LA VEUVE
mords de s'être montre si ingrat envers le marquis, en osant faire à sa femme l'aveu d'une passion coupable; aussi Louise, sachant à Auguste un gré infini de ce noble repentir, se remit de son effroi passager, et lui dit avec une affectueuse expansion : — Vous avez raison... mon pauvre Auguste, pour un cœur tel que le vôtre... de pareils souvenirs sont amers... ne parlons donc plus de ce temps-là... qui m*est aussi bien cruel^car enfin c'est à cette époque, — ajouta Louise avec tristesse, que M. de Yilars commença de ressentir les premiers symptômes de la maladie dont il mourut... Je fis alors pour lui tout ce qu'il était au monde possible de faire; je fis ce que je devais enfin, et ma conscience me dit que j'avais bien agi... Malgré mes soins... bientôt M. de Vilars sentit sa fin s'approcher; il la vit s'avancer avec calme et sérénité, — dit la jeune femme profondément émue , tandis qu'une larme tremblait au bout de ses longs cils... puis regardant Auguste, elle reprit : — Ah! mon ami, si vous saviez ce que j'éprouvais alors de regrets déchirants î l'ayant toujours trouvé si noble , si bon pour moi !... et pour vous 1 ~ ajouta t-elle en tendant la main à Auguste.
QÔO LATllÉAUMONT.
Le chevalier attendri prit la main de Louise, qu'il serra dans les siennes et parut surmonter peu à peu l'effrayante émotion qui l'avait un moment agité,
— Vous allez juger , mon ami, — continua Louise en essuyant ses larmes, — tout ce qu'il y avait de grand et de généreux dans cette belle âme... et savoir enfin ce que je vous cachais. .. C'était le 'W novembre, cinq jours avant sa mort; il était tardait me fit renvoyer les gens et me pria de m'asseoir près de son lit. . alors il me dit avec un accent de reconnaissance et de tendresse impossible à rendre : « Louise , >»je puis encore aujourd'hui vous exprimer 'tout ce que j'ai ressenti de votre conduite a envers moi; demain, peut-être, il serait trop tard... Pendant dix années, Louise, je vous » ai dû la vie la plus profondément heureuse » dont la Providence puisse jamais combler ses •>élus... A cette heure dernière , Louise, j'ai » une prière à vous faire et un pardon à vous demander. Auguste vous aime. . . et vous » l'aimez aussi... ange de vertu! et vous avez • peut-être bien cruellement souffert depuis » long-temps? » Je tombai à genoux, il continua : «Pardon, Louise, d'avoir accepté sitôt » votre main, pardon... car ainsi je vous ai pri-