Voy. p. 179.

Par (jiu'l bizarre conirastc cet argot s'cncadre-t-il par «Mulroits (lu style le plus pur, et du plus savant, même? Oiiaiwl ils ne parlent pas comme des portefaix, qu'ils sont presque tous, ils parlent comme des héros d'Homère ou des académiciens. Lesage s'exprime inditTéremment en faubourien de Saint-Jacques du Haut-Pas ou en bachelier tout frais émoulu de l'Université. Quand Gil Blas paraît pour la première fois devant l'archevêque de (jrenade, celui-ci voulant tâter son esprit l'interroge d'abord sur les humanités. Nous sommes à l'avance rassurés sur le succès de cet examen, nous savons Gil Blas capable de le subir brillamment, et il était à peine besoin qu'il ajoutât : « il vit que je connaissais assez les auteurs grecs et latins ». H y paraît dans tout le cours de ses récits, où abondent les citations, les souvenirs de l'anticjuité. les allusions à la mythologie ou à l'histoire. Le docteur Godinez, « qui passait pour le plus habile pédant d'Oviedo » et chez qui Gil Blas avait étudié, n'usur(>ait pas sa réputation, à en juger par l'élève sorti de ses mains.

Mythologie, religions anciennes, légendes de la Grèce primitive, histoire grecque, histoire romaine, histoire du moyen âge même, il sait tout, et il le montre. De ses «'ni retiens, on pourrait à la rigueur extraire une histoire universelle depuis la haute antiquité. La (îour a In vertu flu /leuvf Lélhé pour nous faire oublier nos parents et nos amis (juand ils sont dans une mauvaise situation.

Si Aurorr i^niorait qu(d était le dieu du Silence, elle

aura eu peine à comprendre Gil Blas lui assurant qu'il serait V « Harpocrate des valets confidents ». Investi chez don Malhias des triples fonctions de laquais, de valet de chambre et de secrétaire, le voilà, comme la triple Ih'-rnif^ chargé de faire trois personnag-es.

Son érudition ne laisse pas d'être quelquefois embarrassante et peu commune . C'est nous supposer bien informés sur la déesse des débauches anti(|ues, que nous faire connaître Laure la comédienne en la comparant à la déesse Cotys.

Mais Gil Blas connaît sa mytholog-ie et il nous fait beaucoup d'honneur en égalant notre savoir au sien. Il ne connaît pas moins Homère. Quelque commerce avec les héros de Vlliade et de VOdyssée n'est pas superflu avant de l'écouter; sinon on ne comprend pas pourquoi Laure, qui donne ses amants pour des cousins, « a une famille plus nombreuse que celle du roi Priam »; pourquoi chez la marquise de Chaves, Gil Blas se bat pour une soubrette, Porcie, qui devient une « belle Hélène » ; pourquoi le vieux don Gonzalès Pacheco ressemble à « Nestor à qui toutes les choses présentes donnaient occasion de louer les choses passées » ; pourquoi la distribution des prix chez Thomas de la Fuente « pensa finir aussi mal que le festin des Lapithes » ; pourquoi Sangrado aidé de Gil Blas font autant de veuves et d'orphelins que le siège de Troie; et, si nous passons de Ylliade à VOdyssée, pourquoi Antonia, la femme de Scipion, est une autre Pénélope, ou don Roger de Rada, un Télémaque, qui va rejoindre son Ulysse et sa Pénélope, et dont Gil Blas écoute les aventures « avec cette

avide attention que prêta le prince d'Ithaque au récit de celles du roi son père ». Au tour de V Enéide : c'est le jeune bourgeois d'Astorg-a qui se sauve « comme un autre Enéc sans s'embarrasser de sa femme ». Les Labdacides, maintenant : c'est don Valerio, amoureux de sa mère, (|ui se punit à temps « comme un autre Œdipe, avec cette difîérence que le Thébain s'aveug-la de reg-ret d'avoir consommé le crime, et qu'au contraire le Castillan se perça de douleur de ne pouvoir le commettre. »

