‹ Lasage, remancier, d'après de nouveaux documentsChapitre 82 sur 99 · G.B., II, IV · texte numérisé non relu

G.B., II, IV

et que vous vous fussiez contenté d'une nourriture simple, (le pommes cuites par exemple, de pois ou de fèves, vous ne seriez pas présentement tourmenté de la goutte, et tous vos membres feraient encore facilement leurs fonctions. Je ne désespère pas toutefois de vous remettre sur pied, pourvu que vous vous abandonniez à mes ordonnances. »

Ces ordonnances ont, à défaut d'autre mérite, celui de la simplicité. La saignée et l'eau chaude en font tous les frais, étant avéré que « c'est une erreur de penser que le san^ soit nécessaire à la vie, et d'autre part, que l'eau bue en abondance peut passer pour le véritable spécifique contre toutes sortes de maladies. »

Le patient but tant d'eau et perdit tant de sang qu'en deux jours il était à l'extrémité. Si quelqu'un en fut surpris, ce ne fut assurément pas le notaire. Quand Gil lilas le vint quérir pour le testament et qu'il eut su queJ médecin soignait son clienl, « prenant brusquement son cha[)eau : Vive Dieu ! s'écria-t-il, parlons donc en diligence, car ce docteur est si expéditif qu'il ne donne pas le temps à ses malades d'appeler des notaires, (lel homme-là m'a bien soufflé des testaments. »

Quant à Sangrado, sa dignité était sauvée, car il lui restait toujours en pareil cas la conviction que le malade était victime de la négligence <le ses gens, et qu'on ne lui avait ni tiré assez de sang ni fait boire assez d'eau chaude,

Gil Blas, se trouvant par la mort de son patron sur le pavé de Valladolid, errait parles rues comme La Fontaine quand il rencontra M. d'IIervart. Au détour d'un cul-desac, il a[»en;oit Sangrado. ('iClui-ci le prend à son ser-

vice, pour inscrire le nom el la demeure des clients qui l'envoyaient chercher pendant qu'il était en ville, comme un commis, dans un bureau de voitures publiques, écrit le nom de ceux qui retiennent des places. Mais ici, c'étaient des places pour l'autre monde.

Malgré les nouibreuses pratiques dont le nombre constatait son grand crédit et qui lui assuraient assez de bien, on vivait chez lui frugalement. Toutefois, le docteur n'était pas de ces esprits étroits et entiers qui ne savent pas, au besoin, transiger avec leurs principes. 11 apportait de merveilleux adoucissements à l'autorité de la théorie '. « Quand tu auras formé l'habitude de boire de l'eau, me dit-il, tu en connaîtras l'excellence; au reste, poursuivitil, si tu te sens quelque dégoût pour l'eau pure, il y a des secours innocents pour soutenir l'estomac contre la fadeur des boissons aqueuses. La sauge, par exemple, et la véronique leur donnent un goût délectable; et si tu veux les rendre encore plus délicieuses, tu n'as qu'à y mêler de la fleur d'oeillet, du romarin ou du coquelicot. » Gil Blas appréciait mal ces concessions, ce sybarilisme indulgent et bienveillant à l'usage des néophytes. Le docteur s'en aperçut : c Eh! vraiment, Gil Blas, je ne m'étonne point si tu ne jouis pas d'une parfaite santé ; tu ne bois pas assez, mon ami ! »

Gil Blas continua donc à se noyer les entrailles, sur la garantie de Celse : cette vigoureuse observance allait assurer son avenir. De secrétaire, Sangrado voulut l'élever à la dignité de disciple et d'aide. Il ne fut pas

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long à acquérir une pratique, dont le plus grave inconvénient n'était assurément pas la complexité ! Sangrado lui révéla majestueusement le secret de son art, dont nous nous doutions déjà : la saignée et la boisson fré- <{uente. « Je n'ai plus rien à l'apprendre, ajouta-t-il, tu sais la médecine à. fond. » Voilà donc Gil Blas armé d'une lancette et d'un pot à l'eau, lancé à travers la société, où les ravages qu'il fit constatèrent rapidement son génie souple et vif.

