‹ Latréaumont (volume 2)Chapitre 2 sur 64 · LE CABARET DES TI\0I3-CUILU: US. I · texte numérisé non relu

LE CABARET DES TI\0I3-CUILU: US. I

A l'épouvantable grimace que fit maître Bernard en rejetant la cuiller et repoussant le potage , on pense quels rires éclatèrent.

Aussi , maître Bernard ne pouvant résister soit à la douleur de la brûlure, soit aux quolibets dont on l'accablait , paya son écot et partit d'un air furieux.

On a omis de dire que, depuis le commencement de cette scène , un des garçons de la Guerbois, descendant de l'étage supérieur du cabaret, était venu huit ou dix fois demander à son camarade de la grand'salle <« si le mes- » sager n'avait pas encore apporté la Gazette » de Hollande , car le grand gentilhomme d'en- » haut l'attendait impatiemment. »

Maître Bernard venait donc à peine de sortir parmi les huées , que la porte s'ouvrit de nouveau, et le garçon vint faire sa même question : « La Gazette de Hollande est-elle r arrivée^ le grand gentilhomme d'en-haut la » demande avec une terrible impatience. »

Fatigué d'entendre continuellement cette même requête, ou voulant s'amuser aux dépens du valet, le marquis saisit le demandeur de gazette à la cravate, l'attira près de la table , et lui dit :

— Ah çà, maraud! auras-tu bientôt fini de

venir ici marquer tous les demi- quarts d'heure, comme l'insipide mécanique d'une horloge, par ton cri monotone de : La Gazette de Hollande est-elle arrivée ( i ) ?

— Monseigneur, c'est le grand gentilhomme d'en-haut qui m'envoie; il est comme un déchaînépour avoir cette gazette, et il m'a même dit que dans le cas où quelqu'un voudrait la prendre... de le nommer!

— • Comment, de le nommer? et pourquoi faire? — reprit le marquis stupéfait.

— Mais , monseigneur , parce que ce grand gentilhomme dit comme ça que si on s'avisait de vouloir retenir la gazette qu'il demande, son nom ferait perdre l'envie de la garder une minute.

En entendant cet étrange discours, les éclats de rire redoublèrent,

— C'est M. de Pourceaugnacl — dit l'abbé, — tout frais débarqué de sa province !

— Ou M, de Sottenvillei — reprit le vicomte.

— Mais voyons donc le nom merveilleux , mirifique, formidable et écrasant de ce fier

(i) Les nuuicios de ce journal élrangei* venaient direclcnienl de Hollaûde dans celle taverne , qui en était le dépôt.

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Arlaban , amaleur de gazelle? — demanda le marquis.

— C'est M. de Lalréaumont , — dit naïvement le garçon; — un gentilhomme gros et grandcommela tour Saint-Jacques, etqui boit toujours dans un verre qui lient deux pintes.

— Latréaumonl 1... — fit le marquis d'un air aussi étonné que méprisant, puis regardant ses amis : — Concevez- vous l'audace d'un pareil impudent? cela ne mérite-l-il pas une rude leçon?

— Bah... — dit l'abbé , — à quoi bon?

— Si, le sort de ce pauvre Rohan me fait pitié, et morbleu je veux châtier ce mata-^ more !

A ce moment, on entendit un vacarme etfroyable au-dessus de la salle commune, et un autre garçon ouvrant précipitamment la porte , s'écria : — Eh bien , Petit-Pierre , la gazette? la gazelle?,.. M. de Latréaumont s'impatiente et va tout briser là-haut : vous savez son humeur!

— Mais je ne puis rien y faire... moi, — dit Petit-Pierre ; puis avant de remonter auprès de Latréaumont, il recommanda de nouveau et très expressément au valet restant, de le prévenir aussitôt l'arrivée de la gazette.

— Et moi, drôle ^ — dit le marquis, — je t'ordonne au contraire de me l'apporter à moi, la gazette !î

— Mais , monseigneur?

— Mais... deux louis pour boire ou vingt coups de bâton, choisis?

Le choix n'étant pas douteux, le garçon alla près de la porte guetter l'arrivée du journal, pour le remettre à M. deChaleauvillain, malgré les contraires et terribles recommandations de Latréaumont.

Maintenant, on va retrouver ce dernier dans une des chambres du cabaret des Trois- Cuillers.

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