Quittons la légende, entrons dans l'histoire. Nous voici à Pythagore, qui nous donne le conseil « de rappeler le soir ce que nous avons fait dans la journée. »

De là nous passons à Isocrate qui « a raison d'appeler l'intempérance et la folie les compagnes inséparables des riches. » -^

Le duc d'Olivarès, banni de la Cour, s'amusait quelquefois à cultiver son jardin. Gil Blas va chercher à Corinthe sa plus gracieuse comparaison : « Monseigneur, je m'imagine voir Denys de Syracuse maître d'école à Corinthe. » S'il scrute le visage de son maître don Bernard de Castil Blazo, que ses allures suspectes font soupçonner d'être un espion du roi de Portugal, il l'envisage « comme Alexandre regarda son médecin ». S'il interpelle la fortune, il lui cite Épictète : « Le stoïcien Épiclète n'a pas tort de te comparer à une fille de condition qui s'abandonne à des valets. »

Les Romains ne sont pas moins que les Grecs mis à contribution. Gil Blas, et sous ce nom il faut lire Lesage, a beaucoup lu les auteurs latins. Dans le chAteau de

•i'H (IIIKJINALITK ni: HOMAN l»K LKSAfiK.

Lirias que lui a donné le comte de Les va, la hihliolhÎMjue ralliro surtout, non pas laiit j»our les romans de chevalerie, qu'il avoue, à sa honte, ne pas haïr, mais surtout pour les livres de morale enjouée, comme Horace. Il connaît à merveille son Horace. Les médecins sont de « grands serviteurs de la déesse Lihitine; comme l'automne dans les « Satires », Lib'dhuie quaestus acerixte. »

Fahrice « fait des vers dignes du roi NumaX comme celui qui dans les « Épîtres » Salinre Numne cannen laudat » ; ^ Lesage ajoute en note, pour ceux qui ne connaîtraient pas les axamenta des prêtres saliens ; « Les vers ohscurs que chantaient les prêtres saliens dans leurs processions avaient été composés par Xuma. » Pourquoi cette notice ici, à propos d'un fait suffisamment connu, et pas ailleurs, à propos de Cotys, de Albunea, Lihitine ou des La[)ithes? Le texte de Lesap:c est par places si érudit qu'il pouvait porter tout un appareil de notes explicatives^,.-^

Voici venir le ventre de Nomentanus, celui que Nasidienus, l'amphitryon du repas ridicule, plaçait à cause de ses connaissances culinaires au haut bout de la table, pour faire remarquer au passage les bons plats, si on n'y prenait pas garde, qui, si quitl forte lateret, imUce monstraret digito. Le cuisinier que Scipion dénicha pour Gil Blas était « comparable peut-être à celui de Nomentanus. de friande mémoire. »

Voici encore Novius, u ce l)an(|uier romain dont la voix s'élevait au-dessus du bruit des charretiers ». De sa race sont ces habitués qui discutent métaphysique au café du Prado.

Est-il besoin de dire que le château de Lirias où Gil

Blas se retire, c'est « la petite maison qu'Horace avait dans le pays des Sabins près de ïibur, qui lui fut donnée par Mécenas », et qu'était en train do retrouver, juché sur son cheval, le brave abbé Capmartin de Chaupy? Quant aux empereurs, ils ont leur tour, et les impératrices aussi. Quand on a lu l'histoire de Cupidon, le singe du comte Galiano, comment refuser « d'ajouter foi au rapport de Suétone lorsqu'il dit que Caligula aimait tant son cheval »? La fille de don Vincent « n'est point une de ces Messalines ». Gil Blas ne tente point de consoler dona Mencia devenue veuve « par des discours dans le goût de Sénèque ». Quand le duc d'Olivarës voulut enrichir l'Etat, « il eut recours à l'invention de l'empereur Galba », et il nous amène ainsi jusqu'aux Anlonins.

