‹ Latréaumont (volume 2)Chapitre 39 sur 64 · CHAPITRE l'INGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE l'INGT-TROISIEME

Ton 6ort sera le mien. . .

sniiiLLER. — Wall*;nstcin, acl. 2, s. 19-

Ce ©éuuucmfiU.

Resté seul dans le parc , Auguste crut un moment que sa tête ne résisterait pas à cette horrible secousse; puis pourtant il se remit peu à peu.

Obéissant au premier élan de son cœur généreux , avant que de se résigner à devenir victime du sort allreux qu'il prévoyait , Des

Préaux avait compté, pour ébranler la volonté de fer du colonel, sur toutes les nobles inspirations auxquelles lui-même Auguste aurait cédé... Tendre et bon, il essaya de s'adressera la tendresse et à la bonté de son oncle ; mais lorsqu'il fut amèrement convaincu que ces cordes desséchées ne vibraient plus dans l'âme deLatréaumont , Des Préaux se résolut à son horrible position avec calme et fermeté.

Une dernière fois il tâcha d'entrevoir s'il ne trouverait pas quelque moyen terme pour se dégager de sa promesse... il n'en vit aucun... Il lui fallait absolument ou agir comme un lâche , en abandonnant ses complices à l'heure du danger,ou devenir criminel de lèse majesté.

Peut-être l'homme qui ne voyait à une telle position que les deux issues extrêmes, poussait-il, jusqu'à un scrupule blâmable, le respect dû à la promesse ; peut-être une neutralité ferme eût été louable , peut-être Des Préaux aurait-il pu , tout en conservant religieusement le secret de ses complices d'autrefois , à cette heure , leur refuser son concours.

Mais malheureusementDes Préaux n'agitpas ainsi; il est à croire que les raisons qui le déterminèrent à demeurer fidèle à sa parole fu rcnt un

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pointd'honneurmal compris; la profonde vénération que lui avait inspirée Van-deri-Enden, et surlout,on le répète, l'habituelle et puissante réaction des sentiments de la marquise sur les siens , en cela que, dès son enfance, Auguste, ayant entendu la femme qu'il adorait, et qu'il écouta toute sa vie comme un oracle de grandeur et de vertu , exalter sans cesse l'héroïque probité qu'on devait mettre à accomplir toute promesse faite librement, en vint à s'exagérer, aussi bien que Louise, les obligations delà foi jurée, qui sont au moins contestables dans certaines conditions. Auguste se résolut donc à conspirer, et aussi à rompre avec Louise jusqu'après l'issue de la révolte, nevoulant pas compromettre madame deVilars, et se reprochant avec horreur de lui avoir jusqu'alors caché un aussi terrible secret.

Il balança un moment avant que de se décider à revoir la marquise et à lui tout confier. Il voulait retourner à Préaux, dont heureusement son père, le brave M. de Saint-Marc , était absent, et de là, écrire à Louise qu'une nécessité insurmontable le forçait à ne pas la voir pendant deux ou trois mois... mais il pensa que madame de Vilars serait alfreuse-

ment inquiète ; que les démarches qu'elle ferait peut-être, afin de pénétrer le motif de cette rupture subite , seraient sans doute dangereuses pour tous deux; il avait d'ailleurs depuis si long-temps l'habitude de tout dire à Louise , de la consulter sur chaque détermination , et de suivre aveuglément ses avis , il connaissait si bien la noblesse de ce caractère sérieux et résolu , qu'il prit le sage parti de lui avouer loyalement tout ce qui était, et de lui faire peser et adopter les raisons puissantes qui nécessitaient momentanément leur séparation.

Il regagna donc le château

Pendant l'entretien de Des Préaux et de Latréaumont, Louise, heureuse , souriante et doucement agitée , avait, non sans distraction de tendres pensées, continué sa tapisserie, d'après un beau bouquet de roses , placé devant elle dans un vase de cristal.

Plus d'une demi-heure s'était écoulée depuis le départ du chevalier, Louise commençait à fort maudire le fâcheux qui venait déroberàsonamourd'aussi précieux moments, lorsqu'elle entendit les pas du chevaher. Prenant alors à la hâte le bouquet de roses qu'elle

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copiait, la jeune femme se blot lit derrière une porte, et, riant aux éclats lorsque Auguste entra, elle lui jeta cette toufi'e de fleurs qui s'effeuillèrent sur son habit, et lui dit : — Ah î c'est ainsi, monsieur, que vous me laissez seule pour. . . — Mais voyant l'efïioyable pâleur de Des Préaux, ses traits bouleversés, Louise s'écria en courant vers lui : — Dieu du ciel ! qu'avez-vous ? vous m'épouvantez !î

Auguste s'appuya sur un fauteuil, et lui dit d'une voix entrecoupée :

— Pardon, Louise. . . un moment. . . un seul moment, et vous allez tout savoir..

Et le malheureux chevalier s'assit , tandis que Louise stupéfaite , les mains jointes , le regardait de ses deux grands yeux, arrondis par la terreur.

— Enfin , Auguste, — dit Louise,..

— Cet étranger ?. . .

— Eh bien, cet étranger! — puis ne pouvant achever, sentant sa résolution lui échapper, il se jeta aux pieds de la marquise et cachant sa tête dans ses mains , lui dit en étouffant ses sanglots. — Il faut que je parte, Louise!! que je vous quitte, pour quelque temps. . .

Ces mots étaient si inexplicables pour ma-

dame de Yilai s , cette idée de départ était si loin de sa pensée du moment , et lui paraissait tellement improbable, qu'eJle n'en fut pas effrayée d'abord ; aussi prit-elle les deux mains d'Auguste dans les siennes , et avec sa fermeté habituelle, ne s'épouvantant pas de paroles dont elle ignorait le sens, elle reprit avec tendresse :

— Voyons, mon ami, remettez-vous, asseyez-vous près de moi, et dites-moi ce que vous avez ?

— Il faut que je vous quitte , Louise , — s*écria Auguste en la regardant avec des yeux humides de larmes , — il faut que je vous quitte, pour quelque temps du moins.

— Mais pourquoi cela ? pourquoi me quitter?... encore une fois expliquez vous... Auguste.

-Eh bien, Louise! — dit Auguste d'une voix brève et saccadée, — vous allez tout savoir, et vous verrez bien, hélas! qu'il faut nous séparer... Lorsqu'il y a deux ans... éperdu, désespéré, je suivis mon oncle en Hollande, ne pouvant trouver la mort dans les combats , voulant me débarrasser d'une vie qui m'était insupportable, toute folle et dangereuse entreprise devait me séduire... en un mot à cette

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