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I. Figuier l'a traduite en lC4o

H14 ORIGINALITK DU ROMAN DR LESAUE.

que l'artiste puisse accepter sans réserve ni relouche le plan qu'elle lui offre. Loin de nous la pensée d'instaurer ici une discussion pour ou contre le réalisme; mais, au point de vue spécial qui nous occupe, la question nous paraît préjugée. Il faut compter en outre que les héros de Losaire mènent une existence chargée d'événements en nombre suffisant pour remplir honnêtement trois existences de chrétiens du commun. Le moyen de classifier tant de faits, et de sortir d'un tel encombrement! Il fallait abandonner la composition au petit bonheur. La conséquence est grave. On ne voit pas assez pour quelle raison le roman finit. Il pouvait s'arrêter cent pages plus haut, il pourrait se poursuivre cent pages de plus, le sujet se prêterait à l'une comme à l'autre de ces alternatives. C'est le caprice ou la fatigue qui met un terme au récit, ce n'est pas la conclusion logiijue d'événements combinés qui aboutissent.

Ce défaut est bien sensible pour Gil Blas; il finit deux fois, et deux fois à peu près de même. Quand les lecteurs parisiens achetèrent le troisième tome de Gil Blas qui venait de paraître en d724, ils purent croire que c'était le dernier. Les aventures de Gil Blas pouvaient vraisemblablement prendre terme à la fin du livre IX; c'était un dénouement si plausible, que Lesago le reprendra h la fin de son quatrième volume. Gil Blas a brillé dans le monde politique sous le duc de Lerme, comme il fera sous le comte d'Olivarès; il en a goûté les déboires après les grandeurs, et a pu méditer dans la tour de Ségovie sur la fragilité des choses humaines : même facilité lui sera donnée, à la prison près, après la disgrâce du comte-duc:

il habite un château paisible à Lirias, il y retournera au livre XII; il est vrai qu'il ne s'est pas encore marié; en revanche, il se mariera deux fois dans le dernier volume. On voit assez l'analogie des deux dénouements. A coup sur, nous nous plaindrions de n'avoir pas cette dernière partie qui est fort belle, n'en déplaise à Cartaud de la Yilate *. Mais, dans l'espèce, il est incontestable que la composition de l'œuvre pèche. Rien ne faisait prévoir un nouveau volume après que Gil Blas avait dit du fond de sa tranquille retraite :

Inveni portiim. Spes et Fortuna valete.

Sat me lusislis. Liidite nunc alios.

Mais il reste des récils inachevés, des personnages dont nous ne connaissons pas le sort! Oui, mais précisément ils tiennent si peu à l'intrigue, la composition est si lâche, qu'elle commande notre indifférence, que nous n'éprouvons pas le besoin d'avoir de leurs nouvelles; nous croyons aisément que l'auteur les a dès longtemps abandonnés, comme il a fait pour bien d'autres.

Cette conséquence atteint l'œuvre entière. Le héros traverse des événements à l'enchaînement desquels le hasard seul préside. Une heureuse rencontre, une bonne chance suffisent pour amener un changement dans la condition des personnages; si les modifications se succèdeni dans un ordre intelligent, suivant une gradation savante

1. « Le IV" volume de Gil Blns. moins travaillé que les premiers, a reçu du public le même accueil qu'une femme qui a élé exlrêmemenl Jolie et à(|ui l'Age vient relâcher les traits. » (£5«ai«»'r /c .701?/.) Voy. aussi

Ciillé. .hiiiriKil. sr(il(Ml)liri' ITfiT.

316 ORIGINALITÉ nr ROMAN DE LESAGE.

et intéressante, le hasard, et le caprice de l'auteur ont tout fart.

Il fallait réunir ces épisodes, sous peine de les laisser incohérents, comme les assises d'un édifice qu'on n'aurait pas cimentées. Ces anecdotes, enfilées l'une derrière l'autre, doivent pourtant tenir l'une à l'autre; le fil du récit était hien ténu pour les empêcher de s'éparpiller, de s'égrener.

Lesage eut recours, pour donner quelque consistance à son œuvre et l'empêcher de s'émietter, à quelques procédés dont le tort est d'être un peu faciles et un peu factices.