X Scipion aussi est fort savant. Il en a le droit. Un jour qu'il s'entretenait avec Gil Blas de la frugalité, il lui cita tout un passage d'Hésiode. « Ce qu'on a dans sa maison, dit Hésiode, ne nuit pas, au lieu que ce qu'on n'y a point peut nuire. Il vaut mieux, ajoute-t-il, posséder chez soi les choses nécessaires que de souhaiter de les avoir. »

Gil Blas lui fait la question que nous allions lui faire : « Comment diable, monsieur Scipion, interrompis-je à mon tour, vous connnaissez les poètes grecs! Eh! où avcz-vous fait connaissance avec Hésiode? — Chez un savant, me répondit-il. J'ai servi quelque temps à Salamanque un pédant qui était un grand commentateur. Il vous faisait en moins de rien un gros volume. Il le composait de passages hébreux, grecs et latins, qu'il lirait des livres de sa bibliothèque et traduisait en castillan.

Comme j'étais son copiste, j'ai retenu je ne sais combien (le sentences aussi remarquables que celle que je viens de citer. »

Voilà qui lui donne le droit de citation, et il en use^, S'arrête-t-il au bord d'une fontaine, elle est aussi pure que « la fontaine sacrée dont le bruit faisait retentir la vaste forêt d'Albunea », Il sait ses auteurs, lui aussi, et il se rappelle la domus Albuneae résonant is d'Horace (Od., I, VII, 42).

Ailleurs, il se réconforte par une pensée de Cicéron : « Jamais un homme d'esprit ne doit se laisser abattre jusqu'à ne plus se souvenir qu'il est homme. »

El Fabrice! C'est un condisciple de Gil Blas, ils ont étudié ensemble sous le docteur Godinez, il sait ses classiques, il recommande sans crainte Gil Blas au comte Galiano, « plus hardi que Platon qui n'osait répondre d'un de ses amis qu'il envoyait à Denis le Tyran ». Il a lu Horace. Il est quelquefois « un petit Aristippe » : nunc in Aristippi furtim praecepta relahor. Quant à lui, il parle comme Alexandre : « Si je n'étais Fabrice, je voudrais être Gil Blas! » et il fait « comme Plante »; son génie s'élevant peu à peu au-dessus de la servitude, il compose des comédies. Son maître Gong-ora n'est pas comme Lucilius, « un fleuve bourbeux qui entraine avec lui beaucoup de limon; c'est le Tage, qui roule des eaux pures sur un sable d'or ». Il n'admet pas que ses vers méritent le reproche d'avoir l'obscurité de ceux que les prêtres saliens chantaient dans leurs processions, et que personne n'entendait.

Que Gil Blas, que Fabrice connaissent leurs auteurs,

mi

ils sont bacheliers; que Scipion cite Hésiode, il nous explique d'où lui est venue son érudition; que l'oncle Thomas décore de centons grecs et latins, les phrases de son discours et les décors de son théâtre, nous savons qu'il a traduit les poètes latins et les auteurs grecs, que c'est un érudit, et que « sans lui, nous ne saurions pas que, dans la ville d'Athènes, les enfants pleuraient quand on leur donnait le fouet. »

Que Sangrado tienne « mille et mille fois plus estimables et plus innocents que les cabarets de nos jours, ces thermopoles des siècles passés, où l'on n'allait pas honteusement prostituer son bien et sa vie en se gorgeaut de vin, mais où l'on s'assemblait pour s'amuser, honnêtement et sans risque, à boire de l'eau chaude », c'est un docteur, il lit dans les vieux livres, rien d'étonnant.

Mais ce qu'il n'eut pas été inutile de nous dire, c'est où le valet de don Fernand a si bien appris à jurer dans l'office « par le Styx »; c'est où Laure, une ancienne soubrette devenue comédienne, « abandonnée par un ingrat », a connu l'histoire d'Ariane à qui elle se compare; c'est quand Rafaèl, un aventurier de grands chemins, a pris le temps de lire Homère quand il raconte : « nous ressemblions, comme aurait dit Homère, à deux milans qui cherchent des yeux, dans la campagne, des oiseaux dont ils puissent faire leur proie » ; c'est encore où il a pu faire connaissance avec les règles dramatiques d'Aristote qu'il ne retrouvait pas au théùtre du bâcha Soliman; c'est quand Morales, le digne compagnon de Rafarl, un autre aigrefin, a lu la « Vie des grands hommes » de Plutaniue.

