Nouveaux Mémoires fiistorlques de l'abbé d'Artigny
questions. Il y a un édit de Louis XI V'^, le 31 aoùl 1082, pour la punition des devins, mayiciens, sorciei^s, etc. ; un autre du H juillet même ann«'e contre les bolu''miens. En 1733, Tauleur du Traité su?' la magie, le sortilège, les 2)ossessions, ohsessions et maléfices où Von en démontre la vérité et la réalité invite les médecins et les juges ù prendre en considération les sciences occultes. Le Mercure de France, en février, la même année, consacre à ce sujet une dissertation étendue '.
Lesage arrivait du pays des légendes, des menhirs où tournoient à travers les landes grises sous la clarté île la lune les rondes des petits farfadets. Il n'a pas vu le côté pittoresque de ces paysages nocturnes; il n'a pas eu le sentiment de la poésie que dégagent ces grandes pierres se déchiquetant en sombre sur l'azur du ciel et de la mer, ces plaines arides au sol tourmenté et rocailleux, prenant le soir l'aspect d'un champ sinistre. Il ne lui reste qu'un fonds de terreur superstitieuse, étoulTé, mais non éteint dans le tourbillon des idées et des nouveautés parisiennes. L'air du pays le suit toujours un peu. Le côté fabuleux de la vie parisienne l'intéressa, les charlatans du Pont-Neuf, les tireuses de cartes, les « tourneurs de sas » et affiliés de la cabale. Il a suivi les procès célèbres de la Voisin, de la Brinvilliers et autres sorcières de marque. Dans son enfance, sainte Anne avait fait un miracle pour sauver les quarante-trois Arzonnais revenus de la guerre de Hollande; il en avait pu voir la peinture
1. La Bruyère [De quelques usaqes) se laisse encore étonner, en matière de « magie et sortilège », par « des faits embarrassants aflirmcs par des hommes graves ». Voir tout le j)assage.
HlUllRAPHIE DE LESAGE- 21
sur les vitraux de la chapelle dArzon, et il avait peut- «Hre fredonné le cantique :
La mer\-eillc est toute sûre Oue pas un homme d'Arzon Ne reçut la moindre injure De mousquet ni de canon '.
On dirait qu'il ne l'a pas oublié.
La magie inspirait alors la littérature; La Fontaine avait écrit les Devineresses (1672); Thomas Corneille, la Devineresse (1679), et dans son Inconnu (1675), il y a deux femmes, Tune qui consulte les bohémiens, l'autre qui fréquente « chez madame Voysin ». La greffière de Dancourt {Boiirfj. de qualité, II, 3) a foi aux devineresses et « est fort contente de la Duverger ».
Il y a du merveilleux dans les romans de Lesage, et c'est dans la sorcellerie qu'il le prend * : c'est un petit bossu qui vient régulièrement faire voir dans le verre et montrer à tourner le sas à la marquise de Chaves; c'est la mère de Scipion qui est devineresse ^; c'est son père qui, par quelque vague souvenir de César de Gen-
1. DuciifiNE, yf orale de l^sar/e, Nantes, 1888. Sur les légendes bretonnes consulter dk Vuxemarolé, Contes populaires des anciens Bretons, et le Barzas-Breiz; Hm. Soivesthe, Ij's derniers Bretons et le Foyer breton: du Lal'rens de la Baiike. Fantômes Ijretons, 1870; et passim les recueils Mélusine, la Berne des traditions populaires, la Tradition, Satttrday Beview cl autres publications fol/c- loris tes. Le Bulletin de la Société' poli/mathiq ne de Vannes a publié en 1885 un curieux procès instruit en 173(1 devant la sénéchaussée d'Hcnnebont : les Sorciers de Loricnt, chercheurs de trésors, liés par un pacte diabolique (D' de Closmadeuc).
2. Une curieuse conversation entre Lesage et l'abbé de Villars imaginée par d'Arligny, dans sa Belalion du l'amasse (1739), nous montre Lesage fort versé dans l'étude des sciences occultes, familier avec le Vinculum Spirituum et avec fArt d'evo(fuer les Esprits (Souv. Mém. de rabfté d'.htifjny. 1756, Vil, 452).