Etudions-les sur OU Blas, qui est du plus pur Lesag-e, et du plus soigné. Nous allons surprendre ces procédés : annonce prématurée des événements postérieurs, reconnaissances des personnages disparus, simples allusions à des faits ou à des noms connus.

Un de ses moyens les plus fréquents, c'est d'ahord d'annoncer ce qui va suivre comme pour donner au lecteur un avant-goùt de ce qui l'attend, et l'engager à poursuivre sa lecture. Il aime, à la fin d'un chapitre, lancer un jalon sur le suivant, pour l'entamer, et le réunir à ce qui précède. Ses transitions sont des invitations à aller voir plus loin ce qui s'y passe. C'est déjà le talent de nos romanciers populaires, qui l'ont perfectionné par l'imprévu de la suite au prochain numéro : A qui était ce bras? Quelle était cette tête?

Le duc de Lerme s'enferme avec son neveu le comte de Lemos « pour s'entretenir d'une affaire de famille ». Ce détail nous semble indifférent. Mais un mot réveille notre

intérêt : « j'en parlerai dans la suite », et nous continuons à lire pour voir quelle affaire exigeait tant de discrétion.

Chez le comte Galiano, où le cuisinier, les marmitons, les maîtres d'hôtel et l'intendant font exécuter à l'anse du panier une sarabande furieuse, il déclare : « Je ne voyais que des bagatelles en comparaison de ce que je ne voyais pas » et que les gens curieux sauront par la suite. Gil Blas vit chez Laure, qui le donne pour son beau-frère à son protecteur, le marquis de Marialva. Gardez-vous cependant de l'abandonner à son heureux sort; ce bonheur fut de courte durée, ne craignez pas qu'il se prolonge et vous ennuie par sa monotonie. Gil Blas pressent déjà le contraire et vous en prévient : « Je me laissais aller à la tristesse sans savoir pourquoi. Je pressentais sans doute le malheur qui me menaçait. » Il arrive à Madrid. Lecteur, ne l'y abandonne pas, tu y perdrais, Lesage t'en avertit : <( La fortune m'y conduisait pour me faire jouer des plus grands rôles que ceux qu'elle m'avait déjà fait faire. »> L'annonce n'est-elle pas alléchante? Et qui poserait là le livre, avant de savoir quelle fut cette brillante destinée? Ètes-vous curieux de connaître comment Unirent les amours de Gil Blas et de Laure? Vous ne l'apprendrez point dans ce chapitre-ci; mais sachez que Gil Blas ne reverra plus le riche Portugais qui fournissait Laure de pierreries, « ainsi qu'on le peul lin' dans le chapitre suivant. »

Quand Gil Blas quitte le château de Leyva, suivez-le jusqu'à Grenade ; on vous promet que vous n'y perdrez rien. La traîtresse de fortune « lui en préparait bien d'autres, comme on verra dans la suite. »

'MH OllKîINALITÉ DU ROMAN DE LKSAdE.

Ce procédé fait payer à Lesage par quelques mauvais oflices les services qu'il lui rend. Le désir d'intéresser le lecteur par avance à la suite, lui fait trop souvent gilter ses dénouements. Il nous les apprend dès le début avec un em})ressement prématuré qui enlève toute surj)rise.

Quand don Rnfaid avec Morales se dirigent vers la maison de Juan Vêlez de la Membrilla, pour épouser sa mie sous un faux nom, nous nous demandions avec curiosité quelle va être l'issue de cette supercherie, et tout à coup nous voilà plus qu'à demi renseignés avant même que le récit soit amorcé. « Nous ne tenions pas encore la dot, et le dénouement de l'aventure ne répondit pas à notre conliancc. » Don Rafaël est chargé par le grand-duc. comme Alalide par Roxane, de gagner à son maître le cœur de la sultane. Mais aurons-nous le moindre espoir de le voir réussir, quand on nous a prévenus, dès le début, que cette démarche sera superflue, u Un incident détruisit ses espérances, comme vous allez l'apprendre. »

Nous savons à quoi nous en tenir maintenant, nous n'avons plus qu'une chose à apprendre, c'est comment il sera perdu, mais il le sera, on nous l'a dit. Il fallait vous taire et nous laisser espérer jusqu'au bout. Maintenant il ne s'agit plus de savoir s'il sera mangé, mais à quelle sauce.