Alguazils pleurétiques, pâtissiers goutteux, épiciers hydropiques, chantres fiévreux, poètes frénétiques, belles paumières, toutes lès basses classes de la société se ressentent de son enthousiasme. Entre deux pichets de vin lampes au cabaret pour apporter le soir à la table de Sangrado un gosier altéré d'eau fraîche, Gil Blas fait couler le sang du peuple, son maître s'étant réservé celui des personnes de qualité. 11 prend goût au métier, il se bat pour la médecine, il s'empoigne au chevet de l'épicier liydropique, avec un petit médecin ; ils échangent quelques coups de poing en l'honneur de la saignée et s'arrachent une poignée de cheveux, en faveur de la boisson fréquente. Comme il rentre ivre, assoiffé d'eau, Sangrado, enthousiasmé de sa soif, et prenant son ivresse pour un eiïel de l'émotion du combat, ne se sent plus de joie, et ce lui est une occasion de reprendre l'élogo dithyrambique de sa méthode, avec un enthousiasme qui lui cause un accès d'e.xaltation fiévreuse : « Mille fois, mille et mille fois plus estimables que nos cabarets ces thermopoles de l'antiquité où l'on n'allait pas honteusement prostituer sa vie et son bien en se gorgeant de vin! »

(lil nias goûtait fort co métier qui lui rapportait la réputation et los moyens de s'enivrer au cabaret. Il ne fallut rioii moins pour l'y faire renoncer que la hrulalité d'un Biscayen. Sa maîtresse étant morte en dépit ou à cause du traitement ordinaire de Gil Blas, il demeura insensible au mérite de la saignée et de la boisson fréquente, et jura de saigner Gil Blas de part en parlr^'il le rencontrait.

Gil Blas n'estimait pas plus pour lui-même la saignée que l'eau; il prit le parti prudent de s'enfuir et jeta la lancette aux orties.

Que devint Sangrado privé de son aide? Il dut se résigner à faire couler en même temps le sang noble et le sang roturier. Il demeura du moins fidèle à ses principes. Il y a un mélange bizarre de ridicule et de grandeur dans sa ténacité. Il n'est pas l'ennemi personnel du kermès, mais il a écrit un livre pour défendre sa méthode : peutil aller décrier son ouvrage? Périssent plutôt la noblesse, le peuple et le clergé! Et il va son train.

Dans quelques années, lorsque Gil Blas, avec Scipion, repassera par Valladolid, il fera visite à Sangrado *, et ils le retrouveront semblable à lui-même. « Nous nous ren- <limes chez lui sur les dix heures du matin; nous le trouvâmes assis dans un fauteuil, un livre à la main. Il se leva sitôt qu'il nous aperçut, vint au-devant de nous d'un pas assez ferme pour un septuagénaire, et nous demanda ce que nous voulions. » La reconnaissance faite, le pauvre vieux, fidèle à ses principes, gémit sur les progrès de

reçoit' nouvelle et l'abandon de ses théories, fulminu contre ces soi-disant médecins qui se sont attelés au char (le triomphe de l'antimoine, ciirrus (n'iunjihnlis antimonil, adorateurs du kermès, guérisseurs de hasard.

Pauvre Sangradol lui-même il fléchit, sans s'en douter, et il fait d'innocentes et bien minimes concessions à hi médecine vulgaire. « Dans cet endroit de notre conversation, nous vîmes paraître une vieille servante qui apportait au docteur une soucoupe sur laquelle il y avait un petit pain mollet, un verre, avec deux carafes, dont l'une était pleine d'eau et l'aulre de vin. Après qu'il eut mangé un morceau, il but un coup où il y avait à la vérité les trois quarts d'eau ; mais cela ne le sauva point des reproches qu'il me donnait sujet <Ie lui faire. » Oui, Gil Blas, vous avez raison en principe, mais ici la sagesse est déplacée et déplaisanle. Comment! voilà un pauvre vieux qui a consacré toute sa vie à une idée, une iilée fausse, c'est vrai; il n'a plus que quelques années à vivre, vous ne lui laisserez pas ses illusions. Eh! maintenant qu'il va prendre sa retraite, quel mal y a-t-il à ce qu'il soit dans l'erreur? Ce n'est pas maintenant, c'est autrefois qu'il fallait le détromper. En vérité, Cil Blas n'a pas le beau rôle; il remporte une victoire, mais si facile, qu'il est embarrassé de son triomphe et qu'il prend le parti de « changer de matière ». La confusion de ce grand vieillard sec et pâle fait peine: et, ai)rès tout, il y a plus ridicule encore que ce médecin maniaque : c'est sa clientèle.

