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et qu'au contraire celles qu'ils recevaient avec applaudissements étaient presque toujours sifflées ! »
Comme il arrive souvent, leur insuffisance n'a d'égale que leur suffisance.
« On ne peut revenir, dit Bacliaumont, du peu de goût, ou pour mieux dire de l'imbécillité des comédiens. On ne conçoit pas que cet aréopage si difficile et si impertinent à l'égard des auteurs qu'il fait valeter plusieurs années de suite, ait donné les mains à recevoir un drame aussi complètement ridicule que celui du Jeune Homme. »
Une estampe du temps représente l'assemblée des comédiens réunie en comité de lecture sous la forme de bûches en habits et perruques.
Cette fatuité s'étend à tous. C'est un signe de race.
Gil Blas a le malheur d'assurer Arsénié, dont il est l'économe, qu'il se ferait fort de régaler toute la troupe des comédiens. Voilà un mot malsonnant, qui est aussitôt vertement relevé * : « Mon ami, reprit Arsénié, corrigez, s'il vous plait, vos expressions ; sachez qu'il ne faut point dire la troupe, il faut dire la compagnie. On dit bien une troupe de bandits, une troupe de gueux, une troupe d'auteurs ; mais apprenez qu'on doit dire une compagnie de comédiens* : les acteurs de Madrid surtout méritent bien qu'on appelle leur corps compagnie. » Je demandai pardon à ma maîtresse de m'être servi d'un
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2. Les procès-verbaux des réunions, à la Comédie-Française, débutaient en effet par la formule : « La Compagnie s'est réunie.... » (Registres du Comité.)
terme si peu respectueux; je la suppliai très humblement d'excuser mon ignorance. Je lui protestai que dans la suite, quand je parlerais de messieurs les comédiens de Madrid d'une manière collective, je dirais toujours la compagnie. » C'est le mot de M. de Ilarlay, premier président du Parlement. Baron envoyé vers lui par ses camarades avait commencé son discours par ces mois : « Ma compagnie me députe, etc. » Le magistrat lui répondit en souriant : « Je rendrai compte à ma troupe de ce que vous me demandez au nom de votre compagnie. »
Combien d'actrices et d'acteurs, que les applaudissements avaient gâtés, et qui, se considérant comme des objets d'admiration, « s'imaginaient faire grâce au public lorsqu'ils jouaient M »
Dans la ficre nomenclature d'Arsénié, on a remarqué l'étrange promiscuité qui y règne, et qui relègue les auteurs au même plan que les gueux ou les bandits. Les relations de comédiens à auteurs mettent en plein relief le sot orgueil de ces histrions. C'est une page bien curieuse, pleine de mépris, de dégoût et de rancune, sous sa forme enjouée, que celle où Lesage nous introduit dans le salon d'Arsénié au moment où un auteur vient distribuer ses rôles à ses interprètes. Quelle mine piteuse il a, ce méprisable auteur, au milieu du luxe insolent des artistes. Il s'avance humblement, crotté jusqu'à l'échiné, en linge sale, « l'air d'un poète », tremblant, embarrassé ; il laisse tomber ses gants, les ramasse en rougissant, présente respectueusement ses rôles, et quand il sort, ces mes-
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. sieurs et ces dames expriment leur opinion : « Les auteurs sont-ils dignes de notre attention? Si nous allions de pair avec eux, ce serait le moyen de les gâter. Traitonsles toujours en esclaves ! » Ils ne s'en font pas faute. Mais il faut aller jusqu'au bout pour trouver la vengeance de l'auteur, le trait final qui cingle comme un coup de fouet : « Ces histrions les mettaient au-dessous d'eux, et certes ils ne pouvaient les mépriser davantage *. »
La Clairon pensait comme Arsénié : « Quand un auteur a fini une pièce, il n'a fait que le plus facile. »
Lesage n'exagère rien. Voltaire nous est garant de sa véracité. 11 écrivait en 1722 à M. Lefébure : « C'est pis si vous composez pour le théâtre. Vous commencez par comparaître devant l'aréopage de vingt comédiens, gens dont la profession, quoique utile et agréable, est cependant flétrie par l'injuste mais irrévocable cruauté du j)ubiic. Ce malheureux avilissement oii ils sont les irrite; ils trouvent en vous un client, et ils vous prodiguent tout le mépris dont ils sont couverts. »
Et plus tard à d'xVrgental :
« A l'égard des comédiens de notre ville de Paris, je puis dire d'eux ce que saint Paul disait des Cretois de son temps : « Ce sont de méchantes bêtes et des " ventres paresseux. »
On sait quelle peine il prit pour décider Dufresne à jouer dans Zaïre, et comment l'obstination de ce dernier ne tomba que devant un [)âté oii douze perdrix lui présentaient dans leur bec les vers de son rôle à modifier