Pour grossir le volume et bourrer le récit, Lesage intercale une foule de récits secondaires. Chaque personnage nouveau se présente avec sa biographie sous le bras.

Le plus grave inconvénient de ces histoires parasites est que leurs héros ne tiennent pas d'assez -près au

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roman pour inellre notre curiosité sur leur compte au nivoau de leur bavardage. A part quelques-uns, qui suivent le héros principal et gravitent autour de lui en satellites assidus, les autres passent sous nos yeux dans une vision trop fugitive.

Aussi, à les entendre nous conter leurs aventures, ressemblent-ils trop à des parleurs complaisants; ils nous honorent de nombreux renseignements personnels que nous ne leur demandons pas. Mais supprimer ces horsd'œuvre, c'eût été diminuer d'un gros tiers le volume; ni Lesage ni son libraire n'eussent trouvé leur compte à cette amputation.

Point n'est besoin de les prier longtemps pour qu'ils nous mettent au fait de leur existence passée. Ils partent souvent d'eux-mêmes, et n'attendent pas l'invitation.

Les brigands qui ont offert à Gil Blas dans leur caverne une hospitalité peu écossaise, ont fini de dîner et causent bruyamment. Le capitaine Rolando leur impose silence. «< 11 me vient une idée! » C'est que chacun contera sa vie. N'est-ce pas merveille que cette idée lui pousse juste au moment où (iil Blas se trouve là pour recueillir ces autobiographies dans sa mémoire fidèle : l'histoire du capitaine Rolando, l'histoire du lieutenant, l'histoire du jeune voleur, et celle des huit autres brigands, qu'heureusement on nous épargne. Gil Blas délivre des mains de llolando une jeune dame que les brigands avaient capturée. A la première hôtellerie, en attendant la perdrix et le lapereau qui rôtissent, ils s'entretiennent. Gil Blas conte son histoire que nous connaissons et dona Mencia, pour n'être pas en resl»' de confiance.

lui conte aussitôt la sienne, qui remplit le ciiapitre suivant.

Sur la roulo de Valladolid à Madrid, il rencontre un garçon barbier. Ils se sont déjà vus auparavant, on se reconnaît, on dîne ensemble, on répart, et, pour charmer les loisirs de la route, Gil Blas le gratifie de son histoire, pour engager le barbier à lui conter la sienne. Il n'y faut pas plus de façons. Que chantez-vous là? fait Gil Blas dans la prison de Ségovie à son voisin qui joue de la guitare. Ce sont des vers pour une dame cruelle. « Il faut que je vous fasse le récit de cette histoire; vous apprendrez en même temps celle de mes malheurs. » Et nous voilà partis dans une digression de vingt pages. Don Mathias, chez qui Gil Blas a pris du service, a quelques amis à dîner, entre autres un certain don Pompeyo de Castro, un Espagnol au service du roi de Pologne. On cause du théâtre, des actrices, puis de la Pologne. Don Pompeyo a la faveur du roi, et s'en félicite. Il ajoute incidemment : « Croiriez-vous cependant que j'ai été sur le point de sortir pour jamais de ses Etats? — Contez-nous cela, je vous prie. » Il n'y fait pas faute et nous avons aussitôt l'histoire de don Pompeyo de Castro.

Mais quel est ce tableau , sur un des panneaux du salon, dans le château où Gil Blas est recueilli avec sa maîtresse Aurore, dont le carrosse a versé sur la grande route? « Un cavalier mort dont le carrosse couché à la renverse et noyé dans son sang, y était peint; et tout mort qu'il paraissait, il avait un air menaçant. On voyait auprès de lui une jeune dame dans une autre attitude,

quoiqu'elle fût aussi étendue par terre. Elle avait une épée plongée dans son sein, et rendait les derniers soupirs, en attachant ses regards mourants sur un jeune homme qui semhlait avoir une douleur mortelle de la perdre. Le peintre avait encore charg-é son tableau d'une figure qui n'échappa point à mon attention. C'était un vieillard de bonne mine qui, vivement touché des objets (jui frappaient sa vue, ne s'y montrait pas moins sensible que le jeune homme. » La maîtresse de céans est trop complaisante pour ne pas satisfaire la curiosité d'Aurore. « Ma maîtresse voulut nous renvoyer : maisElvire, qui s'aperçut bien que nous mourions d'envie d'entendre l'explication du tableau, eut la bonté de nous retenir, on disant que l'histoire qu'elle allait raconter n'était pas de celles qui demandent du secret. » Et puis ne faut-il pas bien que Gil Blas soit là, pour nous raconter à son tour dans le chapitre suivant le récit d'Elvire, le Mariage de Vengeance?