Qu(M qu'il en soit, il est un des meilleurs types du roman, vivant, et original, et expressif.

Sangrado n'a pas toujours aussi bien iiis|)iré ceux qui

l'ont approché. Anscaume, ami de Lesage, avec lequel il collabora en 1718 pour ropéra-comique le Monde renversé, emprunta ce type à sou confrère en 1758, et en fit le héros d'un nouvel opéra-comique dont Laruette écrivit la musique : le Docteur Sangrado. Pauvre docteur! Il ne lui suffisait pas d'avoir assisté à la défaite de ses chères maximes; il lui manquait encore de subir ce dernier affront. La farce d'Anseaume peut être mise au rang de l'Hermès galanf, et l'on sait que La Bruyère mettait rHermès r/alant immédiatement au-dessous de rien. Le docteur habite une « maison isolée », dans « un village ». Il chante :

Pour guérir toute maladie, Mif.'raine, goutte, apoplexie, Apprenez un moyen nouveau :

Buvez de l'eau, buvez de l'eau.

A un vieillard, marié avec une jeune femme et qui voudrait bien « se voir un seul enfant », il ordonne « de Passy l'eau souveraine » ; à Biaise qui souffre du mal d'amour, même ordonnance. Le pire est que lui-même ne croit plus à sa doctrine. Dans Gil JMas, il trempait déjà son eau d'un quart de vin. Quel changement depuis, grand Dieu! Écoutez-le chanter, quand ses clients s'éloignent, sur l'air du Bon tabac :

Ah! les bonnes gens.

J'ai bien lieu d'en rire; Ah! les bonnes gens, Qu'ils s'en vont contents!

Est-ce bien Sangrado ? Non, ce n'est plus ce fantasque et pourtant sympathique vieillard sous qui Gil Blas fit sa

médecine. C'est un vulfrairc docteur de foire, qui veut

épouser la jeune Jacqueline, qui se voit souffler sa fiancée

par le gros gars Biaise, et que l'on berne à la fin sur

l'air :

Comme il est sol, Le vieux magot!

A Yot' tour, monsieur Sangrado, Buvez de l'eau, Buvez de l'eau.

Ce grotesque n'est qu'une contrefaçon triviale et funambulesque. Il n'a même pas assez de contours pour être l'ombre de Sangrado.

ILeslioijHissildt' dr iir [i,i< l'iMonnaître dans le vieillard çréé par L)'s,i|ji' le ddcifur llci-ijiift. raiitfui- du traité sur lea Vei'tus (le I ijo.u ruiinnant' , de VL\rji/(C(it(0)i plujsique et mécanique des effets de la saignée et de la boisson dans la cure des maladies ; les violentes récriminations de Sangrado contre le kermès ou l'émétique ' ont bien l'air d'appartenir au livre du docteur llecquet (2 vol. in- 42, 1732), le lirif/andar/e de la médecine, dont Sangrado lui-même se reconnaît l'auteur *. Et comme Lesage n'a pas voulu faire des portraits, mais bien créer des types d'après nature, rien n'empêcbe aussi de reconnaître le même Hecquct sous le pseudonyme transparent du docteur Oquelos; et son adversaire habituel Andry, dans Andros, le partenaire d'Oquclos. llecquet, comme Sangrado, déplorait l'innovation de la saignée du pied, publiait contre elle en 172i ses Ohseroadons siw la sai-

2. • Il no m'a servi de rien de publier un livre contre le brigandaKC de la médecine. > G. li., X, i, 1735.

:^8l> OHIGINALITK IllJ HOMAN DE LESAGK-

//>»^> du jtletL cl, l'aniiée suivante, sa. Lettre en réponse aux tlif/irultés faites contre le livre des observations sur la sai- (/néedujiied {\n-\'2,Varh,iTH\), tandis qu'elle étaitdéfendue en 1727 par le docteur Silva, dans son Traité des saii/nées et principalement celle du pied.