282 (JIIIGINALITK lir IIOMA.N l»K LKSAdK-

Ils ont tous l'air d'avoir passé par l'Cniversité. Don (iaston de Cog-ollos, apprenant l'intérêt qu'il inspire à Félicia, ne doute pas qu'il ne soit « le Paris de son Hélène », tout comme Pompejo de Castro, sur de l'amour de doua Hortensia, se réjouit d'être enfin devenu l'Adonis de cette nouvelle Vénus, en attendant qu'il jécile à ses amis assemblés, à propos des applaudissements du public, la fable de Phèdre : le Paysan et le Cochon *,

Tant d'érudition ne nous étonne qu'à demi. Au fond, Lesage, qui ridiculise l'oncle Thomas dans Gil Blas et Salzedo dans le liacheller, châtie le pédanlisme, mais ne le déleste j>as. IVous avons deux lettres <le lui, l'une à Pontchartrain, l'autre à Fuzelier : à Fuzelier, il demande que leur amitié ne ressemble pas « à celle des enfants de la Thébaïde » ; dans la lettre à Pontchartrain, Marie Petit « se donne pour une Cariclée »; cette (( Cléopàtre du Bourbonnais est plus heureuse que celle de la Grèce », bien que Cléopàtre ne soit pas Grecque, tout comme, dans Gil Blas, Samuel Simon est Juif comme Pilate, bien que Pilate ne soit pas un Juif. Dans cette même lettre, Marie Petit est une « nouvelle fiancée du roi de Garbe », et la même expression lui sert jtour désigner <lans Beauchêne (II) la maîtresse du Rochelois Tout-en-Muscles. La préface de (ruzman d'Alfatriche, la Journée des Parques, les Mélanf/es nous le montrent connaissant, lisant, citant par cœur Perse, Horace, et tout le commentaire de

l. Le reportage contemporain nous apporte (février 1889) l'écho d'un fameux diner en Espagne où l'on servit le potage à l'Iliade; poulet rôti Enéide; glace Hemiade; le reste à l'avenant. Les mânes de don Ignalio, de l'oncle Thomas et de don Juan de Salzedo ont dû tressaillir d'aise.

LA FORMK. '^HVF -^^

Dacier. Quoi de surprenant si les fils d'un tel père sont savants î

.\u vocabulaire de Lesage se mêlent un assez grand nombre de mots espagnols qui lui servent à localiser son récit, à VIiis/Hutiser, ou tout au moins à dépayser ses histoires plus souvent parisiennes que madrilènes.

Tantôt il laisse leur forme à ces mots exotiques, et se contente de les transcrire en italiques*. Cet habitué du salon d'Arsénié a tout l'air d'un senor cavallero ; l'orfèvre de Salero était un bon bourg-eois « qui était, comme nous disons, poli, hasta poi'fîar », c'est-à-dire jusqu'à fatig-uer. Dans la tour de Ségovie on apporte à Gil Blas une olla poflrida et un dindonneau sur une marmelade de herenaena, qui est une petite citrouille. L'enseigne du théâtre de Valence est : La pomda de los représentantes. ('à et là, des hidalffos, des picaros, des sombreros ou même des couplets espagnols fort poétiques nous avertissent que nous no sommes pas en deçà des Pyrénées.

Plus rarement, Le-sage francise les mots espagnols, et les mêle à sa prose comme sans y songer. Quand le bourgeois du licencié Carambola lui j)orle des brindes chez les nym()hos où ils se rencontrent*; (|uand les invités portent des brindes à Scipion et à sa femme, il est bon de savoir que porter des brindes, c'est boire à la santé de quehpi'un. Quand Caldcrono « tire des paraguanles » d'une aiîaire, il n'est pas inutile d'être informé que les paraf/uantes, pour les gants, s'a[)pellent ailleurs le pot-devin ou le pourboire. Quant à Aurore, si ses chappins la

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