Le hasard, car c'est toujours lui le grand faiseur de rencontres, a placé (iil Blas sur la même grand'roule que don Alfonse. Ils lient conversation et s'arrêtent chez un ermite à longue barbe. Là, « le jeune homme tomba dans une profonde rêverie. L'ermite s'en aperçut. — Mon fils, lui dit-il, vous avez l'esprit embarrassé. Ne puis-je savoir ce qui vous occupe? » Et voilà comment nous apprenons riiistoire de don Alfonse et de la belle Séraphine.

Mais cet ermite lui-même, comme il appert par la suite, est un faux ermite, c'est don Rafarl que nous retrouvons sous le froc de bure, avec son compagnon

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Lamela. Ils sont obligés de fuir tous ensemble devant les alguazilset se reposent bientôt dans un bois, sur un gazon entouré «le gros chênes. Don Kafaél n'oublie pas qu'il a a contracté une dette envers don Alfonse dont il a appris l'histoire. « Sur la lin du repas, don Rafaël dit à don Alfonse : Seigneur cavalier, après la conlidence que vous m'avez faite, il est juste que je vous raconte aussi l'histoire de ma vie avec la même sincérité. — Vous me ferez plaisir, répondit le jeune homme. — Et à moi particulièrement, m'écriai-je, j'ai une extrême curiosité d'entendre vos aventures : je ne doute pas qu'elles ne soient dignes d'être écoutées. » Lamela est enchanté de celte aubaine. Raphaël lui dit : « Mon ami Ambroise, tu peux présentement goûter la douceur du sommeil. — Non, non, répondit Lamela, je n'ai pas envie de dormir; et bien que je sache tous les événements de votre vie, ils sont si instructifs pour les personnes de notre profession, que je serai bien aise de les entendre encore raconter. » Ils sont tous si ravis de la perspective, qu'il y aurait peut-être mauvaise grâce de notre part h ne pas faire comme eux, et pourtant le besoin se faisait-il vraiment sentir de l'histoire de don Raphaël? Gil Blas lui-même la trouve longue. Il lui eût été facile d'obtenir de Lesage de l'avoir plus courte ! Elle est curieuse, il est vrai, et aussi prolixe, complexe même. A Alger il rencontre sa mère dont le premier devoir est, comme bien on pense, d'intercaler dans l'histoire de don Rafaël sa propre histoire de Lucinde. Pendant que s'écoule cette cascade de biographies emboîtées l'une dans l'autre, Gil Blas, couché au pied d'un arbre, écoute les yeux à demi clos. Durant un long chapitre, son

roman se repose avec lui, et fait halte devant le feu de bivouac, au milieu de la clairière.

A Grenade, il retrouve son amie Laure. Ils n'ont garde, naturellement, d'oublier d'égayer le dessert par l'échange intégral du récit de leurs aventures. Pour la troisième fois Gil Blas raconte sa vie, et il est récompensé par l'histoire de Laure.

Mais (jui est ce seigneur que Gil Blas, devenu confident d'un ministre, reçoit avec une politesse mêlée de fierté? Il vient acheter ses bons offices et son crédit, et lui verse le pot de vin jusqu'tà la lie. « Seigneur cavalier, lui dit Gil Blas, avant que je m'engage h vous servir, je veiix savoir l'afTaire d'iionneur qui vous amène à la cour. — Très volontiers », répond-il, et il commence aussitôt son histoire, l'histoire de don Roger de Hada. Gil Blas a à son service un garçon extraordinaire, dévoué, inlelligent, rusé comme une perdrix, gai comme un pinson, "c'est l'excellent Scipion, dont son maître dit avec un légitime attendrissement : « Si dans son enfance Scipion a été un vrai picaro, il s'est depuis si bien corrigé, qu'il est devenu le modèle d'un parfait domestique. Bien luin «l'avoir quelques reproches à lui faire sur la conduite qu'il a lenuo avec moi, je dois plutôt avouer que je lui ai (b^ grandes obligations, La nuit qu'on m'enleva pour me conduire à la tour de Ségovie, il sauva du pillage et mit en sûreté une partie de mes effets, qu'il pouvait impunément s'approprier; il ne se contenta pas même de songer à conserver mon bien : il vint par pure amitié s'enfermer avec moi dans ma prison, jtréférant aux charmes de la liberté le triste jdaisir de jiartager mes peines. » Eh