La question toute récente de la saignée préoccupe vivement à ce moment la Faculté et le public'. Guy Patin avait saigné son fils dans une pleurésie jusqu'à vingtquatre fois; de 1672 à 4692, il ne parait pas moins, en vingt ans, de dix ou douze dissertations, de Venae sectione ou de Missione sanf/uinis, signées Georges Francus, Wedel, Portius, do Francisco, Albinus, lleide, Caufapé, Dodart. La question est portée à son plus haut degré d'acuité de 169a à 1710, par une succession de mémoires «jui alimentent la polémique entre llecquet, de Berger, Riolan, Willes, Frédéric Hoffmann (171 i, 1723, 1730); Camerarius (1730), Fischer (1724), Alberli (sept dissertations de 1724 à 1726), Coschwitz (1725), Chevalier (Paris, 1730), Julien Morisson (Paris, 1730) contre Andry,

1. il serait curieux de conslaler ]tar les estampes rintérêl c|u'inspiro la médecine au public de cette «;po(|ue. Nous devons à l'obligeance du U'Maugin (de Douai) communication de sa très riche collection d'estampes médicales du xviu" siècle : ce sont les mille et une incarnations du D'Sangrado, plurima Dtorlis imar/o, comme on lit au bas d'une caricature de Hogarlh représentant une dizaine de têtes grolesipies de médecins. Watleau s'égaye à plusieurs reprises de la Faculté; il fait fuir un malheureux patient devant une armée de clystèrcs, ou bien il fait à Londres, en 17:?'.», la charge du D' Misambin, répétant avec son grand air sec : - Prenez des pilides, prenez des pilules. » Larmessin met en vente son Habit de Médecin; de Troye peint sa jolie allégorie, la Médecine; en 1711, une estampe en manière noire montre un médecin squelette dont le bonnet est un hibou et le ventre un tombeau éclairé par une veilleuse. L'horrible scène de Hogarlh, The IXeward of CriicUn, des médecins écharpant et déchirant un maigre malade, obtint en France un succès d'actualité. Quelle curieuse histoire de la médecine on ferait par les images!

Chomel, Denialon, etc. Le problème préoccupe beaucoup Jacob Mauget dans sa liihllothecn medicopratica en 169r), dans sa grosse Bibliothecn chintrr/ica en 1721; Paul Promet dans son Histoire des drogues (1G94) et plus tard François Quesnay dans ses Observations sur les effets de la saignée (in-12, Paris, 1730) \

Ecoutez Sangrado :

« On voit dans cette ville des médecins ou soi-disant tels, qui se sont attelés au char de triomphe de l'antimoine, currus triumphalis antimonii ^ » L'allusion est directe, il s'agit du livre de Basile Valentin qui porte ce titre : le Chor triomphal de r antimoine, 1677. Quant à l'émétique, c'était un remède tout nouveau. En 16o8, Vallot, le premier médecin de Louis XIV, se refuse encore à l'employer, et se méfie de cette drogue qui n'a pas assez fait ses preuves.

Voilà pour Ilecquet. Quant au docteur Chuchillo, si vous notez (|ue cuchillo veut dire couteau, vous n'aurez pas de peine à reconnaître un contemporain encore, le docteur Procope-Couteaux, Quant à ces moines (jui sont tout ensemble apothicaires et chirurgiens, ces « singes de médecins », comme Sangrado les appelle avec irrévérence', ils désignent, entre autres, assez clairement un chartreux de Paris qui s'occupait de drogues, frère Simon : il mit le kermès à la mode, et vendit ses recettes à Louis XV.

1. Consnller Jea.n Bekmer, Histoire de la mtfdecine et des médicaments, Paris, 108'J-lt)93, 2'» (Mtition, Iit9;j; Leclerc. Histoire de la médecine, Anisli'nlaiiK 1729; J.-C. Bauciilsk.n, llistotia medirin.r. Amslonlani, 1710; HcNoiARi», Histoire de la médecine, 2 volumes in-8, 1840, clo.

:«. Ihid., X, I. 1733.

La Faculté partage avec le Théâtre raiitipatliie de Lcsajjc. Le IhôAtre occupe une larg-e place dans la vie de 6^'// nias comme dans les préoccupations de son auteur. Ce sont des épisodes de comédiennes, des propos de coulisses, des expressions ou des métaphores empruntées à l'art dramatique : mais que ces coulisses, ces foyers, cette scène et ces planches sentent leur Paris! Le Voyat/e de Figaro en Espayne (1788) nous présente un tableau autrement espagnol des théâtres de la péninsule; édifices mesquins sans dégagements ; il faut une heure pour entrer et sortir. Les entr'actes sont égayés par des tonadi lias, clmrges plaisantes et lubriques; on est assis au parterre, on y cause, on y vole les montres comme dans Carmen de Mérimée. Moines et religieux vont au spectacle. Il y a très peu d'actrices, des hommes remplissent des r«Mes de femmes; souvent on attend parce que la duègne ou la reine n'a pas la barbe faite. Les comédiens ne sont ni hors la loi ni hors la société.

