LA PROMESSE
sur l'horreur de sa position^ el pour l'avenir, l'espoir presque certain d'être débarrassé de l'existence, ou de se trouver l'un des principaux acteurs d'une grande et heureuse révolution politique. Car ce complot n'avait rien que d'apparemment généreux arracher la Normandie au despotisme écrasant de Louis XIV, la déclarer libre et indépendante au nom de l'égalilé et de la fraternité de tous ; c'était un de ces beaux rêves^ toujours faits pour séduire une imagination noble, jeune, ardente, et d'ailleurs exaltée par de terribles infortunes!
Surtout affermi dans sa résolution par plusieurs longs entretiens qu'il eut avec Vanden-Enden, dont les vues pures, nobles et désintéressées, ainsi que le grand caractère, l'impressionnèrent vivement, et étoufièrent ses derniers scrupules , Auguste fut donc de tous les conciliabules tenus entre son oncle, le philosophe et M. de Rohan , connut ainsi les plans et les ressources des conjurés, entra volontairement dans tous leurs desseins, et se chargea, lors de son retour de l'armée, de décider plusieurs gentilshommes de sa province à entrer dans la conspiration.
Mais par une épouvantable fatalité , après six mois de celte vie fiévreuse et désespérée,
au moment où il venait de se comprometlrG et de se lier si gravement pour l'avenir , par son initiation à ce complot, et par plusieurs lettres écrites de sa main , et demeurées en possession de son oncle , Auguste apprend tout-à-coup que Louise est veuve, libre... et qu'elle l'aime !
Latréaumont , connaissant par Auguste le caractère de madame de Yilars, vit aussitôt l'immense parti qu'il pourrait tirer plus tard de l'influence de la marquise en Normandie, dans le cas où elle deviendrait la femme d'Auguste.
Mais si d'un côté, le partisan était assez sûr de la loyauté de Des Préaux pour craindre qu'en le laissant partir, persuadé de l'imminence de la révolte, le chevalier eût peutêtre le courage de renoncer à la main de madame de Vilars, plutôt que de lui faire partager, comme sa femme, les terribles conséquences de son imprudente initiation à un complot de lèse-majesté; d'un autre côté, Latréaumont comptait assez sur l'entraîner ment de la passion, pour espérer qu'en voyant rejeter à une époque indéterminée le jour delà rébellion, Auguste ne réfléchiraitpas que pour être incertain et reculé, le malheureux engage-