‹ Lasage, remancier, d'après de nouveaux documentsChapitre 86 sur 99 · Cf. Brunctière, Études cntiques, Marivaux, p. 135 sq · texte numérisé non relu

Cf. Brunctière, Études cntiques, Marivaux, p. 135 sq

Fénelon, dans son projet d'un Traité sur la rhétorique, déplore Tinvasion du bel esprit jusque dans la chaire chrétienne. Quand Daguesseau prononce son Discours sur les causes de la décadence de l'Art oratoire, il peste contre le bel esprit : « c'est un feu qui brille sans consumer, c'est une lumière qui éclate pendant quelques moments et qui s'éteint d'elle-même faute de nourriture. »

C'est que ni Molière ni Boileau n'avaient, loin de là, battu en brèche les précieux, dont l'esprit particulier est après tout une des formes essentielles de l'esprit français. Il survivait aux attaques, et les sentit à peine. Son histoire emplit la fin du siècle qui riait aux Précieuses ridicules, et le siècle suivant. Il se manifeste par le nombre des sociétés littéraires et réunions galantes que n'ont intimidées ni gênées les railleries des Femmes savantes (1672). En 1682, V Académie galante est le titre d'un petit livre aujourd'iiui assez rare, et le nom d'une société de sept personnes qui se réunissent périodiquement chez une demoiselle d'Ormilly. La compagnie est régie par des statuts qui rappellent l'Académie rêvée par Philaminte après Mme Deshoulières et l'abbé d'Aubignac.

Chaque académicien doit mettre dans la salle d'assemblée le portrait de sa maîtresse, et chaque académicienne, celui de son amant. Nul n'est admis s'il n'a fait ses preuves d'amour. « L'Académie occupera ses séances à décider des questions galantes et à entendre des histoires de galanterie intéressantes. » Le recueil de ces histoires intéresse encore si vivement le public, qu'il n'a pas moins de deux rééditions de 1708 à 1711.

Pala|»rcit s'égayc en d()93 aux dépens {de la Prude du temps. En 1703, la duchesse du Maine, petite-fille du grand Condé, résidait depuis trois ans au château de Sceaux, qu'avait acquis le duc du Maine, l'aîné des princes légitimés. Elle y tenait cour plénière; sa sœur Mme d'Enghien, les duchesses de la Ferté, d'Albemarle, d'Estrées, de Lauzun, de Rolian, de la Feuillade, marquises de Mirepoix, de Charost, d'Antin, de lloussoles, les dames d'Artagnan qui habitaient tout près et qu'on appelait les voisines, faisaient l'ornement d'une brillante société que composaient à la fois et des gens titrés comme les ducs de Nevers, de la Force ou de Coislin, des femmes d'esprit comme Mlle de Launay, des poètes comme Malezieu, l'abbé Genest, le président Hénault, Danchet, Voltaire, des musiciens comme Malho pour guider les menuets, les pavanes, gavottes ou passacailles. La jeune duchesse, petite de taille, mais fort jolie et fort piquante, se comparait elle-même à une guêpe dans sa devise tirée du Tasse : Piccolasi, ma fa pur gravi le perite *; petite, mais elle fait de profondes blessures. On tenait en honneur d'être décoré de YOrdre de la Mouche à miel *, de recevoir la petite médaille d'or à guêpe '. Ce n'était que l'un des passe-temps de ces réunions galantes et précieuses où Fontenelle devinait des rébus, où Voltaire et Lamotte rimaient des charades, tout comme jadis ce pauvre abbé Cottin; où Saint-Aulaire tournait ses spi-

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