Ceux de Lesage, si vous voulez les voir en nature, ce n'est pas au Théâtre du Prince de Madrid, c'est rue de l'Ancienne-Comédie que vous les croiserez.

Il déteste les comédiens, on le sent sous l'ironie des peintures qu'il nous fait de leurs mœurs et de leur caractère. Le portrait n'est pas flatté; il est permis de croire qu'un peu de rancune personnelle a contribué à lui faire pousser au noir les ombres. Luxe fastueux et insolent, morgue hautaine, morale moins que rudimentaire, un sens critique des plus erronés, voilà ce qu'il a constaté chez ces personnages bouffis d'eux-mêmes. ^^

Ce sont messieurs qui ne font pas <r des repas de

sainl Antoine ». Entrons chez Arsénié : nous voici dans un appartement composé de cinq à six pièces de plainpied, toutes plus richement meublées les unes que les autres Quel luxe! On se croirait chez une vice-reine, ou dans un temple dont voici la divinité assise sur un carreau de satin, grasse de la fumée des sacrifices *.

Il faut bien dire que de toutes les richesses assemblées chez ces dames, il y en a de plusieurs nations, tout comme dans un temple, où chaque voyageur apporte en offrande quelque rareté de son pays.

La vertu des comédiennes n'est pas si farouche, qu'elle ne soit accessible à tous les admirateurs. La complaisance universelle est même de règle chez elles. Un homme qui fut bien étonné, ce fut Zapata, ce cabotin qui trempait des croûtes de pain dans les ruisseaux du chemin et qui parlait en vers * :

Adieu, messieurs!

Puissent les dieux sur vous épuiser leurs faveurs!

Mais rassurons-nous. NaVcissa, c'est le nom de Mme Zapata, ne tardera pas à devenir raisonnable.

Nous retrouvons plus tard Melchior Zapata au théâtre de Grenade, et il ne trempe plus de croûtes de pain dans les fontaines. Quand Gil Blaslui rappelle alors leur première

1. G. B., III. — Parmi les tombeaux que nous fait parcourir Âsmodée, il y a celui d'un comédien - que le déplaisir d'aller à pied pendant qu'il voyait la plupart de ses camarades en équipage, a consumé peu à peu. • (Édition de 1707. )

2. Tout comme fera plus lard Lckain, qui disait, en sortant, à son domesti(jue :

Jean! Jean! couvrez ce pot,... ouvrez celte fenêtre... Couvrez ce pot, vous dis-je.... II s'enfuirait peut-être.

entrevue*, « Zapala se mit à rêver quelques moments; ensuite il me répondit : — Vous me parlez d'une chose que j'ai peu de peine à me rappeler. Je revenais alors de débuter à Madrid, et je retournais à Zamora. Je me souviens même que j'étais fort mal dans mes affaires. — Je m'en souviens bien aussi, lui répliquai-je; à telles enseignes que vous portiez un pourpoint doublé d'affiches de comédie. Je n'ai pas oublié non plus que vous vous plaigniez dans ce temps-là d'avoir une femme trop sage. — Oh! je ne m'en plains plus à présent, dit avec précipitation Zapata. Vive Dieu ! la commère s'est bien corrigée de cela; aussi en ai-je le j>ourpoint mieux doublé. »

Ces dames du théâtre entendent à merveille l'art de s'enrichir et de s'amuser, si l'on en juge par les divertissements variés dont la maison d'Arsénié et de Florimonde offrait chaque soir le spectacle à Gil Blas. Ce ne sont que soupers et débauches. Elles ont toutes la même moralité également recommandable. Rafaël, fils de la comédienne Lucindc, sait qu'il perdrait son temps à la recherche de sa paternité.

Leurs attachements passagers n'entravent jamais leur liberté. Il y paraît, et aux aventures de Lucinde, et au récit que nous fait de sa vie Laure, l'ancienne soubrette d'Arsénié, devenue premier sujet au théâtre de Séville. Elle gratifie Gil Blas de confidences qui font honneur sinon à sa moralité, du moins à sa franchise. Son début sur les planches fut assez brillant*. « Or débuter ainsi,

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