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Mémoires de d'Avfjenson, IV

rlredi. Mme de Pompadour se cachait le soir pour aller consulter le marc de café chez la Bontemps. Chez Mme de Séry, chez la princesse de Conti, chez Mme de Charolais, on faisait des séances de maji^ie, d'évocations, on commentait les miracles du diacre Paris. Le siècle se préparait à Mesmer et à Caglioslro,

Au total, si nous avons saisi quelques ressemblances entre Mmes de Chaves et de Lambert, l'une n'est pas l'orig^inal de l'autre, qui n'en est pas non plus la copie. La précieuse de Lesage est plutôt un type qu'un portrait : seulement Mme de Lambert n'y est pas tout à fait étrangère. Apporter dans la comparaison trop de rigueur serait se condamner à l'inexactitude et à la fantaisie.

Une maladie littéraire s'est déclarée de nos jours ', et les malades ont pris les noms nouveaux qu'il fallait à leur mal nouveau, décadents, symbolistes, délà/uescents ou sifmholai'ds.

Quand nous disons leur mal nouveau, c'est précisément pour avoir occasion de montrer qu'il ne l'est pas, et que c'est une rechute. Sans avoir la prétention d'esquisser une histoire du décadisme en France, sans nous arrêter à la filiation qu'il serait à la rigueur possible d'établir entre les grands rhétoriqueurs du xv" siècle, les Parnassiens du xix'' et les symbolistes d'aujourd'hui, nous nous contenterons de noter que ces derniers ont des ancêtres au xvm' siècle, et leur existence nous est plus d'une fois

1. Voy. Lefrascq, une Maladie littéraire, 1885; J. Lemaitrk, les Si/m/tolisles (Revue bleue, 1888); F. BRCNt-riÉHR, tes Décadents (Uevue des Deux Mondes), l<" novembre 1883.

attestée, ne fût-ce que par La Bruyère, Voltaire, Gresset, Lesagc.

La Bruyère, dans sa cinquième édition en 1G90, consacre un ])aragraplie à ces diseurs de phœbus, h leur pompeux galimatias, leurs phrases embrouillées, leurs grands mots qui ne signifient rien. « Que dites-vous? Comment? Je n'y suis pas; vous plairait-il de recommencer? J'y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu'il fait froid; que ne disiez-vous : Il fait froid? Vous voulez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige; dites : 11 pleut, il neige. Vous me trouvez bon visag-e et vous désirez m'en féliciter ; dites : Je vous trouve bon visage. — Mais, répondez-vous, cela est bien uni et bien clair; et d'ailleurs, qui ne pourrait pas en dire autant? — Qu'importe, Acisî Est-ce un si grand mal d'être entendu quand on parle et de parler comme tout le monde *? »

Voltaire déplorait, dans le Sommaire des pièces de Molière pour l'édition de 1734, les affectations de langage de ses contemporains, «L'envie de se distinguera ramené depuis le s////e des précieuses', on le trouve encore dans plusieurs livres modernes. L'un (Tourreil), en traitant sérieusement de nos lois, appelle un exploit un compliment timbré. L'autre (Fontenelle) écrivant à une maîtresse en l'air, lui dit : Votre nom est écrit en grosses lettres sur mon cœur.... Je veux vous faire peindre en Iroquoise, mangeant une demi-douzaine de cœurs par amusement. Un troisième (Lamotte) appelle un cadran

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