LES L'NIQUES
mais n'y pouvant parvenir, ils se résignèrent et attendirent.
Enfin, au bout de deux minutes, Latréaumont, qui avait feint de relire son écrit, le donna à M. de Brissac.
— Maintenant vous savez tout, le roi est sauvé et la France aussi î
Bien que fort étonné qu'il y eût tant de noms et de révélations en si peu de lignes , Brissac prit le papier, et les quatre assistants allèrent rapidement vers une table pour y reposer la lampe et lire. ..
M. Pellot , par sa longue habitude de déchiffrer les hiérogliphes judiciaires, se chargea de ce soin, et lut ou plutôt épela difficilement ce qui suit, à la stupéfaction et à la fureur croissante de ses acolytes :
— Je n ai point dit que je Jus se criminel,,, la peur ne rna jamais surpris... et vos menaces ne me tireront rien (i).
Et tous trois se regardèrent, attérés de l'imperturbable audace de cet homme, qui, un pied dans la tombe , plaisantait encore.
En vojant de son lit leurs figures grotesquement surprises... Latréaumont poussa un éclat de rire sauvage et rauque.
(i) Voir le fac-similé^
384 LATRÉATJMONT.
Tous revinrent près de son lit.
— Misérable 1 — dit M. Pellot.
— Attendez et écoutez , voici la fin !! — dit le colonel .. dont les yeuxbrillèrent un instant d'un éclat surnaturel , et qui d'un geste impératif et absolu commanda le silence, qui devint profond.
Et sans qu'aucun des spectateurs de cette terrible scène osâtl'interrompre, dressant une dernière fois son torse énorme, il chanta, d'une voix entrecoupée par l'approche de la mort, ce couplet d'une vieille chanson de la Fronde, qu'on se souvient d'avoir déjà entendu à l'hôtel des Muses à Amsterdam :
Evitant... une mort iiifâïne,
Il fourba même le bourreau...
Il fourba le diable... en ce point,
Qu'il... croyait emporter... son âme ;
]Vlais... l'aiFrontour... n'en avait... point !
Puis il essaya un dernier éclat de rire. .. et épuisé, retomba pesamment sur son oreiller.
Latréaumont était mort.
Ace moment... minuit sonna à l'horloge de la tour du vieux palais.