‹ Lasage, remancier, d'après de nouveaux documentsChapitre 60 sur 99 · Blhl. iiniv. des romans, juillet · texte numérisé non relu

Blhl. iiniv. des romans, juillet

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n eût ég-alement réussi au théâtre. Il ne lui aurait manqué que de savoir nouer une intrigrue et disposer logiquement les scènes, pour être un fort habile homme. Ce manque est de conséquence, il est vrai : mais Lesage n'aurait pas eu à apprendre le style dramatique; il le possède. Ces phrases vives, courtes, claires, sont faites pour la scène, pour passer la rampe et courir lestement du parterre aux loges. Le style du théâtre n'est pas celui du roman : le style du roman chez Lesage est celui du théâtre. Il a une tendance à dramatiser toute chose. Les délibérations se font par monologues, et le reste par dialogues, ce qui est bien la façon la plus vive et la plus intéressante : La Bruyère dut à ce procédé une bonne part de son succès.

C'est un modèle que la délibération de Gil Blas hésitant à prévenir l'archevêque de Grenade, et pris comme dans un étau entre deux alternatives également funestes à ses intérêts. L'archevêque baissait. Son dernier discours "était une rhétorique de régent usé, une ca^uicinade. Tout le monde le disait : voilà un sermon qui sent l'apoplexie.

« Allons, monsieur l'arbitre des homélies, me dis-je alors à moi-même, préparez-vous à faire votre office. Vous voyez que monseigneur tombe; vous devez l'en avertir, non seulement comme dépositaire de ses pensées, mais encore de peur que quelqu'un de ses amis ne soit assez franc pour vous prévenir. En ce cas-là, vous savez qu'il y aura sans doute pour vous un meilleur legs que la bibliothèque du licencié Sedillo.

« Après ces réflexions j'en faisais d'autres toutes con-

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Iraircs : raverlissoment dont il s'agissait mo paraissait délicat à donner. Je jugeais qu'un auteur cnlôté do ses ouvrages pourrait le recevoir mal; mais, rejetant cette pensée, je me représentais qu'il était impossible qu'il le prît en mauvaise part, après l'avoir exigé de moi d'une manière si pressante. Ajoutons à cela que je complais bien de lui parler avec adresse, et de lui faire avaler la pilule tout doucement. Enfin, trouvant que je risquais davantage à garder le silence qu'à le rompre, je me déterminai à parler. »

Au style indirect près, n'est-ce pas un monologue tout prêt pour le théâtre? Écoutez-le dans le jardin d'Aurore où il est arrivé au rendez- vous deux heures trop tôt. Il fait la causette avec lui-mc'^me pour passer le temps. Dix heures sonnent en ville à toutes les horloges.

« Fort bien, dis- je alors en moi-même; je n'ai plus <|ue deux heures entières à garder le mulet. On ne se plaindra pas du moins de mon peu d'exactitude. Que vais-je devenir jusqu'à minuit? Promenons-nous dans ce jardin, et songeons au rôle que je dois jouer : il est assez nouveau pour moi. Je ne suis point encore fait aux fantaisies des femmes de qualité. Je sais de quelle manière on en use avec les grisettes et les comédiennes. Vous les abordez d'un air familier, et vous brusquez sans façon l'aventure; mais il faut une autre manœuvre avec une personne de condition. Il faut, ce me semble, que le galant soit poli, complaisant, tendre et respectueux, sans pourtant être timide. Au lieu de vouloir hâter son bonheur par ses emportements, il doit l'allcndre d'un m(mient de faiblesse. »

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