quoi! Si'ipion, no saurons-nous pas votre liisloirc? (pic faisicz-vous au temps où vous n'aviez jtas encore rencontré votre maître? Mais écoutons; le récit est déjà commencé. Gil Blas et Scipion avec leurs femmes respectives sont venus après le dincr faire la sieste dans le Lois de Lirias : Scijdon est en verve, et les étourdit par son verbiage. Le moment est venu de lui demander son histoire qu'il est tout prêt à conter, et qui ne pourra, observe judicieusement Gil Blas, faire sur nous qu'un i)on elTet, soit en nous divertissant, soit en nous excitant au sommeil.

Voilà, n'est-il pas vrai, bien des aventures mêlées à celles du héros principal : et encore faut-il que nous rendions grâce à Lesage de nous avoir épargné nombre de récits «ju'il esquive. Quand Gil Blas retrouve sa bague chez Camille et que celle-ci s'écrie : << Je suis plus malheureuse que coupable, vous en serez convaincu si vous voulez entendre mon histoire », à quoi tient-il que nous n'entendions l'histoire do Camille? L'incrédulité de Gil Blas, qui la croit trop habile à forger des romans, nous l'épargne. Lesage a do temps à autre de ces accès de sobriété, surtout en matière de descriptions, dont il use peu. « Si j'imitais les faiseurs de romans, je ferais une pompeuse description du palais épiscopal de Grenade; je m'étendrais sur la structure du bâtiment; je vanterais la richesse des meubles; je parlerais des statues et des tableaux qui y étaient, je ne ferais pas grâce au lecteur do la moindre dos histoires qu'ils roprésenloraienl; mais je me contenterai de dire qu'il égalait en magnificence le palais de nos rois »; ou encore : <> J'au-

Mo

rais, dans cet endroit de mon récit, une occasion de vous faire une belle description de tempête, de peindre l'air tout en feu, de faire gronder la fou«lre, siftler les vents, soulever les flots, et cetera; mais, laissant à part toutes ces Heurs de rhétorique, je vous dirai que l'orage fut violent, et nous obligea de relâcher à la pointe de rile de (iabrera. »

Tous ces hors-d'œuvre sont indépendants, ils ne font pas corps avec le roman : ce sont des pièces mobiles, plaquées sur le récit de Gil Blas, mais non soudées. Ces histoires, y compris celle de Gil Blas, partent de points difl'érents, convergent vers un même centre, et se croisent, sans avoir eu auparavant aucun point de contact. Avant la rencontre, chacun était occupé de son côté, sans «onjiaître ni apercevoir les autres; pendant que Gil Blas passait de la caverne des brigands chez le licencié Sédillo, de là chez Sangrado, puis chez don Mathias, chez la marquise de Chaves, etc., les autres avaient chacun leurs aventures aux quatre coins de rEs[)agne ou de l'Afrique, Hafael et Lamela abusaient de la confiance du seigneur de Moyadas à qui ils eussent volé, sans les alguazils, sa fille et ses écus; Scipion volait l'ermite qui l'avait nourri, se laissait voler par son hôtesse, et se sauvait de Séville, emportant sur son dos son costume de comédie, les bardes du roi de Léon; pendant ce (emps-là, don Gaston de Cogollos de son côté soupirait auprès d'Hélène de Galisteo et se battait en duel pour elle, taixlis que don Roger de Hada perçait de trois coups d'épée don Huberto, pour venger sa mère, tandis <iue don Bafaid allait en Alger séduire la belle Far-

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