II. iG
— Mais, enfin, avouez-lui du moins la raison qui vous fait agir !
— Il doit penser que cette raison est noble et nécessaire, puisque moi qui l'aime autant qu'il m'aime, je la subis, et d'ailleurs quand Louise lui dit qu'elle ne peut pas être sa femme avant le mois de novembre... il doit croire Louise 5 — répondit la marquise avec fierté.
— Mon Dieu!... il ne vous croit que trop, encore une fois! mais pourquoi lui cacher le motif de ce retard?. .. C'est ce manque de confiance de votre part qui le rend surtout malheureux.
— Cela est vrai... pauvre Auguste! — dit la marquise en soupirant.
— Il serait si reconnaissant î et puis, tenez, mon enfant, personne plus que moi n'admire la fermeté, mais en tout, croyez-moi, il est un excès qui peut être fatal.
— Yous avez raison, ma tante, — dit Louise pensive; — et sans changer ma détermination, car, si vous la connaissiez, vous agiriez comme moi, j'en confierai du moins la cause à Auguste.... jusqu'à présent je m'y étais refusée... dans la crainte puérile peut-être, de blesser sa susceptibilité ou plutôt l'exquise délicatesse de sonalFection pour moi.... mais
au iait... celte crainte est uue injuste oiiense envers un tel caractère, et aujourd'hui même. . il saura tout.
— Ah mon enfant, que vous allez le rendre heureux!' Mais tenez, j'entends du bruit dans la cour d'honneur, je suis sûre que c'est le ciel qui envoie le chevalier. Comme il s'agit d'un secret... je vous laisse... mais avant, — dit madame de Sarrau en baisant sa nièce au front, — laissez-moi vous remercier de cette généreuse et sage détermination.
En effet, c'était Auguste; cinq années de plus avaient donné aux beaux traits du chevalier un caractère plus ferme et plus décidé... et puis cette expressive et noble figure semblait pour ainsi, dire éclairée par les reflets intérieurs du bonheur immense qui rayonnait en lui ; aussi , bien qu'en eût dit la tante de Louise, Auguste ne semblait pas positivement affligé : son charmant visage révélait plutôt une mélancolie douce, agitée cà et là par cette impatience ardente et inquiète, si naturelle à ceux qui brûlent de voir enfin se réaliser une cjipérance, long-temps regardée comme un rêve !
— Asseyez-vous là , Auguste, - dit la mar-
q44 latréaumont.
quise dès qu'elle le vit entrer ; — j'ai de bonnes nouvelles à vous apprendre.
— Quoi! vous consentiriez enfin l! — s'écriat-il, car pour l'amoureux jeune homme il n'y avait au monde qu'une seule bonne nouvelle.
Louise ne put s'empêcher de sourire j et lui dit : — Ne vous hâtez pas trop de vous réjouir, mon pauvre ami ; ce que j'ai à vous dire, n'est pas ce que vous désirez tant!
— Hélas ! — dit tristement le chevalier ; — puis il reprit avec grâce : — Non, non, pas hélas., pas hélas... carj'ai cru cela un instant, et j'ai ressenti un bonheur si grand, si vif, que je dois vous dire au contraire : oh ! bien merci ! de ce moment d'ivresse.
— Bon Auguste !... écoutez : si je n'ai pas à vous dire soyez heureux demain^ j'ai du moins à vous confier la cause de ces retards qui vous affligent... et que jusqu'à présent j'avais hésité à vous apprendre.
— Oh ! Louise, Louise, que je vous sais gré de cette confiance , et qu'elle va m'aidcr à supporter l'attente !
— Écoutez-moi , — dit madame de Yilars d'un air sérieux, — et ne vous étonnez pas, si je reprends les faits d'un peu haut...
— Je vous en prie , au contraire